Pour Sarkozy, le destin de Jérusalem est d’être la capitale de deux Etats

Maher El-​​Cheikh, mardi 24 juin 2008

Le statut de Jéru­salem, la colo­ni­sation, la pour­suite du pro­cessus de paix, l’Union pour la Médi­ter­ranée, les rela­tions avec la Syrie… Lors de sa visite en Israël et dans les Ter­ri­toires occupés, Nicolas Sarkozy s’est expliqué devant le quo­tidien pales­tinien Al-​​Quds.

Al-​​Quds : Alors que les construc­tions de colonies se mul­ti­plient, pensez-​​vous qu’il sera pos­sible de par­venir à un accord avant la fin de l’année comme l’a affirmé le pré­sident des Etats-​​Unis George Bush ?

Nicolas Sarkozy : Aujourd’hui, cette paix est à portée de main et à la portée du peuple pales­tinien et du peuple israélien. C’est une question de volonté et de courage.

On a parlé de négociations entre la France et le Hamas. Qu’en est-​​il ?

Il ne doit pas y avoir d’ambiguïté : Il n’y a aucun lien poli­tique, aucune négo­ciation entre la France et le Hamas. Pour le gou­ver­nement français et pour la com­mu­nauté inter­na­tionale, le Hamas doit res­pecter les condi­tions du Quartet [ONU, Union euro­péenne, Etats-​​Unis et Russie], dont les pre­mières sont de renoncer à la vio­lence et de recon­naître Israël. Je ne nie pas que le Hamas fait partie de la réalité pales­ti­nienne. Il est donc important de l’amener vers la voie poli­tique. La France encourage le dia­logue entre le Fatah et le Hamas, et l’unité pales­ti­nienne der­rière le pré­sident Mahmoud Abbas, dont la démarche pour la paix mérite plus de soutien.

Comment qualifiez-​​vous la contribution française au processus de paix ?

La France est engagée aux côtés des Pales­ti­niens et des Israé­liens sur la voie de la paix. Nous serons également avec les Pales­ti­niens pour construire l’Etat auquel ils ont droit. Mais cette paix ne viendra que des Pales­ti­niens et des Israé­liens. Le montant des sommes excep­tion­nelles qui ont été mobi­lisées en décembre 2007 lors de la confé­rence de Paris des pays dona­teurs a été un signe très fort de la confiance inter­na­tionale dans l’établissement d’un Etat pales­tinien. La France, qui prend la pré­si­dence de l’Union euro­péenne dans quelques jours, a la volonté de jouer un rôle actif. On peut donc offrir des garanties inter­na­tio­nales pour les prin­cipaux points d’un règlement final : les fron­tières, la sécurité, la question des réfugiés pales­ti­niens et le statut de Jérusalem.

Le suivi de la confé­rence de Paris, se passe-​​t-​​il selon les attentes de la France ? Quel a été le rôle de la France dans la confé­rence de Bethléem [21-​​25 mai 2008] pour l’investissement ? L’économie pales­ti­nienne peut-​​elle croître malgré les res­tric­tions israéliennes ?

Jusqu’à fin mai, plus de 700 mil­lions de dollars [environ 450 mil­lions d’euros] ont été versés à l’Autorité pales­ti­nienne. C’est un enga­gement excep­tionnel. Evi­demment, les pays qui n’ont pas encore payé leurs contri­bu­tions doivent le faire sans tarder, notamment les pays de la région. La confé­rence de Bethléem pour l’investissement en Palestine a été un succès. Elle a permis de montrer au monde entier les capa­cités du secteur privé pales­tinien, grâce au talent des chefs d’entreprise locaux. Nous sommes tous conscients que seule l’amélioration des condi­tions de cir­cu­lation des per­sonnes, des ser­vices, des capitaux et des mar­chan­dises en Palestine per­mettra au secteur privé de jouer com­plè­tement son rôle. C’est ce que je dis en toute fran­chise aux Israé­liens : il faut que la vie quo­ti­dienne des Pales­ti­niens s’améliore. Le déman­tè­lement des bar­rages est une nécessité.

Quelle est la position de la France à propos de l’avenir de Jéru­salem ? Quel est votre point de vue à propos de l’extension des colonies et de la construction du mur de séparation ?

La position de principe de la France est constante au sujet de Jéru­salem. La France et le reste de la com­mu­nauté inter­na­tionale consi­dèrent que cette question doit s’inscrire dans le cadre d’un règlement négocié entre les parties dans le respect du droit inter­na­tional. Il ne peut y avoir de paix sans Jéru­salem, "ville de la paix", dont le destin est, à mon avis, de devenir la capitale de deux Etats. La colo­ni­sation est un obs­tacle fon­da­mental pour la paix. Nous condamnons toute décision uni­la­térale qui préjuge du règlement final. Je vou­drais redire ici notre demande, ins­crite dans la feuille de route à laquelle les parties ont souscrit lors de la confé­rence d’Annapolis [novembre 2007], d’un gel total de la colo­ni­sation, y compris les construc­tions liées à la "crois­sance natu­relle", y compris à Jérusalem-​​Est.

Et pour ce qui concerne Gaza ?

Je n’oublie pas Gaza, qui fera partie du futur Etat pales­tinien. Il y a 1,5 million d’hommes, d’enfants et de femmes enfermés dans cette bande. La pour­suite du blocus n’est pas pro­ductive. C’est une punition col­lective. Evi­demment, le cessez-​​le-​​feu est néces­saire, le ter­ro­risme doit s’arrêter, et l’Autorité doit rétablir l’ordre. Israël doit ouvrir les points de passage et assurer l’approvisionnement de ce ter­ri­toire. Dans ce cadre, je salue la médiation égyp­tienne. L’UE conti­nuera à aider la popu­lation de Gaza.

Cer­tains pays arabes ont fait preuve de réserves à propos de l’Union pour la Médi­ter­ranée, pour le simple fait qu’Israël y est également invité. Cela peut-​​il constituer un obs­tacle qui empê­chera de réa­liser votre projet ? Je suis très attaché à ce projet. L’Autorité pales­ti­nienne et Israël auront évidemment à jouer un grand rôle, surtout dans les sec­teurs de l’eau et du déve­lop­pement durable. Le pré­sident Abbas m’a confirmé sa pré­sence au sommet du 13 juillet.

Y a-​​t-​​il des chan­ge­ments dans la position de la France vis-​​à-​​vis de la Syrie ? J’avais sou­ligné clai­rement, le 30 décembre, au Caire, que je ne réta­blirais le contact avec le pré­sident Assad qu’après des évolu­tions posi­tives et tan­gibles au Liban. C’est ce que j’ai fait. Il y a eu de telles évolu­tions qui ont permis l’élection du pré­sident libanais Michel Sleimane. Les négo­cia­tions qui ont com­mencé avec Israël sont aussi un pas dans la bonne direction. Je l’ai donc invité au sommet de l’Union pour la Médi­ter­ranée. Quant au défilé du 14 juillet, le pré­sident Assad y est invité comme les autres par­ti­ci­pants au sommet, c’est-à-dire environ cin­quante chefs d’Etat et de gou­ver­nement. L’invité d’honneur sera Ban Ki-​​moon, le secré­taire général des Nations unies.