Primé à l’étranger, humilié et pire encore par les Israé­liens à son retour en Palestine

Entretien avec Mohamed Omer, dimanche 13 juillet 2008

Le jour­na­liste pales­tinien Mohamed Omer raconte [1]

Amy Goodman : Nous nous adressons main­tenant au jour­na­liste pales­tinien Mohamed Omer, qui vient d’être primé. Il a 24 ans, il est jour­na­liste et pho­to­graphe, et a fait l’objet de mauvais trai­te­ments tant phy­siques que psy­cho­lo­giques de la part de res­pon­sables de la sécurité israé­lienne le mois dernier. Il est cor­res­pondant de l’agence de presse Inter Service (IPS à Gaza), et était sur le chemin du retour vers Gaza après avoir reçu à Londres le pres­ti­gieux prix de jour­na­lisme ’Martha Gellhorn’.

Mohamed Omer dit qu’il a été interrogé, a fait l’objet de fouilles cor­po­relles et a été battu par huit res­pon­sables armés du Shin Bet [2]. Il a été hos­pi­talisé pendant une semaine après cette rude épreuve. Interrogé, le Shin Bet a fait savoir que Omer "a fait l’objet d’un trai­tement normal et qu’aucune mesure spé­ci­fique n’a été prise à son encontre". A 24 ans, Omer a déjà vu la plupart de sa famille tuée ou blessée.

Il est le plus jeune gagnant du prix ’Martha Gellhorn’, du nom de cette fameuse cor­res­pon­dante de guerre amé­ri­caine, et qui est remis aux jour­na­listes qui mettent à nu la pro­pa­gande du pouvoir en place. Lors de la remise du prix, il a été sou­ligné que : "Chaque jour, il fait un reportage d’une zone de guerre, dans laquelle il est aussi pri­sonnier. Son pays, Gaza, est assiégé, affamé, attaqué, et oublié. Il sym­bolise un témoin par­ti­cu­liè­rement humain de l’une des plus grandes injus­tices de notre époque. Il est la voix des sans-​​voix".

Mohamed Omer nous rejoint main­tenant par télé­phone de Gaza.

Mohamed Omer : Amy, merci beaucoup.

Amy Goodman : Peux-​​tu nous raconter ce qui s’est passé et quand cela s’est passé ? Tu étais sur le chemin du retour, après avoir reçu ce prix à Londres ?

Mohamed Omer : Oui, mais juste une pré­cision avant de com­mencer, qui est que j’écris aussi pour le Washington Report section Moyen-​​Orient à Washington D.C. Alors que je revenais de la céré­monie de remise du prix et aussi d’une confé­rence que j’ai faite, j’ai été bloqué pendant près d’une heure et demie avant qu’un un res­pon­sable du Shin Bet ne vienne à moi et prenne mes bagages, qui avaient déjà été contrôlés.

J’avais déjà dû attendre pendant qu’ils avaient pris mes bagages et les avaient contrôlés. Le res­pon­sable du Shabak [3] est venu vers moi et m’a dit "Tu es un fou". J’ai gardé mon calme et ai écouté ce qu’il avait à dire. Il m’a dit : "Comment donc est-​​ce que quelqu’un qui est allé aux Pays-​​Bas, en France, en Suède, en Grèce et au Royaume-​​Uni peut revenir à Gaza ? Pourquoi reviens-​​tu à Gaza ? Gaza est sale, les gens y sont sales. Pourquoi reviens-​​tu vivre dans un tel endroit, où il n’y a ni élec­tricité ni essence, et des tas de pro­blèmes ? Pourquoi ne vas-​​tu pas vivre en France à la place ?". J’ai continué à expliquer à ce res­pon­sable du Shabak que j’avais décidé de revenir à Gaza parce que je veux rester la voix des sans-​​voix. Je veux être celui qui transmet des infor­ma­tions en pro­ve­nance de la Bande de Gaza, et pour concourir à per­mettre au monde de com­prendre ce qui s’y passe. Il m’a répondu : "OK, Mohamed, c’est ton choix. Tu as choisi de souffrir". Je lui ait dit : "Pas vraiment. Je n’ai pas fait le choix de souffrir. J’ai fait le choix de dire la vérité".

