Pour l’Europe, Jérusalem doit être une capitale partagée

Le Soir, jeudi 10 décembre 2009

Les pays euro­péens ont appelé à ce que Jéru­salem devienne « la future capitale de deux Etats » pales­tinien et israélien dans le cadre d’un règlement négocié. L’UE tente ainsi de trouver une formule de com­promis après une contro­verse avec l’Etat hébreu. Israé­liens et Pales­ti­niens se disent satis­faits, mais avec des réserves  [1]. Pour l’Europe, Jéru­salem doit être une capitale partagée

Dans une décla­ration commune des 27 pays de l’UE, les ministres des Affaires étran­gères réunis à Bruxelles ont dit leur « vive pré­oc­cu­pation » face au blocage du pro­cessus de paix.

Ils ont réaf­firmé n’avoir jamais reconnu l’annexion de Jérusalem-​​Est en 1967 par l’Etat hébreu et confirmé leur refus d’accepter les chan­ge­ments de fron­tières sur­venus après cette date, « autres que ceux acceptés par les deux parties ». Une manière de laisser la porte ouverte à une modi­fi­cation de sa position dans le cadre d’un éventuel accord de paix global, et d’apaiser Israël.

« S’il doit y avoir une paix réelle, il est néces­saire de trouver par la négo­ciation un moyen de résoudre le statut de Jéru­salem comme future capitale de deux Etats », sou­ligne néan­moins le document européen.

Ces for­mules ont fait l’objet d’intenses trac­ta­tions pendant plu­sieurs jours entre pays euro­péens, divisés entre eux sur la question et mis sous pression par des pro­tes­ta­tions pré­ven­tives israéliennes.

L’initiative du texte avait été lancée par la pré­si­dence sué­doise de l’UE. Mais contrai­rement à ce que sou­haitait Stockholm à l’origine, les ministres euro­péens ont refusé d’être plus expli­cites sur les contours d’un futur Etat palestinien.

Alors qu’un premier projet de texte suédois pré­cisait clai­rement que le futur Etat pales­tinien devait être composé de la Cis­jor­danie, de la bande de Gaza et de Jérusalem-​​Est, la version finale indique sim­plement que le futur Etat pales­tinien doit être « contigu (à Israël) et viable ».

Plu­sieurs pays dont la Répu­blique tchèque et l’Allemagne ne sou­hai­taient pas qu’on impose une solution à Israël et aux Palestiniens.

« Décider ici à Bruxelles ce que doit être le statut de Jéru­salem serait très frus­trant pour les négo­cia­teurs » israé­liens et pales­ti­niens, a estimé après la réunion des ministres des Affaires étran­gères le ministre italien des Affaires étran­gères, Franco Frattini.

Mais d’autres ministres euro­péens auraient voulu que l’UE, prin­cipal bailleur de fonds des Pales­ti­niens et tra­di­tion­nel­lement plus à l’écoute de leurs pré­oc­cu­pa­tions que les Etats-​​Unis, se montre plus directe sur ce sujet délicat.

« Je com­prends en fait dif­fi­ci­lement qu’Israël n’accepte pas que la Palestine soit constituée de la Cis­jor­danie, de Gaza et de Jérusalem-​​Est », a dit le chef de la diplo­matie luxem­bour­geoise Jean Asselborn. La mise en garde du maire

Dans une lettre ouverte à l’UE, le maire de Jéru­salem, Nir Barkat, avait mis en garde lundi les Euro­péens contre une division de la « ville éter­nelle » : « Dans l’Histoire du monde, aucune ville impor­tante qui a été divisée n’a fonc­tionné avec succès ». « La division de Jéru­salem serait une menace grave non seulement pour l’avenir de Jéru­salem mais aussi pour le rôle futur de l’UE tout entière dans le pro­cessus de paix », a-​​t-​​il averti.

Israël considère l’ensemble de Jéru­salem, y compris la partie orientale dont l’annexion n’est pas reconnue par la com­mu­nauté inter­na­tionale, comme sa capitale « éter­nelle et indivisible ».

L’exercice diplo­ma­tique des der­niers jours ne risque pas d’améliorer les rela­tions entre la Suède et Israël tra­di­tion­nel­lement tendues.

En sep­tembre dernier, le chef de la diplo­matie sué­doise Carl Bildt avait dû annuler un voyage prévu en Israël après avoir refusé de condamner un article de presse paru dans son pays accusant, sans preuve, l’armée israé­lienne de s’être livrée à un trafic d’organes pré­levés sur des cadavres de Palestiniens.

(afp)

[1]

Israé­liens et Pales­ti­niens se sont féli­cités, mais avec des réserves, de la décla­ration de l’Union européenne

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« Compte tenu de la version de départ extrême soumise par la pré­si­dence sué­doise, nous ne pouvons que nous féli­citer qu’au bout du compte, la voix des Etat res­pon­sables et équi­librés ait prévalu », a réagi le ministère israélien des Affaires étran­gères dans un com­mu­niqué. Tou­tefois, la décla­ration euro­péenne « ignore le prin­cipal obs­tacle pour par­venir à la paix entre Israël et les Pales­ti­niens, (à savoir) le refus des Pales­ti­niens de revenir à la table des négo­cia­tions », poursuit le com­mu­niqué. « Compte tenu des efforts du gou­ver­nement israélien pour contribuer à une reprise des négo­cia­tions, il est regret­table que l’Union euro­péenne ait choisi d’adopter un texte qui ne contribue pas à cette cause », conclut le communiqué israélien.

De son côté, l’Autorité pales­ti­nienne a regretté que le contenu de cette décla­ration ait été édulcoré au regard de sa version ini­tiale. « C’est un pas positif même si nous espé­rions quelque chose de plus fort et de plus clair », a déclaré Nimr Hamad, un conseiller poli­tique du pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas. « Nous consi­dérons néan­moins cela comme une étape positive », a-​​​​t-​​​​il ajouté, en cri­ti­quant « l’ampleur des pres­sions exercées par Israël et d’autres, dont des pays euro­péens, pour modifier le texte. »