Prisonniers, la réalité de tout un peuple

Claude Léostic, Pour la Palestine n°47, lundi 28 novembre 2005

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Depuis le début de l’occupation de 1967, environ 650.000 Palestinien/​ ne/​s sont passés dans les prisons israéliennes.

Près d’un homme sur deux en Palestine a connu la détention, et aucune famille n’a été épargnée. Aujourd’hui le nombre de pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens atteint tou­jours près de 8000. S’il y a eu des libé­ra­tions, 500 puis 400, depuis les dis­cus­sions de Charm-​​el-​​Cheikh en janvier 2005, au moins autant de Pales­ti­niens ont été arrêtés depuis, en Cis­jor­danie et dans la bande de Gaza. Qui plus est, la plupart des pri­son­niers libérés étaient en fin de peine ou venaient juste d’être arrêtés, cer­tains condamnés à de courtes peines. Les pri­son­niers poli­tiques détenus, dont plu­sieurs depuis plus de 20 ans, sont tou­jours dans les geôles israéliennes.

Parmi eux, des enfants (encore près de 300), des femmes dont cer­taines avec des bébés, pour quelques uns nés en prison, des hommes âgés ou plus jeunes, souvent malades, beaucoup en détention admi­nis­trative (détenus sur ordre mili­taire, sans accu­sation for­melle, sans jugement, attendant parfois plu­sieurs mois pour ren­contrer leurs avocats ou leurs juges, détention renou­velée régu­liè­rement). Cer­tains sont des résis­tants, d’autres des citoyens qui essaient de passer les points de contrôle israé­liens pour trouver du travail ou se rendre à l’hôpital, beaucoup sont des proches de mili­tants uti­lisés comme leviers contre eux. Presque tous les gamins sont incar­cérés pour avoir jeté des pierres contre les chars. De plus en plus nom­breux sont les mani­fes­tants qui se dressent paci­fi­quement contre l’érection du mur d’annexion. D’autres, Marwan Bar­ghouti ou Hussam Khader, sont des repré­sen­tants élus du peuple pales­tinien, kid­nappés en Palestine par les soldats israé­liens en 2002 et 2003.

Les pri­son­niers sont entassés dans des condi­tions dif­fi­ciles et souvent insa­lubres dans des camps mili­taires, des colonies trans­formées en camps de détention ou des prisons en Palestine. Nombre d’entre eux sont aussi détenus en Israël, dans des centres de détention, camps de toile dans le climat impla­cable du Néguev, ou dans cer­tains lieux secrets comme l’infâme « prison 1391 ». La plupart sont soumis à la torture et aux mauvais trai­te­ments. Le droit inter­na­tional interdit notamment à l’occupant de détenir des citoyens du ter­ri­toire occupé hors de ce ter­ri­toire. De même, il assure les élus d’un peuple de l’immunité et interdit la torture. Israël se trouve donc dans l’illégalité la plus totale.

L’une des reven­di­ca­tions de l’ensemble des forces poli­tiques et citoyennes en Palestine concerne la libé­ration de tous les pri­son­niers poli­tiques pales­ti­niens. Le pré­sident Mahmoud Abbas en a fait un point majeur de sa cam­pagne pré­si­den­tielle en janvier 2005 et l’a réitéré sys­té­ma­ti­quement. Lors de ses dis­cus­sions, en janvier, en Egypte, avec le Premier ministre israélien, celui-​​ci s’est engagé à en libérer 900, à remettre quatre villes de Cis­jor­danie à l’Autorité nationale pales­ti­nienne et à alléger les condi­tions insup­por­tables de l’occupation. Cette libé­ration était la condition de la résis­tance unie pour poser momen­ta­nément les armes. Ceci fut fait, immé­dia­tement côté pales­tinien, len­tement et en deux temps, côté israélien. Après l’« évacuation » de la bande de Gaza, on compte encore quelque 650 pri­son­niers poli­tiques de ce ter­ri­toire. L’article 77 de la Convention de Genève stipule pourtant qu’une fois mis fin à une occu­pation, l’occupant est tenu de remettre ses pri­son­niers à l’autorité qui prend en charge le ter­ri­toire libéré. Les diri­geants israé­liens ont pris plu­sieurs mesures, dénoncées par le Pales­tinian Center for Human Rights [1]. D’une part, avec la fin du gou­ver­nement mili­taire dans la bande de Gaza, l’armée d’occupation a aboli la cour mili­taire trans­férant les cas relatifs aux pri­son­niers pales­ti­niens de Gaza à la Cour de Beir al-​​Saba, à l’intérieur d’Israël. D’autre part, Israël utilise le concept de « com­bat­tants illégaux  » pour pré­tendre sous­traire au droit inter­na­tional des civils pales­ti­niens détenus. Enfin, des projets de loi sont à l’étude pour per­mettre à la fois le maintien en détention des pri­son­niers de Gaza et la pos­si­bilité pour les ser­vices israé­liens de les « interroger ».

Tant que les pri­son­niers ne seront pas tous libérés et que la colo­ni­sation s’intensifiera en Cis­jor­danie y compris à Jéru­salem, l’occupation israé­lienne restera la réalité quo­ti­dienne et poli­tique, qui entraînera la résis­tance, légitime, du peuple pales­tinien. Marwan Bar­ghouti ou Hussam Khader, le disent : le seul signe cré­dible d’une volonté réelle du gou­ver­nement Sharon d’aller vers la paix, avec le retour à la table des négo­cia­tions de repré­sen­tants librement choisis du peuple pales­tinien, réside dans la libé­ration des pri­son­niers, de tous les prisonniers.

Claude Léostic

(1) Voir « 650 Pales­tinian Pri­sonners from Gaza are still detained in Israeli jails », par le Pales­tinian centre for Human rights, 21 sep­tembre 2001. Site : http://​amin​.org/eng/ uncat/2005/sept/sept21-0.html

[1] Voir « 650 Pales­tinian Pri­sonners from Gaza are still detained in Israeli jails », par le Pales­tinian centre for Human rights, 21 sep­tembre 2001. Site : http://​amin​.org/eng/ uncat/​2005/​sept/​sept21-0.html