Alors, il a com­mencé à me demander combien d’argent j’avais avec moi. Je lui ait dit que j’avais des Dinars jor­da­niens, des Shekels israé­liens, des Euros, et aussi des Livres anglaises. Il m’a dit : "Mets tout cet argent sur la table" puis m’a demandé "Combien de Livres anglaises as-​​tu ?". J’ai répondu : "J’ai 480 Livres". Il m’a dit "Non, tu en as beaucoup plus". Je lui ai répondu : "Non, pas plus". Il a dit : "Tu es un menteur". Je lui ai répondu : "Je ne suis pas un menteur. Tout l’argent que j’ai est là". C’est alors que j’ai compris ce qu’il demandait au sujet des Livres anglaises, et lui ai dit : "Si vous recherchez l’argent que j’ai gagné avec ce prix Martha Gellhorn, je ne l’ai pas avec moi, il doit faire l’objet d’un virement bancaire".

Avi m’a emmené dans une pièce vide et à part, où il m’a dit : "Déshabille-​​toi". Je lui ai répondu : "Je ne vais pas me désha­biller, parce que des diplo­mates hol­landais qui sont avec moi m’attendent dehors". Ensuite, j’ai dû me désha­biller car il m’a dit : "Enlève ton T-​​shirt" et je l’ai enlevé. Puis mes jeans, et ensuite mes chaus­sures et chaus­settes. Il s’est alors rap­proché de moi et a dit : "Enlève tes sous-​​vêtements". Je lui ai répondu : "Je ne vais pas enlever mes sous-​​vêtements. Il y a des diplo­mates qui m’attendent". Il m’a dit : "Je sais que des diplo­mates t’attendent. Enlève tes sous-​​vêtements". Je lui ai dit : "Je ne le ferai pas". Il a alors mis la main sur son arme et m’a regardé. "Mohamed, enlève tes sous-​​vêtements". Je lui ai répondu : "Je ne les enlè­verai pas, parce que c’est humi­liant. Tu essaies de m’humilier. Ce n’est pas un contrôle de sécurité, par­ceque je suis déjà passé par tous les contrôles de sécurité comme tout le monde, et tu me traites dif­fé­remment". Il a dit : "Enlève-​​les". J’ai répondu : "Non, je ne le ferai pas". Alors, il s’est penché vers moi, et a enlevé mon slip pour me laisser tout nu. Je l’ai regardé, et lui ai dit : "OK, qu’essaies-tu de faire là ?". Il a répondu : "Tourne-​​toi à droite, puis à gauche". Je lui ai dit : "Je ne vais tourner ni à droite ni à gauche. Je suis tout nu".

C’est alors qu’il a com­mencé à m’humilier et à se moquer de moi. Et j’ai continué à lui expliquer "Pourquoi me traites-​​tu de cette façon ? Je suis un être humain, et je ne mérite pas ce genre de trai­tement". Il a répondu alors : "Pour l’instant, tu n’as encore rien vu. Tu vas voir la suite". Il a continué à m’interroger et à me fouiller, alors que j’étais nu. Puis il m’a dit : "Remets tes vête­ments". Je me suis rha­billé, et suis retourné dans le couloir par où passent les voya­geurs à l’arrivée.

