Pour une lutte populaire, commune et non-​​violente contre le Mur et l’occupation

Renée Prangé et Robert Kissous, dimanche 5 mars 2006

Fin 2005 le comité popu­laire du village, qui dirige la lutte contre le Mur et l’occupation à Bil’in envi­sa­geait de tenir une confé­rence inter­na­tionale pour le premier anni­ver­saire de leur lutte (20 février 2005). Elle vient d’avoir lieu. Notes sur le vif…

Le pari était auda­cieux et les inter­ro­ga­tions mul­tiples : sans expé­rience d’une telle ini­tiative, sans moyens finan­ciers comment réussir une telle opé­ration ? Après débat la décision fut fina­lement prise : la confé­rence aurait lieu.

Avec les moyens du bord, la mobi­li­sation du village et d’organisations pales­ti­niennes de lutte contre le Mur et l’aide d’Israéliens et d’Internationaux, les pro­blèmes de logis­tique et d’organisation furent résolus. Et bien résolus.

L’hébergement des étrangers était prévu chez des habi­tants du village, les repas du soir pré­parés. Merci à tous nos amis de Bil’in pour leur accueil extrê­mement cha­leureux, pour toutes les atten­tions qu’ils et elles nous ont mani­festées. Nous ne pouvons tous les citer mais tous ceux qui les ont côtoyés savent à quel point ils se sont mis en quatre pour nous être agréables.

Merci aussi aux Israé­liens qui étaient chargés des trans­ports vers Bil’in, se débrouillant pour être là à l’arrivée de chaque vol pour nous conduire au village, revenant prendre ceux qui étaient gardés parfois de longues heures au contrôle vexa­toire, inad­mis­sible, à l’aéroport.

La confé­rence, qui s’est tenue les 20 et 21 février 2006 dans l’école de Bil’in, a ras­semblé environ 400 per­sonnes, dont une petite cen­taine d’internationaux (environ 40 français, dont 35 venus par l’AFPS, de l’UJFP et de comités locaux, et le maire de Fosses (95)), et une cen­taine de paci­fistes israé­liens de divers mou­ve­ments (Gush Shalom, AIC, Inter­na­tional Soli­darity Movement, Anar­chistes contre le Mur, …).

Elle se tenait dans l’école - en congé le premier jour - sous une superbe tente mul­ti­colore (fournie par ISM) dressée dans la cour. Il régnait une belle ambiance, cha­leu­reuse.

De nom­breux vil­lages et villes des alen­tours qui subissent aussi l’enferment et les annexions ter­ri­to­riales par le mur ont envoyé des représentants.

Les pré­sen­ta­tions ont eu lieu en arabe ou en anglais avec tra­duction dans les deux sens. Pour les Français ne parlant aucune de ces deux langues, on a improvisé une tra­duction anglais-​​français grâce à une mili­tante des Anar­chistes contre le Mur (AAW).

20 février matin. Séance plénière.

Remarque : Les notes ci-​​dessous ont été saisies sur place et tra­duites de l’anglais. Nous avons essayé d’être le plus fidèles pos­sible. Mais nous n’avons pas tou­jours réussi à tout noter. Nous nous en excusons par avance auprès des inter­ve­nants et des lec­teurs.

Les par­ti­ci­pants ont observé une minute de silence en mémoire de ceux qui sont tombés pour la liberté et l’indépendance.

Abdallah Abou Rahma, coor­di­nateur du comité popu­laire de village pour la résis­tance non vio­lente contre le mur ouvre la confé­rence en sou­haitant la bien­venue aux par­ti­ci­pants de tous les pays du monde qui sont venus aujourd’hui exprimer leur soli­darité avec les Pales­ti­niens dans leur lutte contre l’occupation.

