"Petits" arrangements avec le feuille de route

AFPS, lundi 26 mai 2003

Le dimanche 25 mai 2003 serait-​​il donc cette journée his­to­rique annoncée, au cours de laquelle une majorité des membres du gou­ver­nement (droite-​​extrême-​​droite) israélien aurait adopté la feuille de route du quar­tette, c’est-à-dire le projet d’un Etat pales­tinien dans les fron­tières de 1967, et d’une solution poli­tique fondée sur le Droit inter­na­tional ? En réalité, de gros arran­ge­ments entre Tel-​​Aviv et Washington ont permis à Ariel Sharon d’envisager de gros arran­ge­ments avec la feuille de route avant même le début de sa négociation.

Ariel Sharon avait dans un premier temps rédigé… plus de 115 amen­de­ments au texte. Il a eu la « géné­rosité » de les réduire à une quin­zaine pour preuve de sa bonne volonté : une quin­zaine de points qui, en réalité, vident la « feuille de route » du quar­tette de toute sa sub­stance, qu’il s’agisse de l’Etat pales­tinien indé­pendant et plei­nement sou­verain dans les fron­tières de 1967, avec Jéru­salem comme capitale, du déman­tè­lement des colonies, du droit au retour… Ou même du quar­tette lui-​​même, Israël sou­haitant ne négocier que sous par­rainage des Etats-​​Unis.

LE DROIT NE SE NÉGOCIE PAS. CE QUI SE NÉGOCIE, CE SONT SES MODA­LITÉS D’APPLICATION.

Comment ima­giner qu’on puisse nommer « Etat » une jux­ta­po­sition ter­ri­to­ria­lement dis­con­tinue de micro-​​bantoutstans ? Comment ima­giner qu’on puisse un jour nommer « paix » l’exigence de la renon­ciation au Droit ? Comment ima­giner que d’un tel mépris émerge la sécurité ?

LA PAIX SUPPOSE LA RÉCIPROCITÉ, L’ÉGALITÉ.

Et la construction d’une paix réelle est beaucoup trop sérieuse, pour les deux sociétés, pales­ti­nienne et israé­lienne pour que l’on fasse sem­blant de se réjouir de ce qui n’apparaît que comme un pied de nez après un tour de passe-​​passe du colo­ni­sateur. Car le gou­ver­nement israélien, en même temps qu’il adopte sa propre feuille de route qui n’a de rapport avec l’originale que le nom, poursuit la colo­ni­sation du ter­ri­toire pales­tinien occupé, poursuit la construction d’un mur mobile à l’intérieur même de la Cis­jor­danie visant à isoler les popu­la­tions pales­ti­niennes, à confisquer leurs terres au profit des colons, à annexer de facto une partie du ter­ri­toire pales­tinien, eth­ni­quement épuré de sa popu­lation palestinienne.

Ni la France, ni l’Europe, ni les Nations-​​Unies ne peuvent faire sem­blant de s’êtres laissés berner. Il faut rétablir le Droit inter­na­tional comme base de toute négo­ciation, comme le prévoit effec­ti­vement la feuille de route.

Paris, le 26 mai 2003