C’est là que j’ai retrouvé les agents du Shabak, en train de tout fouiller et tout contrôler. Ils ont pris tous les docu­ments que j’avais dans mes valises. Ils ont pris tous les éléments contenant des infor­ma­tions, comme mon télé­phone por­table, mes cartes à mémoire, les cartes de visite des membres du Par­lement bri­tan­nique, hol­landais et grec que j’avais ren­contrés. Et il a recom­mencé : "Oh, tu es allé à la BBC World Service !". Je lui ai répondu : "Bien sûr, j’ai parlé à la BBC au sujet de Gaza et de la situation huma­ni­taire qui y règne". "Tu es allé à tel et tel par­lement, tu y as parlé là et là aussi ?". "Oui, bien sûr", puisqu’il pouvait constater par lui-​​même tous ceux que j’avais ren­contrés, avec leurs cartes de visite que j’avais avec moi.

Puis il a dit : "Alors, j’ai juste un pro­blème" qui était celui que je parlais trop. Je lui ai dit : "Mais c’est mon boulot de parler, et c’est ce que je veux faire, et c’est mon choix. Je veux que le message soit diffusé". Alors il m’a dit : "Si j’avais su que tu ren­trerais à Gaza, je ne t’aurais sûrement pas laissé sortir. Je croyais que ton rêve était celui de tous les autres Gazaouis, celui de tous ces jeunes hommes qui sortent de Gaza et n’y reviennent jamais". Je lui ai dit : "Eh bien, ce n’est pas mon rêve. Je veux y retourner, parce que Gaza c’est chez moi, et je veux être la voix des sans-​​voix". Il a continué à tout vérifier minu­tieu­sement, y compris mes vête­ments, prenant mes carnets de note et tous les infor­ma­tions et docu­ments y compris de réflexion stra­té­gique que j’avais reçus des par­le­men­taires. Il s’est moqué des par­le­men­taires que j’ai ren­contrés, y compris ceux du Par­lement bri­tan­nique. "Tu crois vraiment que ces gens-​​là vont t’aider ?" m’a-t-il demandé. Je lui ai répondu : "J’essaie de faire sortir les infor­ma­tions. Je ne demande pas leur aide. J’essaie juste de les informer sur ce qui se passe à Gaza".

Il a recom­mencé à m’interroger, puis a dit : "Pourquoi rapportes-​​tu tous ces parfums ?". Je lui ai dit : "Désolé, mais peux-​​tu me rendre un service ? Une fois que tu as tout vérifié, peux-​​tu tout remettre en place comme c’était ? Cela m’est égal que tu vérifies tout, pas de pro­blème, mais remets tout en ordre". C’est alors qu’il m’a dit en hébreu : "Sheket", ce qui veut dire ’ferme-​​la’. Je lui ai alors dit : "Bon, comme jour­na­liste, je n’ai pas l’habitude de la fermer, mais je vais rester calme". Alors, il a rede­mandé : "Pour qui rapportes-​​tu tous ces parfums ?". Je lui ai dit : "Ces parfums sont pour des amis et des gens que j’aime, ce sont juste des cadeaux". Il a dit : "Ah, parce que l’amour fait aussi partie de votre culture ?!". Je lui ai répondu : "Bien sûr !".

L’interrogatoire a continué, et il vu un trophée de l’Union des jour­na­listes grecs, trophée que j’ai reçu en 2008 comme jour­na­liste cou­rageux de Gaza. Il m’a alors demandé : "Qu’est-ce que c’est ?". Je lui ai expliqué que c’était un trophée de l’Union des jour­na­listes grecs. Il m’a dit : " Mohamed, tu sais que la Grèce est l’amie des Pales­ti­niens ? Uni­quement des Pales­ti­niens, et pas d’Israël ?". Je lui ai répondu :"Moi, cela m’est égal, et cela ne me regarde pas. C’est un pays. J’ai reçu une invi­tation du par­lement grec, et je suis allé là-​​bas pour y parler après — ou avant d’aller recevoir mon prix".