Il insiste sur l’importance du type de lutte commune qui a été “inventée” par Bil’in il y a juste un an : à la fois non-​​violente, commune à tous ceux qui sont opposés à l’occupation mili­taire, que ce soient les Pales­ti­niens, les Israé­liens pour la paix, ou les Inter­na­tionaux, et “de masse” dans leur village où tous les habi­tants sont mobi­lisés. Il indique aussi que le Conseil de village a été d’une grande aide dans la lutte contre le Mur.

Mohamed Abu Rahma, chef du Comité popu­laire de village, remercie tous ceux qui ont répondu à leur invi­tation, les repré­sen­tants des mou­ve­ments de soli­darité inter­na­tionale, les Israé­liens, les res­pon­sables et les membres des vil­lages environnants.

Il remercie aussi le personnel de l’école et les représentants du village.

Il souligne la valeur symbolique de la présence et du soutien des présents.

En effet, il est important de continuer cette lutte contre le mur, et cette lutte est impos­sible à mener sans un soutien fort d’Israéliens et d’Internationaux.

"Les gens d’ici ont beaucoup souffert des colons et de l’armée israé­lienne. Nombre d’entre eux ont été blessés, beaucoup ont été arrêtés. Mais ils conti­nueront à résister pour faire tomber ce mur honteux. Nous vous appelons, s’il vous plaît, à sou­tenir notre lutte jusqu’à son terme. La sta­bilité dans les vil­lages de Palestine sera une contri­bution impor­tante à la sta­bilité dans d’autres parties du monde. Nous espérons que bientôt, nous serons libres dans un état pales­tinien dans les limites de la ligne verte de 1967 avec Jéru­salem comme capitale et le retour des réfugiés".

Qadoura Fares [1] : La lutte popu­laire contre Israël

"J’ai tou­jours res­pecté ce type de lutte qui met en avant l’amour de la liberté. C’est une lutte claire pour tous dans le monde. En par­ti­culier dans cette situation dif­ficile, nous avons besoin de ce type de lutte. En dépit de toutes leurs dif­fi­cultés, les Pales­ti­niens résistent tou­jours, et ils sont avides de liberté. Les Pales­ti­niens forment un peuple positif et res­pon­sable. Ils par­tagent leur lutte popu­laire à travers la 1ère et 2ème Intifada : lutte popu­laire et recherche de soutien inter­na­tional. Ils ne se reposent pas, pour leur lutte, sur les épaules d’organisations. Depuis le tout début, ils ont par­ticipé et pris l’initiative dans leur lutte.

Depuis le tout début, nous avons appelé à ce type de résis­tance non vio­lente, car c’est le plus efficace. Mais mal­heu­reu­sement, les médias israé­liens ont raconté partout que les mères envoyaient leurs enfants à la mort, en pre­mière ligne face aux soldats. Et mal­heu­reu­sement, les médias étrangers ont lar­gement diffusé ces contre vérités. Il nous faut donc en plus lutter contre ce type de médias jusqu’à ce qu’ils donnent une image véri­dique des Palestiniens.

La lutte popu­laire est notre choix. Elle est arrivée à un point où elle doit s’étendre. Toutes les révo­lu­tions atteignent un jour un point où il faut inter­na­tio­na­liser la lutte.

Les Israé­liens uti­lisent la force, tuent les enfants. Il y a un grand nombre d’enfants martyrs, ils repré­sentent cette lutte commune.

Les Euro­péens et les Israé­liens le savent bien qui ont subi cette sorte d’occupation, et ceci explique leur nombre ici à cette réunion. Au début de cette lutte commune, il y avait cinq Israé­liens et six Inter­na­tionaux pour résister avec les Pales­ti­niens. Parce que nous avons su les convaincre de la jus­tesse de ce combat non violent et commun, voyez combien ils sont plus nom­breux maintenant.

Je lance un appel pour que de cet effort résulte un mou­vement pour la paix avec un plan d’action clair et complet".

