Pré­si­dence fran­çaise de l’UE : lettre envoyée à divers repré­sentant de partis politiques

Afps, mardi 24 juin 2008

Lettre envoyée à divers repré­sen­tants de partis poli­tiques : François Bayrou, Olivier Besan­cenot, Marie-​​Georges Buffet, Patrick Devedjian, Cécile Duflot, François Hollande.

Paris, le 16 juin 2008

Le 1er juillet la France présidera pour six mois l’Union européenne.

A ce titre et dans ce cadre, vous avez été reçu récemment par le Pré­sident de la Répu­blique pour faire valoir les points majeurs que votre for­mation poli­tique entendait voir mis en avant durant cette période.

Nous venons aujourd’hui vers vous pour obtenir votre opinion, que nous ren­drons publique, du fait de l’émergence d’éléments poli­tiques nou­veaux par­ti­cu­liè­rement sérieux qui ont dû être évoqués au cours de la ren­contre que vous avez eue avec le Chef de l’Etat.

Il s’agit de la situation qui prévaut aujourd’hui au Moyen-​​Orient.

Il y a tout d’abord la question posée par l’attitude de l’Iran , dont les res­pon­sables qui, outre les propos inac­cep­tables qu’ils tiennent concernant Israël tout par­ti­cu­liè­rement, font preuve de mau­vaise volonté concernant les ins­pec­tions de AIEA qui sont pourtant parties inté­grantes impé­ra­tives du traité de non-​​prolifération (TNP). Face à cette situation des voix, et non des moindres, se font entendre en faveur d’une frappe mili­taire de ce pays en lieu et place d’une recherche obs­tinée et civi­lisée d’une solution poli­tique au pro­blème. Ce genre de situation avait été au centre de la guerre déclenchée sans aucune légi­timité par les USA contre l’Iraq malgré une ferme oppo­sition de la France à défaut de l’Union dans son ensemble.

Au cha­pitre des décla­ra­tions inquié­tantes allant dans ce sens, décla­ra­tions non contestées par les auto­rités de notre pays, il faut noter celle de M. Ehud Olmert qui, dans l’avion qui le ramenait début juin de Washington, a déclaré que « Nous sommes sur le point d’arrêter le pro­gramme nucléaire de l’Iran ». Notons que per­sonne n’a apporté de preuves – ni dans un sens ni dans un autre – sur l’existence ou non d’un tel pro­gramme. Alors qu’Israël possède et déve­loppe son arsenal nucléaire , sans contrôle de l’AIEA.

A cela s’ajoutent les décla­ra­tions des can­didats désignés au rem­pla­cement de G. W. Bush à la pré­si­dence amé­ri­caine tandis que ce denier a entrepris un voyage en Europe avec aux cœur de ses dis­cus­sions cette même question.

Le « rai­son­nement » du gou­ver­nement israélien tient pourtant dans cette cer­titude qui est la sienne, à savoir qu’il faut agir main­tenant « avant que l’administration Bush ne quitte la scène car la sui­vante, quelle qu’elles soit, lui sera moins fera favorable. »

La démission de l’amiral Fallon de son com­man­dement des forces amé­ri­caines au Moyen-​​Orient, a été inter­prétée comme étant le signe de son refus de par­ti­ciper à une guerre contre l’Iran. Donnant une interview après sa démission, l’amiral n’a pas véri­ta­blement démenti. Cela peut laisser penser que l’administration Bush envisage, au moins, cette option.

Joschka Fischer, ancien ministre allemand des affaires étran­gères, en vient quant à lui à écrire dans une « Tribune libre » publiée le 30 mai, dans un journal libanais et un journal israélien qu’ « Un conflit mili­taire va être pro­ba­blement déclenché » en 2008.