Pendant l’interrogatoire, j’ai fini par m’évanouir, en tombant par terre. Et j’ai com­mencé à vomir partout. Les soldats ont com­mencé à se ras­sembler autour de moi. Je pense que j’ai dû vomir par terre pendant près d’une heure et demie. Et l’un des offi­ciers du Shabak — j’étais incons­cient la plupart du temps, mais je peux me rap­peler l’une des choses qu’ils me fai­saient — et celui-​​là uti­lisait ses ongles pour me pincer partout, pour me faire mal juste sous les yeux, là où c’est sen­sible. Je me suis dit que ce que ces gens étaient en train de me faire, c’était en quelque sorte de me tor­turer. Et c’est ce que faisait l’un d’entre eux, en me pinçant avec ses ongles der­rière les oreilles, et cet autre qui a mis ses chaus­sures sur mon cou. Je pouvais sentir le contour de ses chaus­sures sur mon cou, pivotant de droite à gauche.

J’ai recom­mencé à vomir, encore et encore, et plus par­ti­cu­liè­rement après que l’un des soldats a appuyé avec deux de ses doigts dans le creux entre le cou et la poi­trine. Il y a ce creux, et il a appuyé très fort, et essayé d’agripper mes os à plu­sieurs reprises. Cela a été le plus dou­loureux. Il y a aussi eu celui qui a tenté de mettre ses mains sur ma poi­trine et qui s’y est appuyé de tout son poids. Il essayait véri­ta­blement de me casser, et de casser ma cage tho­ra­cique, car il y mettait tout son poids. Et l’autre soldat qui conti­nuait à mettre ses pieds et ses chaus­sures sur mon cou, cela ne peut pas s’apparenter à des soins d’urgence. Lorsque j’ai raconté aux médecins de Gaza ce qui m’est arrivé, ils sont dit que ce n’était pas des soins d’urgence, mais de la torture.

Ils ont continué comme ça jusqu’à ce qu’un soldat me tire par les pieds, avec ma tête et mon dos restant à terre. Il m’a traîné sur plu­sieurs mètres, et là ils ont com­mencé à se moquer de moi et à rigoler. Je pouvais les entendre rire alors que j’étais à terre. C’est alors que j’ai réalisé ce que ce devait être pour un Africain noir sous le régime d’apartheid. C’est ce que j’ai res­senti à ce moment-​​là. J’avais des moments d’inconscience, puis j’ai réalisé qu’ils me met­taient sur une chaise rou­lante et ils m’ont dit que j’avais eu une attaque.

Ils m’ont conduit à un médecin mili­taire, dont je pouvais voir le M-​​16 alors même qu’il tentait de me soigner. Il a tenté d’installer sur moi une machine contrôlant le cœur. Et soudain, alors qu’il y avait cette machine sur une table, il a com­mencé à me pincer, et à tenter de me tor­turer de la même façon. Et je pense que c’est celui qui m’avait déjà fait cela au début. Ils ont continué. Ensuite, j’ai entendu les soldats crier en hébreu. Et j’ai entendu le mot anglais à plu­sieurs reprises " ambu­lance, ambu­lance, ambu­lance", après qu’ils ont réalisé que j’avais encore perdu conscience.

Ensuite, ils m’ont emmené dans une ambu­lance du Croissant Rouge, et j’ai été conduit ailleurs. Alors, avant que l’ambulance ne démarre avec le chauffeur de l’ambulance et l’infirmier qui était un Pales­tinien de Jéricho, un officier du Shabak a tapé sur la por­tière. Je crois que c’était Avi, ce soldat qui m’avait demandé de me désha­biller com­plè­tement. Ils ont dit : "Mohamed, tu dois signer ceci". Je n’avais pas vraiment idée de ce qu’il voulait que je signe compte tenu de mon état, mais il voulait que je signe un papier sur lequel je recon­naissais que ni le Shabak ni le Shin Bet israé­liens n’étaient res­pon­sables de ce qui m’arriverait dès que je serai parti. Je ne l’ai pas signé, parce que j’étais incons­cient. Et les types avec moi, comme le chauffeur de l’ambulance, ont dit : "Mohamed est incons­cient, il ne peut rien faire ni signer un document".