Uri Avnery - Gush Shalom (extraits)

Je suis ému chaque fois que je viens à Bil’in. Aujourd’hui je suis encore plus ému car Bil’in est devenu un symbole sur trois plans. D’abord un symbole du courage des Pales­ti­niens. Ensuite du lien entre les paci­fistes israé­liens et les Pales­ti­niens. Enfin du soutien des mou­ve­ments inter­na­tionaux pour la paix. C’est un symbole pour le futur.

Nous sommes deux peuples, le peuple israélien et le peuple pales­tinien ensemble sur une même terre. C’est une situation unique au monde. C’est dif­férent de l’Afrique du sud, dif­férent de l’Algérie. C’est arrivé dans des condi­tions uniques au monde.

Ima­ginez une per­sonne qui vit au premier étage. Pour sauver sa vie, elle doit sauter par la fenêtre et elle tombe sur un passant. Celui-​​ci est blessé et invalide à vie.

Les juifs il y a 50 ans ont com­mencé à fuir l’Europe à cause de la chasse aux juifs, puis de l’holocauste. Les juifs se sont enfuis en Palestine en ignorant qu’il y avait des Palestiniens.

Le but de notre lutte est de faire la paix et de rendre justice aux Pales­ti­niens. Depuis on a utilisé le slogan selon lequel la Palestine est un pays vide et que les Pales­ti­niens n’existent pas : « Une terre sans peuple pour un peuple sans terre ». C’est pour quoi la lutte des Pales­ti­niens avec les Israé­liens est très importante.

Le premier à le réa­liser a été Yasser Arafat. Il a compris qu’il n’y avait pas de solution mili­taire à ce conflit, seulement des solu­tions poli­tiques. Et il a envoyé des émis­saires pour dis­cuter avec les mou­ve­ments paci­fistes israéliens.

Il y a 20 ans, ont com­mencé les contacts régu­liers entre ces mou­ve­ments pour la paix et l’OLP. Pendant l’invasion du Liban, j’ai ren­contré Arafat à Bey­routh en plein sous les bom­bar­de­ments, et il parlait de paix entre la Palestine et Israël.

Sommes-​​nous arrivés à quelque chose ? Au fur et à mesure que le temps passe, la situation des Pales­ti­niens empire.

Mais je crois en fait que la situation est en train de changer. Il y a 20 ans, il n’y avait pra­ti­quement aucun Israélien prêt à accepter l’existence d’un peuple pales­tinien. Et main­tenant, il n’y a pra­ti­quement plus d’ Israé­liens qui nient l’existence de ces Palestiniens.

On disait que Arafat et l’OLP étaient des ter­ro­ristes, dans leur charte ils deman­daient la des­truction d’Israël. Main­tenant, on dit la même chose du Hamas. Et pourtant il y a une majorité dans les son­dages pour la recon­nais­sance d’un état pales­tinien, et même pour admettre que l’on peut dis­cuter avec le nouveau pouvoir palestinien.

Main­tenant, il nous reste à convaincre les Israé­liens que la paix est pos­sible. C’est dif­ficile car ils ont connu tel­lement de men­songes, ils ont eu à souffrir de tant de vio­lences.… Mais je suis sûr que la lutte que vous menez est capable de les en convaincre.

En ce moment, les gens sont déprimés, mais il n’y aucune raison d’être déprimé. Car les Pales­ti­niens n’abandonneront jamais leur lutte, et parce que les gens en Israël com­mencent à être ins­truits de ce que vous faites. Et nous conti­nuerons à les ins­truire plus encore.

« Chers amis, il est très facile de déses­pérer. Chacun de nous connaît des moments de décou­ra­gement. Mais je suis convaincu que la paix gagnera, la justice gagnera.

Il y a quelques semaines, j’étais à Berlin. Dans des magasins, il y avait des mor­ceaux du mur de Berlin en vente. Le jour viendra, comme ici à Bil’in, dans un Etat pales­tinien libre, où quelqu’un pourra acheter un morceau du mur que nous com­battons aujourd’hui.

