Proche-​​Orient ; Plus qu’une bataille sémantique

T. Hocine, mardi 15 juillet 2008

« Les Israé­liens ont insisté pour inclure la mention ‘’Etat pour le peuple juif’’, ce à quoi nous nous sommes caté­go­ri­quement opposés », a déclaré le ministre pales­tinien des Affaires étran­gères Riyad Al Maliki.

Entre Pales­ti­niens et Israé­liens il y a tou­jours un mais, ou encore le mot en moins, mais les der­niers sont passés maîtres dans les coups médiatiques.

Ainsi, il en est de leur premier ministre qui déclarait dimanche dernier à Paris, que Pales­ti­niens et Israé­liens n’ont jamais été aussi proches d’un accord. Un concept bien vaste, finit-​​on par se rendre compte, depuis que l’accord d’Oslo a été signé puis tué quelques années plus tard par Israël. Le ministre français des Affaires étran­gères, qui est intervenu, hier, sur la sub­stance même de la décla­ration de Paris sur l’UPM (union pour la Médi­ter­ranée), s’est laissé aller à quelques expli­ca­tions pour dire que tout tenait à un mot.

Comme dans les dis­cours de ceux qui viennent de découvrir le droit des Pales­ti­niens en lui accolant tou­tefois, le qua­li­fi­catif de poli­tique. Une bien grosse dif­fé­rence, et les Pales­ti­niens ont vite perçu le piège en reven­di­quant des droits nationaux.En ce qui le concerne, Bernard Kouchner a fait état, hier, d’un « blocage » de der­nière minute entre Israé­liens et Pales­ti­niens lors du sommet de l’UPM qui s’est conclu par l’adoption d’une décla­ration finale d’une dizaine de pages, mais « un dernier moment de blocage entre les Israé­liens et Pales­ti­niens a fait que le texte doit être encore un peu corrigé », a-​​t-​​il déclaré. « Au dernier moment, nous avons échoué, peut-​​être à une demi-​​heure près sur un mot », a pour­suivi le ministre. Ce mot, a-​​t-​​il expliqué, concerne « l’Etat nation, l’Etat national et démo­cra­tique ». « National, ça sous-​​entend toute une dif­fi­culté de retour des réfugiés et d’Etat juif ou pas juif, Etat pales­tinien. Bref, ça n’a pas eu lieu ».

La délé­gation pales­ti­nienne a confirmé ce dif­férend. « Les Israé­liens ont insisté pour inclure la mention ‘’Etat pour le peuple juif’’, ce à quoi nous nous sommes caté­go­ri­quement opposés », a déclaré le ministre pales­tinien des Affaires étran­gères Riyad Al Maliki. « Il était hors de question pour nous de l’accepter », a-​​t-​​il ajouté. « Nous aurions sou­haité que la décla­ration finale sur ce point soit plus claire », a ren­chéri un res­pon­sable pales­tinien parlant sous couvert de l’anonymat. Dans la décla­ration publiée à l’issue de la confé­rence euro-​​méditerranéenne de Lis­bonne, les 5 et 6 novembre der­niers, il est écrit que « les dis­cus­sions bila­té­rales entre Israël et l’Autorité pales­ti­nienne doivent pré­parer le terrain (…) pour deux Etats nationaux ». Le 27 novembre dernier, à Anna­polis, en revanche, il n’est fait mention que de « l’objectif de par­venir à deux Etats, Israël et la Palestine ».

Ce n’est pas une simple bataille séman­tique. Ses enjeux sont énormes. Ils ren­voient à la notion d’Etat avec sa conti­nuité géo­gra­phique et poli­tique, ses fron­tières telles que reconnues par les ins­tances inter­na­tio­nales et en aucun cas comme celles qu’Israël entend définir de manière uni­la­térale. C’est la sou­ve­raineté pales­ti­nienne sur l’ensemble de son ter­ri­toire ainsi que ses res­sources, dont l’eau devenue un motif de guerre, le droit de dis­poser d’une force mili­taire, et surtout dans ce lot d’interrogations et de reven­di­ca­tions, le droit des réfugiés pales­ti­niens au retour. Plus clai­rement, il est d’une appli­cation stricte et inté­grale des réso­lu­tions inter­na­tio­nales comme la 194 qui n’a jamais été appliquée. Cela tient peut-​​être à quelques mots, il est vrai, mais leur signi­fi­cation est déter­mi­nante pour le futur Etat palestinien.

Par T. H.