Cela a continué jusqu’à ce que le chauffeur leur dise : "Dois-​​je informer l’ambassade de Hol­lande ? Ils attendent dehors. Dois-​​je leur dire de nous suivre et de venir à l’hôpital, et leur dire que Mohamed est dans l’ambulance ?". La réponse a été : "Écoute bien, cela n’est pas ton pro­blème. Ne dis pas aux Hol­landais que Mohamed est dans l’ambulance. Conduis-​​le à l’hôpital, et c’est tout. Ne dit rien à per­sonne de ce qui s’est passé".

J’ai alors été amené à l’hôpital, et je me suis retrouvé entouré de médecins, et je leur ai demandé où j’étais. "A l’hôpital de Jéricho" m’ont-ils dit. L’hôpital a appelé l’ambassade, et ils sont venus me chercher. J’ai été transféré de Jéricho à Gaza, à l’hôpital européen de Gaza, où j’ai passé plu­sieurs jours, cela fait six jours que j’y suis.

Amy Goodman : Mohamed Omer, on n’a plus que deux minutes, et je voulais te demander ceci : John Pilger, qui t’a remis le prix, et qui est un jour­na­liste aus­tralien connu qui réside en Grande-​​Bretagne, et qui est aussi un réa­li­sateur, a écrit un papier sur ce qui t’est arrivé en disant notamment : " L’ex-ambassadeur Jan Wijenberg a dit que "ce n’était en aucun cas un cas isolé, tout cela fait partie d’une stra­tégie à long terme pour détruire la vie sociale, écono­mique et cultu­relle des Pales­ti­niens… Je sais que Mohamed Omer peut être tué par des snipers israé­liens ou avec une bombe dans un futur proche". C’est donc ce qu’a dit l’ex-ambassadeur des Pays-​​Bas. Quel com­men­taire de ta part, pour conclure ?

Mohamed Omer : Oui, je crois que c’est une pos­si­bilité. Si les Israé­liens ont pu tuer notre col­lègue, le camé­raman de Reuter, ils peuvent me tuer aussi. Je croyais qu’avoir reçu ce prix inter­na­tional m’apporterait une forme de pro­tection, mais qui s’en soucie ? Israël s’en fout. Israël tente de pro­voquer l’opinion publique. Ils tentent de pro­voquer tout le monde, et de tor­turer les gens, et de les tuer. Je veux dire, est-​​ce que Israël va se pré­oc­cuper de tuer un jour­na­liste ? Bien sûr que non. Ils ont tué toute une famille sur la plage de Huda Ghaliya. Huit membres de cette famille ont été tués. Ils ont tué cinq enfants qui ramas­saient des fraises il y a deux ans. Et ils conti­nuent de tuer des gens chaque jour, d’un jour à l’autre. Vont-​​ils se pré­oc­cuper de moi ? Bien sûr que non !

[1] Ndt : Mohamed Omer, jour­na­liste et cor­res­pondant de l’agence IPS à Gaza, a été arrêté et mal­traité par des res­pon­sables de la sécurité israé­lienne au point de passage d’Allenby entre la Jor­danie et la Cis­jor­danie, le jeudi 26 juin 2008. Omer ren­trait à Gaza, après une tournée euro­péenne com­prenant des ren­contres avec des par­le­men­taires, et au cours de laquelle il avait notamment reçu un prix renommé de jour­na­lisme à Londres. Son voyage était spon­sorisé par le Washington Report et l’ambassade des Pays-​​​​Bas à Tel Aviv qui était notamment en charge de coor­donner avec les auto­rités israé­liennes sa sortie de Gaza puis son retour comme sa sécurité.

[2] NdT : service israélien de sécurité et de renseignement

[3] NdT : service israélien de sécurité intérieure