Chaque fois que je suis à Bil’in, et en d’autres endroits de la Palestine occupée, je ne puis m’empêcher de penser quel paradis serait ce pays s’il y avait la paix, une paix basée sur la justice et le respect mutuel.

Cette paix viendra. Et quand elle sera là, le dernier souhait de Yasser Arafat, dont ont voit la photo ici, sera réalisé : ses restes seront ense­velis à Jéru­salem. ».

Mus­tapha Bar­ghouti (al Mubadara-​​ titre de la communication)

Je veux exprimer ici toute mon estime pour le combat de Bilin, parce qu’il est devenu un a symbole de la lutte non vio­lente contre l’occupation.

Le mur n’est pas seulement un mur. Il est devenu la solution pour les Israé­liens pour résoudre le pro­blème que leur posent les Pales­ti­niens : ils ont essayé tous les moyens pos­sibles pour les chasser de chez eux.

Ils ont échoué, les Pales­ti­niens sont restés. L’alternative qu’ils ont trouvée est de les enfermer dans des ban­toustans entourés par des murs.

Ce n’est pas seulement un mur, mais l’expression du système d’apartheid pra­tiqué par Israël : 80% des Pales­ti­niens ont été interdits de quitter leurs vil­lages pendant les 5 der­nières années. Ce pro­cessus a com­mencé lorsque les Israé­liens ont réalisé que jamais les Pales­ti­niens n’abandonneraient leur lutte pour la liberté et pour l’indépendance : en effet les ter­ri­toires annexés der­rière le mur sont exac­tement ce qu’ils avaient mis en zone C au moment des accords d’Oslo en 1993. Les ban­toustans étaient impli­cites déjà dans Oslo.

Mais on ne pourra pas demander aux Pales­ti­niens un com­promis sur le com­promis (qui consiste à accepter un état à l’intérieur de la ligne verte). Ils ne lâcheront pas un pouce du ter­ri­toire qui a été inter­na­tio­na­lement reconnu à Oslo. Le mur doit tomber.

Solution : (un Etat pales­tinien sur la)ligne de 1967 avec Jérusalem-​​Est comme capitale, plus la recon­nais­sance du droit au retour des réfugiés avec négociations.

C’est main­tenant au Hamas de négocier cette solution puisqu’ils ont été élus par le peuple.

Les élec­tions ont été un modèle de démo­cratie, de trans­pa­rence. Bien sûr per­son­nel­lement, j’aurais aimé qu’il y ait moins d’élus Hamas, mais c’est un autre problème.

Main­tenant la Palestine a montré qu’elle est la deuxième démo­cratie au Moyen Orient.

Elle est même plus démo­cra­tique qu’Israël. L’organisation de ces élec­tions a été un succès de la lutte non-​​violente, par exemple comment les Pales­ti­niens et l’Autorité pales­ti­nienne ont forcé les Israé­liens à accepter des élec­tions à Jéru­salem par des moyens paci­fiques. C’est aussi une part de la lutte contre le Mur.

Les Israé­liens ont annoncé qu’ils ne veulent pas dis­cuter avec le Hamas parce qu’il serait ter­ro­riste. Alors je pose la question : pendant un an ils ont refusé de négo­ciéer avec Abu Mazen qui les attendait de façon paci­fique au par­lement. Avant ils avaient refusé de négocier avec Arafat.

La vérité, c’est qu’ils veulent gagner du temps pour imposer leur solution uni­la­térale : récu­pérer 52% de la Cis­jor­danie, tout Jéru­salem, plein de colonies, etc.

C’est grave car ils sont en train de détruire ce que les Pales­ti­niens avaient obtenu, un état libre sur 22% de la Palestine.

C’est très dan­gereux. Pour Israël, le temps d’Oslo est passé. Ils n’ont en plus besoin. Ils avancent.

Il faut boy­cotter Israël, le plus important expor­tateur d’équipement mili­taire. C’est un outil très important pour les inter­na­tionaux. Et si on ne veut pas sanc­tionner Israël, au moins, il faut sanc­tionner toute coopé­ration mili­taire avec Israël.

