Pourparlers de paix à l’ombre des démolitions

Badil, mercredi 25 août 2010

Alors que le pré­sident Barak Obama fait pression sur les Pales­ti­niens pour ré-​​engager des pour­parlers de paix directs et que le premier ministre "Bibi" Neta­nyahou conseille, avec dédain, au pré­sident Mahmoud Abbas de ne pas manquer cette chance, de récentes démo­li­tions dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés et en Israël conti­nuent sans arrêt et avec la même intensité.

Selon l’OCHA, Juillet et Août ont compté le plus grand nombre de démo­li­tions cette année. Fin juillet, l’OCHA rap­porte que les forces israé­liennes ont détruit plus de 230 construc­tions, déplaçant et/​ou affectant plus de 1100 per­sonnes , dont 400 enfants, depuis le début de l’année 2010. 50% de ces des­truc­tions ont eu lieu dans le seul mois de juillet. L’OCHA fait observer que les auto­rités civiles israé­liennes vont inten­sifier les démo­li­tions sur la rive occi­dentale du Jourdain, sur ordre du Ministère israélien de la Défense.

Dans la vallée du Jourdain, les forces israé­liennes ont démoli le village de Farisya deux fois en l’espace de dix jours, d’abord le 19 juillet et, de nouveau, le 5 août. Ce qui a occa­sionné la des­truction de 116 construc­tions et le dépla­cement de 129 per­sonnes , dont 63 enfants. Dans le second round de démo­li­tions, 10 construc­tions épar­gnées la pre­mière fois ont été démolies en même temps que 27 construc­tions ainsi que des maté­riaux fournis par la Croix Rouge. Israël a contredit d’une manière fla­grante ses dis­cours sur la paix en publiant d’autres déci­sions de démo­li­tions pour les 15 et 16 août.

De plus, les auto­rités israé­liennes se sont avérées com­plices des acti­vités d’auto défense mises en place par des colons juifs dans le quartier musulman de la Vieille Ville de Jérusalem.Tôt le matin du 29 juillet, des colons juifs ont pris d’assaut la maison Kirreh, foyer de 9 familles pales­ti­niennes, en toute impunité. Sur ces 9 familles, seule 1 s’est vu res­tituer son logement par jugement d’un tri­bunal. Les 8 autres sont tou­jours déplacées en attendant que leur cas soit examiné par un tribunal.

Alors que les Nations unies ont condamné ces démo­li­tions, sans mesures pénales, la simple condam­nation ne répond pas aux obli­ga­tions des Nations Unies de main­tenir la paix et la sécurité et d’assurer le respect des droits de l’Homme et des libertés fon­da­men­tales. Selon la loi inter­na­tionale, l’Etat est obligé d’empêcher ces faits, d’enquêter et d’y remédier, et s’il ne le fait pas, c’est à la com­mu­nauté inter­na­tionale qu’incombe une pro­tection efficace des vic­times. La vio­lence exercée par des acteurs privés (les colons) ne devraient pas être consi­dérées comme de simples pro­vo­ca­tions mais comme faisant partie d’une poli­tique déli­bérée appuyée par l’autorité de l’Etat. En se contentant de décla­ra­tions, l’ONU, les états et les orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales ne répondent pas d’une manière adé­quate aux attaques contre les droits de l’homme per­pé­trées par Israël, ce qui favorise la crise huma­ni­taire et mine le pro­cessus de paix.

En fait, même si les décla­ra­tions récentes de Neta­nyahou étaient jugées sin­cères, les actions d’Israël consti­tuent un rejet fla­grant du pro­cessus de paix et des docu­ments sur les­quels il s’appuie, y compris les Accords d’Oslo qui ren­voient les colonies à un stade final et la Feuille de Route qui interdit purement et sim­plement l’expansion des colonies. Sous couvert de ses appels à une reprise des négo­cia­tions de paix, Israël viole les droits de ses propres citoyens pales­ti­niens. Les forces israé­liennes ont démoli Al Araqib, village bédouin du Néguev, quatre fois du 27 juillet au 17 août, déplaçant 300 Pales­ti­niens, citoyens d’Israël, au début du mois de Ramadan (mois saint pour les musulmans) et les obli­geant à subir une récente vague de chaleur en plein air sur l’emplacement de leur cime­tière. Selon M K Talabal-​​Sana ; il s’agit d’un test pour la démo­cratie en Israël, et la démo­cratie n’existe plus. Al Araqib est un test de la pos­si­bilité pour les Israé­liens de vivre avec leurs propres conci­toyens pales­ti­niens ; alors comment Israël peut-​​elle vivre en paix avec les Pales­ti­niens de Palestine ?

Les démo­li­tions et le refus des droits de l’Homme les plus essen­tiels, tels que un toit sur la tête, sont des traits du régime d’apartheid d’Israël et sont révé­la­teurs des cause pro­fondes des crises huma­ni­taires dans les Ter­ri­toires Occupés. Au mieux, les récentes démo­li­tions effec­tuées par Israël peuvent être consi­dérées comme des ten­ta­tives de colo­ni­sation, au pire on peut les inter­préter comme du net­toyage ethnique.

Si l’on prend en compte ces actes, on ne peut qu’être dubi­tatif sur la bonne foi sur laquelle s’appuient les der­niers appels en faveur de dis­cus­sions de paix. Nous en appelons aux états, à l’ONU, aux orga­ni­sa­tions inter­na­tio­nales et plus lar­gement à la com­mu­nauté inter­na­tionale pour mettre en accord les pour­parlers de paix et les lois huma­ni­taires et des droits de l’Homme dans un effort pour créer un envi­ron­nement où la paix soit effec­ti­vement recherchée au lieu de sous­crire en paroles seulement à la paix dans un contexte de démo­li­tions et de dépla­ce­ments de populations.