Pour des vestiges archéologiques, Israël pourrait vider un village palestinien

"Ils ne veulent pas que nous améliorions nos conditions de vie, ils veulent que nous quittions nos terres pour les donner ensuite aux colons".

Orient le Jour - AFP - Majeda EL-BATSH , samedi 23 juillet 2016

Après neuf ans de bataille judiciaire, un village palestinien pourrait disparaître si la justice israélienne décidait d’en expulser les 167 habitants afin de sauvegarder, selon elle, un site archéologique. Les familles de Khirbet Zannouta vivent dans l’attente d’une décision de la Cour suprême israélienne, qui pourrait intervenir prochainement, sur le sort de leur petit village du sud de la Cisjordanie.

Ces paysans tentent de survivre dans des maisons construites de bric et de broc, faites de grosses pierres, tôle, pneus et terre battue, à côté d’abris pour les chèvres. Ces habitations de fortune ont été construites à proximité des grottes et des caves où les nomades palestiniens troglodytes vivaient encore il y a quelques années.

L’Etat israélien réclame leur évacuation car, a-t-il fait valoir devant la justice, "Khirbet Zannouta est un site archéologique et la présence d’habitants peut avoir un impact sur le site ; il faut donc qu’ils quittent les lieux". Le village se trouve dans la zone dite "C", les 60% de la Cisjordanie qui, depuis les Accords d’Oslo de 1993, sont placés sous contrôle unique de l’armée israélienne.

Le commandement militaire israélien y décide donc de l’aménagement du territoire et délivre, au compte-gouttes, les permis de construire. Mais aussi les ordres de destruction. Le dossier est ouvert depuis neuf ans. La justice a ordonné aux autorités israéliennes et aux représentants de la défense de négocier. Mais, faute d’accord, c’est à la Cour suprême de trancher.

Dynamite et archéologie

Rachad al-Tal, le chef du village âgé de 65 ans, est "né ici avant 1967" et le début de l’occupation par Israël de la Cisjordanie. "Nous vivions dans une grotte et nous faisions sept kilomètres à pied pour aller à l’école à Dahriya", la ville la plus proche, raconte-t-il à l’AFP, alors que, derrière lui, sa fille bat du lait pour en faire du caillé.

"Dans les années 1970, nous avons commencé à nous construire des maisons et à accumuler les amendes que nous envoyait le commandement militaire" israélien, rapporte-t-il. "Nous avons présenté tous les actes de propriété de nos terres, et demandé des permis de construire. En 2007 nous avons obtenu un avis interdisant à l’armée de détruire toute construction en échange de quoi nous avions interdiction de construire quoi que ce soit de plus". "Ils ne veulent pas que nous améliorions nos conditions de vie, ils veulent que nous quittions nos terres pour les donner ensuite aux colons", dénonce Rachad al-Tal.

Le chef du village tend le doigt vers Mitarim, une zone industrielle dans une colonie à moins d’un kilomètre. Pour la construire, assure-t-il, "ils ont fait exploser la montagne à la dynamite". "Qui peut prétendre se soucier d’archéologie et faire une chose pareille ?", fait-il mine de s’interroger. Contactées par l’AFP, les autorités israéliennes ont refusé de faire des commentaires, indiquant que leur position avait été présentée devant la justice.