Rien au monde ne pourra briser la résis­tance pales­ti­nienne".

Kais Abu Leila, membre du CPL sur les élections :

"Je suis fier de voir la popu­lation de Bil’in qui fait face à ce mur inhumain. Elle est le symbole de tous les Pales­ti­niens face à une occu­pation inhumaine.

Main­tenant, notre pays a un régime démo­cra­tique. Ce chan­gement dans le régime pales­tinien est utilisé comme pré­texte par les Israé­liens pour appliquer leur poli­tique uni­la­térale. Parfois ils disent “tem­po­raire”, parfois ils disent “uni­la­téral”, mais dans tous les cas ils imposent la solution qu’ils ont choisie.

En ce moment, les Israé­liens imposent des sanc­tions à tout un peuple à cause du Hamas. Mais il faut rap­peler que depuis tou­jours ils imposent de plus en plus de sanc­tions pour forcer les Pales­ti­niens à accepter leur solution uni­la­térale et injuste.

Il me semble que nous faisons face à une accé­lé­ration de la vio­lence, à des sanc­tions de plus en plus vio­lentes et rapides. Alors, de notre côté, nous devons nous orga­niser de mieux en mieux, nous devons par­tager de plus en plus la lutte populaire.

J’espère qu’avec cette confé­rence, je peux dire à tous les comités popu­laires de vil­lages de s’unir pour faire face au mur, et de prendre en compte l’expérience acquise à Bil’in.

Nous demandons une action inter­na­tionale diplo­ma­tique et poli­tique contre le mur afin qu’Israël suive les réso­lu­tions de la Cour Inter­na­tionale de Justice de La Haye.

Nous demandons aussi que l’ISM demande l’application des réso­lu­tions de La Haye contre le mur et l’application de sanc­tions à Israël puisqu’il ne les applique pas.

Il faut aussi un combat au niveau inter­na­tional pour mettre le mur et les souf­frances qu’il impose au peuple pales­tinien sur l’agenda de l’ONU.

Il nous faut abso­lument nous unir dans la lutte pour la solution de deux états pour deux peuples vivant en paix de part et d’autre de la fron­tière de 1967".

Abdallah Abou Rahma

"Je veux exprimer notre soli­darité avec les habi­tants de la vallée du Jourdain dont les terres sont en train d’être annexées pendant que nous sommes ici à Bil’in".

Khassem al Khatib, jour­na­liste, sur le rôle des média dans la lutte :

"Lorsque nous venons à Bil’in, nous les jour­na­listes, nous sommes tou­jours contents. C’est bien sûr parce que nous sommes soli­daires de cette lutte, mais c’est aussi parce que nous savons qu’il s’y passe tou­jours quelque chose de nouveau.

Lorsqu’on discute avec des membres de la Knesset, on se rend compte que ce qui n’est pas dans les médias n’existe pas. De même pour les jour­na­listes, si un évènement n’est pas pho­to­graphié, alors il n’existe pas.

Il faut donc que nous soyons pré­sents de façon continue et pas seulement en fonction des circonstances.

Le type de lutte qui s’est déve­loppé à Bil’in devrait être pra­tiqué partout. Il me semble qu’on le voit peu, même dans les vil­lages voisins. Si l’on veut obtenir un résultat, il faut que l’on puisse le faire appa­raître un minimum dans les médias".

Abdallah Abou Rahma

"Il y a main­tenant d’autres vil­lages qui luttent de la même façon : Beit-​​Sira et Abud. Trente per­sonnes sont encore en prison. Par ailleurs il fau­drait aussi orga­niser la lutte contre les check-​​points".

Mohamad el Khatib,, sur la lutte à Bilin

"Il y a exac­tement un an que nous avons com­mencé notre lutte contre le mur et contre la confis­cation de notre terre (2300 dunams = 230 hectares).

