Pourquoi des parrainages d’enfants palestiniens ?

Afps, jeudi 31 mars 2005

C’est en 1977 que l’Association Médicale Franco-​​Palestinienne lançait son pro­gramme de par­rai­nages d’enfants palestiniens.

C’est en 1977 que l’Association Médicale Franco-​​Palestinienne lançait son pro­gramme de par­rai­nages d’enfants pales­ti­niens. Parmi les pre­mières per­sonnes qui s’engageaient à sou­tenir la sco­larité d’un enfant pendant six ans, il y avait Yvette et André Sochon, qui, avec leur enga­gement, nous écri­vaient une lettre dont voici des extraits :

« Je précise que notre enga­gement consiste moins à nous lier à un enfant en par­ti­culier qu’à apporter notre soutien à l’instruction d’un enfant pales­tinien. Nous recon­naissons l’Association des femmes d’el Bireh en tant qu’organisation de masse dans la lutte du peuple pales­tinien, par­fai­tement habi­litée à attribuer notre sous­cription à qui elle juge bon ,et éven­tuel­lement à modifier son attri­bution pour des raisons qu’elle jugerait conforme à son rôle et à ses buts ».

Aujourd’hui ils précisent :

« Notre par­ti­ci­pation au par­rainage d’enfants pales­ti­niens n’était pas pour nous un acte de charité, de com­passion. C’était la mani­fes­tation de notre soli­darité poli­tique. A travers l’enfant orphelin de son père et de sa terre , c’était la Palestine à venir que nous sou­te­nions. »

Jamais les par­rai­nages n’ont été un acte de charité mais bien un acte concret huma­ni­taire de soutien poli­tique au peuple palestinien.

Nous avons alors tra­vaillé avec des asso­cia­tions de femmes dont les pré­si­dentes étaient des per­son­na­lités très engagées poli­ti­quement. Les plus anciens se sou­viennent de Samira Khalil pré­si­dente fon­da­trice de Inash El Usra, grande résis­tante contre l’occupation israé­lienne et aujourd’hui décédée. Elle vit son asso­ciation plu­sieurs fois « fermée par ordre mili­taire » et connut aussi la prison. En se pré­sentant contre Arafat à la pré­si­dence de l’Autorité Pales­ti­nienne, elle fut la seule femme dans le monde arabe à concourir pour la pré­si­dence de son pays. L’autre grande figure est Yusra barbari à Gaza, elle aussi engagée politiquement.

Nous avons ensuite pris en charge des enfants et des adultes han­di­capés de la BASR, centre médical où l’on soi­gnait et réédu­quait les blessés de l’occupation puis de la pre­mière Intifada. Sur place, nous avons tou­jours tra­vaillé avec des mili­tants poli­tiques engagés dans la libé­ration de leur pays.

Le Liban avait aussi besoin de ce soutien et nous avons col­laboré avec l’association Beit Atfal Assoumoud.

Aujourd’hui, 27 ans plus tard, qu’en est-​​il ?

Le peuple pales­tinien a encore et tou­jours plus que jamais besoin de notre soutien poli­tique et concret.

Alors qu’au départ les par­rai­nages étaient un soutien pour per­mettre à un enfant de faire des études, aujourd’hui le par­rainage est un soutien ali­men­taire pour toute une famille. La situation maté­rielle est désas­treuse ; Jean Ziegler, rap­porteur spécial de l’ONU sur le droit à l’alimentation, parle « de catas­trophe huma­ni­taire ». Un jour­na­liste de télé­vision en poste à Jéru­salem signalait que des enfants souffrent « de lésions céré­brales dues à la mal­nu­trition ». C’est dire à quel point notre aide est néces­saire. Nous sou­tenons en ce moment 591 familles pales­ti­niennes par le biais du par­rainage d’un de leur enfant. Tou­tefois, notre asso­ciation n’est pas une asso­ciation de pro­fes­sionnels des par­rai­nages comme celles dont on voit la pub sur les murs de nos villes.

Nous sommes tou­jours et avant tout une asso­ciation de mili­tants qui tra­vaillons avec d’autres mili­tants sur le terrain.

Le rôle des groupes locaux de l’AFPS est très important pour recruter les mar­raines et par­rains. Ce sont eux qui pro­posent et dif­fusent les pla­quettes lors de leurs inter­ven­tions. Cer­tains font un important travail de sen­si­bi­li­sation et de mobi­li­sation dans leur secteur.

Des groupes se forment parfois sur le lieu de travail à partir d’un par­rainage. Nous avons ainsi un certain nombre de par­rai­nages collectifs.

Toute la partie gestion à Paris est faite par des mili­tants béné­voles, non seulement pour des raisons écono­miques, mais bien politiques.

Sur place, les asso­cia­tions ont beaucoup de dif­fi­cultés pour aider toutes les familles dans le besoin. Les bar­rages, les bou­clages limitent ou empêchent les dépla­ce­ments. Les ver­se­ments ne peuvent pas tou­jours être régu­liers. Les familles reçoivent alors deux ou trois mois en même temps. Les tra­vailleuses sociales prennent des risques pour se déplacer. Elles constatent et signalent aux asso­cia­tions sur place les familles en grand besoin. Tou­tefois, devant leur grande charge de travail, elles ne peuvent pas donner à tous, mar­raines et par­rains, des nou­velles pré­cises de nos familles, ce que beaucoup de per­sonnes regrettent, mais que l’on peut comprendre.

Les par­rai­nages, travail de mili­tants, ici et sur place, sont une pierre de plus dans le soutien à la lutte du peuple pales­tinien pour son indé­pen­dance.

Faire un par­rainage, « c’est sou­tenir la Palestine à venir »

J.Neiss

Plus d’infos : afps@​france-​palestine.​org