Préparez-​​vous pour la 41e année

Michael Sfard, Haaretz, vendredi 6 juin 2008

Le com­mandant mili­taire pour la Cis­jor­danie, le général Gadi Shamni, est un homme occupé. Il a un pays à mener et il n’y a pas chez lui de sépa­ration des pou­voirs. C’est lui qui, tout à la fois, pro­mulgue les lois, juge les trans­gres­seurs, dirige son petit gou­ver­nement composé de ses ministres-​​officiers âgés d’une ving­taine d’années.

Seule une petite partie de son activité est connue du public, car la direction du ter­ri­toire occupé implique au jour le jour une infinité de déci­sions, d’ordres et d’actes. Voici quelques exemples de son activité récente :

Un jour, le com­mandant déclare la guerre aux han­di­capés de Kal­kiliya. Un ordre signé de sa main place hors-​​la-​​loi les orga­ni­sa­tions qu’il soup­çonne d’activité ter­ro­riste : « l’Association pour la réha­bi­li­tation du han­dicapé de Kal­kiliya », « l’Association des han­di­capés », « l’Association pour la réha­bi­li­tation des han­di­capés », « l’Association de réha­bi­li­tation des han­di­capés », « l’Association de Kal­kiliya pour la réha­bi­li­tation de han­di­capés », « l’Association de Kal­kiliya pour les han­di­capés », « l’Association de soutien et de soins pour han­di­capés », « l’Association de Kal­kiliya pour la réha­bi­li­tation du han­dicapé ». Ces orga­ni­sa­tions sont ainsi devenues illé­gales et leurs membres des cri­minels. Quelques plus tard, il a annoncé la pro­lon­gation de l’interdiction, valable pour deux ans, de se rendre à des congrès à l’étranger, pour Shawan Jabarin, directeur de la plus grande asso­ciation cis­jor­da­nienne de défense des droits de l’homme, « Al-​​Haq ». Lui aussi, dit le com­mandant, est plongé jusqu’au cou dans le terrorisme.

La semaine der­nière, un juge de la cour mili­taire du camp d’Ofer, le major Samuel Lavie, conseiller du com­mandant mili­taire pour les ques­tions juri­diques, a décrété que deux Pales­ti­niens qui louaient à Hébron des magasins que des colons du quartier d’Avraham Avinou ont envahis, avaient perdu leurs droits de loca­taires pour avoir « aban­donné » les pro­priétés. Le juge connaissait les ordon­nances émises il y a quelques années par le com­mandant mili­taire et qui inter­di­saient aux Pales­ti­niens d’entrer dans leurs magasins et qu’ils ne pou­vaient donc y être ces der­nières années, mais il a décrété qu’un abandon forcé était aussi un abandon.

Ven­dredi passé, comme chaque semaine depuis un mois et demi, le com­mandant mili­taire d’Hébron a signé une ordon­nance de zone mili­taire fermée inter­disant aux membres de l’organisation « On brise le silence » d’organiser dans la ville des cir­cuits d’information. Les colons de la ville se sont opposés à ces cir­cuits, cer­tains ont agressé leurs orga­ni­sa­teurs, et le com­mandant a trouvé un moyen pour garantir le calme et la tranquillité.

Récemment, le repré­sentant du com­mandant mili­taire a été le prin­cipal orateur à inter­venir lors d’une confé­rence à l’Université Hébraïque, dont l’intitulé était « Dis­tinction permise ou dis­cri­mi­nation inac­cep­table – L’argument sécu­ri­taire constitue-​​t-​​il une dif­fé­rence per­ti­nente ? » Il s’agit effec­ti­vement d’une question cen­trale dans l’activité du com­mandant mili­taire qui signe, ces der­niers temps, des ordon­nances inter­disant à des Pales­ti­niens de cir­culer sur telle route ou telle autre, ou de pénétrer dans telle zone déter­minée de Cis­jor­danie. Il aurait été pos­sible de donner à la conférence-​​débat un intitulé moins embar­rassé : « Apar­theid : pour ou contre ? ».

Ce ne sont là que quelques exemples de l’activité du com­mandant : lutter contre des orga­ni­sa­tions d’assistance et limiter les démarches des mili­tants des droits de l’homme, ancrer dans la loi une dis­cri­mi­nation sur base nationale, dépos­séder de leurs biens des Pales­ti­niens et auto­riser les exac­tions des colons.

Mais ce n’est pas seulement le com­mandant mili­taire qui fait tout cela. C’est nous. Bien­venue dans cette 41e année !

Haaretz, 5 juin 2008