Nous avons com­mencé par orga­niser une mani­fes­tation quo­ti­dienne pendant 2 mois, puis nous avons décidé d‘en faire une par semaine, le vendredi.

La réaction des Israé­liens a été très agressive. 350 per­sonnes ont été blessées, d’autres ont été arrêtées. Le village a été envahi pendant la nuit et les soldats ont dit que c’était une punition col­lective. Puis le couvre-​​feu a été décrété.

Mais rien de tout cela n’a pu stopper notre résistance.

On peut se demander : pourquoi Bil’in ? pourquoi cela a-​​t-​​il réussi à durer si long­temps ? pourquoi avons réussi à établir un partenariat ?

Peut-​​être parce nous avons décidé de continuer notre lutte sans changer notre vie quo­ti­dienne, sans arrêter les cours à l’école, etc. Nous n’avons forcé per­sonne à se joindre à nous.

Nous conti­nuons aussi parce que nous oeu­vrons à l’unité nationale des Pales­ti­niens d’où qu’ils soient et à quelque parti qu’ils appartiennent.

Dans les mani­fes­ta­tions, les dra­peaux nationaux ont tou­jours flotté plus haut que les dra­peaux des partis. Parce que nous avons compris ce que l’occupation repré­sente pour nous et pour nos ennemis, nous pouvons nous battre plus efficacement.

La stratégie de l’occupation est de vider cette terre de ses occupants.

Nous nous appuyons sur tous ceux qui veulent nous sou­tenir, quelque soit leur religion ou leur natio­nalité. C’est ainsi que les paci­fistes israé­liens sont nos par­te­naires. Au début, il y en avait 5 ou 6. Main­tenant, ils sont plus de 110.

Nous savons à quel point la vio­lence des soldats israé­liens est dif­fé­rente lorsqu’ils ont en face d’eux des Israé­liens ou des Inter­na­tionaux et lorsqu’il n’y a que des Palestiniens.

Alors, nous avons tiré parti et nous luttons tou­jours ensemble. Nous avons aussi compris que les medias veulent des évène­ments. Alors nous inventons quelque chose de nouveau chaque semaine.

Notre lutte dure à Bil’in parce que nous com­prenons notre ennemi et comment nous conduire avec lui, et nous avons réussi à montrer aux médias que la sécurité n’est pas la raison d’être du mur.

Nous n’avons pas d’autre arme que notre cerveau. Nous mon­trons que nous sommes les vic­times et que les soldats israé­liens sont les agresseurs.

Nous avons réussi à ce que les médias viennent chaque semaine et qu’ils montrent la vio­lence israé­lienne. Par notre combat paci­fique, nous réus­sissons ainsi à atteindre l’un de nos objectifs. Une fois, nous avons réussi à éviter que les soldats uti­lisent leurs armes. Mais ils ont pris nos oli­viers et nous n’avons pas réussi à les en empêcher.

Nous avons réussi à montrer publi­quement qu’ils ne sont que des machines à obéir aux ordres. C’est nous qui prenons l’initiative".

Nawaf Asuf : La lutte à Salfit, Kalkilyia

"La stra­tégie israé­lienne est d’évacuer le peuple pales­tinien des terres qu’il possède, par la force, par les blessures.

L’occupation est un corps organisé, donc nous devons être organisés aussi.

Nous sommes seuls dans notre lutte, nous n’avons per­sonne sur qui nous appuyer. Même les Nations Unies ne font rien pour que leurs réso­lu­tions soient appliquées.

Et Israël retourne la situation en convaincant le monde entier que ce sont eux les victimes.

Autre exemple de lutte non-​​violente à men­tionner : la grève de la faim des pri­son­niers pendant 26 jours. Ils ont payé le prix : il y en a qui ont sont morts, ils ont souffert. Ils n’ont pas tout gagné mais ils ont quand même obtenu cer­taines de leurs demandes pour le respect des droits humains.