Cette situation mérite la plus haute attention puisqu’il en va de la paix ou de la guerre dans une région très sen­sible et qu’elle concerne un pays important à tous égards. Elle est d’autant plus à consi­dérer aujourd’hui que, même s’il devait se rétracter un peu quelques jours plus tard, le Pré­sident de la Répu­blique n’avait pas hésité à parler de « frappes » contre l’Iran il y a peu.

La Pré­si­dence fran­çaise, dans un tel contexte, peut jouer un rôle très important dans un sens ou dans un autre. Il va de soi, que pour nous, l’option mili­taire est à écarter. Nous sou­haitons avoir votre opinion et vos déci­sions en ce domaine.

Cette question n’est évidemment pas sépa­rable de la guerre qui n’en finit pas de durer et de semer des drames immenses au Proche-​​Orient, et nous ne visons pas ici la seule question de Gaza dont il convient d’obtenir, sous peine de graves consé­quences, la levée du blocus. Depuis Anna­polis, les auto­rités israé­liennes mul­ti­plient de graves atteintes au droit international.

Cette réunion amé­ri­caine avait pour objet de voir la création à la fin de cette année d’un Etat pales­tinien. C’est peu dire que nous en sommes loin. Or la Pré­si­dence fran­çaise coïncide avec la fin 2008 et donc avec cette date donnée comme « butoir » pour l’existence d’un Etat pales­tinien. Si les Etats-​​Unis sont impliqués de manière non neutre dans ce conflit, l’Union euro­péenne est absente et donc laisse faire. De fait elle porte une part de res­pon­sa­bilité dans cette situation qui n’est pas inex­tri­cable dès lors que le droit inter­na­tional existe et définit la solution qui ne demande qu’à être enfin appliquée.

La Pré­si­dence fran­çaise est donc en pre­mière ligne pour affronter ce défi. Non seulement rien ne se profile qui per­met­trait à l’Union euro­péenne de jouer un rôle et d’exister enfin en tant que telle, hors de tout alignement,

Mais nous apprenons que le 16 juin , après une bonne année de négo­cia­tions que l’on peut qua­lifier de secrètes, l’Union euro­péenne discute avec les auto­rités israé­liennes d’un appro­fon­dis­sement de leurs rela­tions à un niveau tel que ce pays, Israël, pourrait être considéré comme devenant qua­siment un nouveau membre de l’Union.

Ceci ne peut être accepté , pas plus qu’un ren­for­cement même à un niveau moindre que celui envisagé, dès lors que ce pays bafoue en toute impunité le droit international.

Malgré ce fait les négo­cia­tions se sont déve­loppées, ce qui constitue un encou­ra­gement à la poli­tique menée par les auto­rités de ce pays. On notera aussi que l’accord d’association qui existe avec ce pays depuis 1995 a été appliqué malgré le non respect de l’article 2 qui prévoit expres­sément la sus­pension de l’accord en cas de vio­lation des droits de l’homme par Israël. Le Par­lement européen, en 2002, avait d’ailleurs demandé, sans être écouté le moins du monde, sa sus­pension en raison de l’attitude israé­lienne contraire aux droits de l’homme, au droit inter­na­tional et à la paix.

Aujourd’hui non seulement il est fait fi de cet article 2 mais on veut aller beaucoup plus loin dans la coopé­ration avec Israël.

Le pro­chain voyage du Pré­sident de la Répu­blique en Israël ne peut être compris indé­pen­damment de ce projet.

Tous ces éléments d’une lourde portée et consé­quence ne peuvent pas ne pas être pris en compte par le parti dont vous êtes le premier diri­geant. Aussi nous vous demandons votre opinion sur cet ensemble ainsi que les actions que vous entendez prendre, ou non, pour que la pro­chaine Pré­si­dence fran­çaise de l’Union laisse une empreinte positive dans sa volonté de se mêler des affaires du monde dans le sens du droit et de la paix.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions de recevoir Mon­sieur, l’assurance de notre haute consi­dé­ration.

Pour le bureau national de l’Association France Palestine Solidarité,

Le Président, Bernard Ravenel