Pour Israël, la question n’est pas "si" mais "quand" attaquer l’Iran

Ralf Beste, Cordula Meyer et Christoph Schult, dimanche 22 juin 2008

« Le gou­ver­nement israélien ne croit plus que les sanc­tions puissent empêcher l’Iran de fabriquer des armes nucléaires. Un large consensus se dessine en faveur d’une action mili­taire contre les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes - sans soutien amé­ricain, si nécessaire. »

Dani Yatom, un membre de la Knesset, le Par­lement israélien, a été invité à assister à une confé­rence de l’OTAN à Bruxelles l’année der­nière. Lors de l’examen de l’ordre du jour, M. Yatom, un ancien général de division, a été surpris de voir que la réunion avait pour titre « Le défi iranien » et non « La menace iranienne ».

Lorsqu’un inter­venant à l’accent français a indiqué qu’une frappe de l’armée amé­ri­caine contre les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes serait le scé­nario le plus dan­gereux de tous, M. Yatom s’est opposé poliment mais fer­mement : « Mon­sieur le Pré­sident, vous avez tort. Le pire scé­nario serait si l’Iran obtenait une bombe atomique. »

M. Yatom, âgé de 63 ans, a passé la majeure partie de sa vie dans l’armée. Il a été conseiller mili­taire de l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin et au milieu des années 1990, a été nommé directeur du Mossad, l’agence de ren­sei­gnement israé­lienne. Cependant, Yatom, qui est membre du Parti tra­vailliste, n’appartient pas au camp des faucons. Contrai­rement à la plupart des membres de la Knesset, il rejette caté­go­ri­quement l’éventualité d’une offensive israé­lienne de grande ampleur contre les isla­mistes du Hamas dans la bande de Gaza.

Mais la volonté mani­festée par M. Yatom pour rechercher le com­promis arrive à ses limites lorsqu’on lui demande ce qu’il considère être la meilleure réponse au pro­gramme nucléaire iranien. « Nous ne croyons plus en l’efficacité des sanc­tions », répond M. Yatom. « Une opé­ration mili­taire est néces­saire si le monde veut arrêter l’Iran. »

Lorsque le ministre des Trans­ports israélien Shaul Mofaz, ancien ministre de la défense, a exprimé des sen­ti­ments simi­laires, il y a 10 jours, ces décla­ra­tions ont été vues, en par­ti­culier en Europe, comme l’opinion isolée d’un par­tisan de la ligne dure cher­chant à marquer des points en vue des élec­tions dans le but de suc­céder au Premier Ministre Ehud Olmert. En vérité, tou­tefois, il y a main­tenant un consensus au sein du gou­ver­nement israélien sur le fait qu’une frappe aérienne contre les ins­tal­la­tions nucléaires ira­niennes est devenue inévi­table. « La plupart des membres du Cabinet israélien ne croient plus que les sanc­tions convain­cront le pré­sident Mahmoud Ahma­di­nejad de changer de cap », a déclaré le ministre de l’Intégration Yaakov Edri.

La seule question sur laquelle les dif­fé­rents groupes poli­tiques sont en désaccord est le calen­drier d’une attaque. Les colombes font valoir que les efforts diplo­ma­tiques de l’ONU devraient être auto­risés à se pour­suivre jusqu’à ce que l’Iran soit sur le point d’obtenir la bombe. Ainsi, Israël pourrait au moins affirmer de façon convain­cante que toutes les options ont été épuisées.

A l’opposé, les faucons estiment que le temps presse. Ils sou­lignent qu’il existe à l’heure actuelle une « fenêtre d’opportunité favo­rable » qui prendra fin avec l’élection pré­si­den­tielle amé­ri­caine en Novembre, et qu’Israël ne peut continuer à dépendre du soutien amé­ricain que durant la période où George W. Bush occupe encore la pré­si­dence. Ils sont convaincus que le pays ne peut vraiment compter sur aucun des can­didats à la suc­cession de Bush. (…)

Alors que les Euro­péens conti­nuent de mettre leurs espoirs dans la diplo­matie et sont convaincus qu’une solution négociée qui per­met­trait à Téhéran de sauver la face est encore pos­sible, les Israé­liens consi­dèrent déjà que les sanc­tions de l’ONU sont un échec. La Russie et la Chine, disent-​​ils, ont saboté le boycott dès le début, et même les Euro­péens n’ont apporté qu’un soutien mitigé aux sanctions. (…)

Les res­pon­sables poli­tiques à Berlin ont observé avec inquiétude les signes de la pro­chaine guerre qui couve au Moyen-​​Orient. L’ancien ministre des Affaires Etran­gères Joschka Fischer, qui se rend régu­liè­rement à Jéru­salem et à Washington pour des entre­tiens poli­tiques, met en garde sur le fait qu’Israël pourrait consi­dérer la pré­si­dence Bush comme sa der­nière chance d’obtenir un soutien amé­ricain pour une attaque mili­taire. « Poli­ti­quement parlant, la fenêtre pour agir, c’est aujourd’hui, durant les der­niers mois du mandat de George W. Bush », a écrit récemment M. Fischer. « Le Moyen-​​Orient se dirige vers un autre affron­tement majeur. »

Ils sont plu­sieurs à par­tager cet avis. M. Karl Theodor Freiherr, un expert en rela­tions inter­na­tio­nales membre de la CSU, affirme qu’il a « le sen­timent désa­gréable, que l’éventualité de l’option mili­taire gagne du terrain en Israël. » Il espère que les rela­tions étroites entre Berlin et Jéru­salem per­met­tront de dis­suader Israël de lancer une frappe. (…)

En Israël, la question n’est plus « si » une frappe doit avoir lieu, mais quand. Il est clair que ce serait une attaque exclu­si­vement aérienne. Jéru­salem (sic) a reçu l’autorisation de Washington pour acquérir des bom­bar­diers furtifs F22. Les cen­tri­fu­geuses de l’usine nucléaire de Natanz seraient appa­remment l’objectif prin­cipal. Le réacteur de Busherh serait également au nombre des cibles possibles. (…)