Pendant qu’ils construi­saient le mur à Tul­karem et aussi à Kal­kylia, ils ont envahi les villes et c’était très dan­gereux de mener quelque action que ce soit, le risque étant d’être tué.

Des mani­fes­ta­tions se sont tenues avec l’aide de paci­fistes inter­na­tionaux, rap­pelons nous Naamani [2]. Il y a eu beaucoup de confron­ta­tions à Budrus, Tul­karem etc ;

Deux ques­tions aux Israé­liens et Inter­na­tionaux : 1-​​ Quel succès avons-​​nous obtenu, ver­ti­ca­lement et hori­zon­ta­lement dans notre lutte contre le mur ? Si nous ne réus­sissons pas à attirer Inter­na­tionaux et Israé­liens nous dis­pa­raî­trons dans l’obscurité.

Nous voulons que le peuple israélien sache que nous ne sommes pas en lutte contre les juifs en tant que religion, nous sommes seulement contre l’occupation.

Il y a eu pro­gression hori­zontale de notre lutte jusqu’à ce qu’elle atteigne Salfit et à la fin Bil’in.

Quelqu’un a demandé pourquoi notre lutte ne s’est pas étendue à d’autres endroits. Je vais répondre à cette question. Nous avons tel­lement de dif­fi­cultés pour étudier, pour trouver à nous nourrir, pour se soigner, pour aller à l’hôpital. Pour tous les actes de la vie, il faut se battre. C’est très dif­ficile".

Hani Abou Haikal , Hébron

"Il y avait déjà un mur qui avait été construit à Hébron, avant que l’on ne parle du ”Mur”.

Bil’in est un bon exemple. Combat mer­veilleux. Leur pre­mière expé­rience dans la résis­tance non vio­lente. Hébron est direc­tement occupée.

Après l’armée a donné l’autorisation de rebâtir ce que les colons avaient détruit. Puis Hébron a été coupée en petits cantons avec des fer­me­tures constantes. Il faut trans­porter la nour­riture en sacs ; négo­cia­tions par l’intermédiaire des Inter­na­tionaux quand il y a un malade. Les négo­cia­tions peuvent durer 2 jours et le patient peut mourir.

Je demande à tous de faire pression sur les gou­ver­ne­ments pour qu’Israël arrête cette poli­tique agressive".

Abdallah Abou Rahma

Remercie les ISM de leur soutien et de leur aide. Ils se dépensent sans compter pour les aider, ce sont nos « soldats cachés », tou­jours là.

Exemple : Pour la manif d’un certain ven­dredi, à minuit ils ont fait ouvrir des bou­tiques pour acheter des chaînes et ils étaient là à 5 heures du matin et sont enchaînés face aux soldats israé­liens.

Neta Golan ISM (Inter­na­tional Soli­darity Movement)

Trois axes dans l’action des ISM :

- 1 Se joindre aux manifs, car les soldats ont dit que leur ordres ne sont pas les mêmes selon qu’il y a ou non des Israé­liens. Ainsi ils se sont excusés quand ils ont blessé Naamani, ils ont dit qu’ils ne savaient pas qu’il était juif !! Au contraire, au village de Safat qui a fait des manifs sans Inter­na­tionaux, les soldats israé­liens ont tué 3 jeunes.

- 2 Pro­téger les enfants qui vont à l’école comme à Hebron

- 3 le 3eme point est la mise sur pied d’une équipe médicale d’urgence.

Quand les enfants voient les soldats envahir les maisons et humilier les gens, c’est insup­por­table et cer­tains sortent et lancent des pierres, et il y a des morts.

Une résis­tance non-​​violente est de violer le couvre-​​feu, de porter aide aux gens, de leur donner à manger et d’emmener les blessés à l’hôpital. Et pour çà ils ont aussi besoin des Internationaux.

En ce moment invasion de Balata.

Action hors de Palestine.
- Boycott d’Israël ou des pro­duits des colonies.
- Mou­vement de dés­in­ves­tis­sement des entre­prises israé­liennes ou des entre­prises qui tra­vaillent pour Israël.

Enfin, le plus efficace, c’est les plaintes contre les mili­taires et les poli­tiques israé­liens (cf, Angle­terre, Bel­gique)

(Ayed Morar ?) SUD HEBRON Masa­ryata. 17 petits vil­lages. 3 colonies prin­ci­pales : Carmel, Mahon, Sothia.

Les gens vivent de la terre. Ils souffrent ter­ri­blement des agres­sions de colons qui attaquent tout, jeunes, vieux et même les arbres.

Per­sonne n’est au courant. Taayoush est venu et tra­vaille avec les mili­tants à porter les pro­blèmes à la vue du monde.

L’activité des colons a alors été réduite. La stra­tégie des colons est de détruire l’économie locale qui repose essen­tiel­lement sur l’élevage.

Alors pour se débar­rasser du bétail, ils ont empoi­sonné les terres : 84 bêtes mortes, 164 presque récu­pérées. Ils ont aussi empoi­sonné les citernes d’eau. Les colons sont les mêmes partout. Leurs capa­cités de nui­sance peut être limitée si on répand l’information dans nos pays..

Puis avant la pause repas il y eut un hommage à ceux qui sont tombés dans la lutte contre le Mur. Des plaques com­mé­mo­ra­tives ont été remises par des invités de marque (des Pales­ti­niens + Uri Avnery + le maire de Fosses) à des repré­sen­tants des vil­lages concernés.

20 Février après-​​midi : Les ateliers

Lundi après-​​midi se sont tenus des ate­liers avec des repré­sen­tants de Bil’in, Salfit, Hares, Tul­karem, Naplouse, Mas’ha Kal­kilia, Budrus, Beit Likya, Jéru­salem, Hébron pour dis­cuter en quoi consistait la lutte commune (Pales­ti­niens, Israé­liens, Inter­na­tionaux), de ses avan­tages et dif­fi­cultés, et comment sur­monter les pro­blèmes rencontrés.

Et un atelier sur la soli­darité inter­na­tionale où nous avons pré­senté la lutte menée en France contre le tramway colonial à Jéru­salem avec pour objectif de voir comment on pouvait coor­donner des actions avec les Pales­ti­niens et Israéliens [3].

En soirée était projeté un film - réalisé par Emad Burnat de Bil’in - retraçant les diverses périodes de la lutte. Les français ont été remerciés pour leur pré­sence impor­tante et pour avoir financé l’achat d’une caméra.

Mardi 21 février

Mardi matin des propositions pour l’avenir étaient présentées et discutées.

Une ving­taine de pro­po­si­tions ont été for­mulées. Elles seront étudiées par le Comité popu­laire, nous espérons en recevoir la liste bientôt.

A été retenue la proposition de mener une action contre le Mur tous les mois.

Ainsi que la décision de tenir une confé­rence annuelle dans un village actif dans la lutte contre le Mur et l’occupation.

L’après-midi nous étions des cen­taines à nous rendre à la cabane construite de l’autre côté du Mur, tra­versant la clôture y compris à un endroit où elle avait été arrachée.

Un match de foot s’est déroulé sur le terrain aménagé par les habitants.

Des oliviers étaient plantés sur la terre annexée.

Les gens de Bil’in pre­naient pos­session sym­bo­li­quement de leur terre.

L’armée israé­lienne était là, sans inter­venir. La pré­sence des médias et des « étrangers » était appa­remment dis­suasive ce jour-​​là.

La lutte de Bil’in, Abud, Beit Sira et de tous les autres continue. Et rendez-​​vous est pris pour la pro­chaine conférence.

[1] Fatah, ancien ministre. Il a été battu aux der­nières élec­tions par le can­didat Hamas.

[2] Israélien des Anar­chistes contre le Mur, gra­vement blessé par balle lors d’une mani­fes­tation à Masha

[3] Des docu­ments et des cartes pos­tales ont été remis à des participants