Permis de tuer !

Nabil El-​​Haggar, samedi 3 janvier 2009

Quand la vérité n’est pas libre,
la liberté n’est pas vraie
Prévert

Il est 11h 30 du matin, c’est la sortie de l’école des filles. Le visage peureux, une mère ne trouve pas sa fille de dix ans. Son regard figé comme s’il se pré­parait à plonger dans le vide, à s’éloigner de la vie pour fuir la réalité qu’il devine, exprime à lui tout seul la souf­france de mil­lions de Pales­ti­niens qui dure depuis plus de soixante ans. Réfugiée de géné­ration en géné­ration, comme des mil­liers de Pales­ti­niens, cette femme a vécu dans la peur du len­demain, la peur d’une arres­tation, d’une humi­liation, d’un bom­bar­dement, peur de mourir ou de voir les siens mourir.

Un missile vient de frapper les alen­tours de l’école. Il sera dif­ficile d’identifier le corps de la fillette sans nom. Écoles, mos­quées, uni­ver­sités, maisons, magasins, hôpitaux, postes de polices et minis­tères sont bom­bardés : plus de 360 morts et 1600 blessés. Grands et petits, écoliers et poli­ciers, filles et garçons, com­mer­çants, employés et com­bat­tants, per­sonnes n’est à l’abri de raids et bom­bar­de­ments aussi ciblés soient-​​ils.

Une fois de plus, Israël a lâché sa puis­sance des­truc­trice sur Gaza pour « se défendre contre le har­cè­lement par le Hamas », disent les offi­ciels israé­liens. On pourrait croire qu’il s’agit d’un Etat puis­samment armé qui harcèle l’Etat hébreu, lequel ne fait que « se défendre » et ça marche ! . Il est vrai que la puis­sance israé­lienne ne réside pas seulement dans sa puis­sance mili­taire, elle est aussi dans sa capacité, avec la com­plicité bien­veillante d’une partie des médias, à se faire passer pour victime.

Or qui ne sait pas encore que le ter­ri­toire de Gaza est pales­tinien et qu’Israël est la puis­sance occu­pante qui a pillé ses res­sources, fait souffrir sa popu­lation des décennies durant et le soumet depuis deux ans, par la puis­sance mili­taire, à un blocus total qui a asphyxié l’ensemble des acti­vités et un million et demi de per­sonnes qu’elle a pourtant l’obligation de pro­téger en vertu du droit international ?

Ce n’est donc pas le Hamas qui a com­mencé les hos­ti­lités. Le porte parole du gou­ver­nement israélien ne fait qu’entonner que « les Israé­liens ont le droit de vivre en sécurité ». Les Pales­ti­niens, eux, sont réduits depuis 1967 à vivre sans droit aucun, à côtoyer l’horreur de l’occupation mili­taire. Quelle comédie de faire croire que le Hamas serait véri­ta­blement menaçant pour Israël… Cela en rap­pelle une autre qui s’est passée en Irak !

Nous savons qu’Israël ne fait rien au hasard. Alors, quels sont les mes­sages de l’opération mili­taire dite "plomb durci" ? Le premier est élec­toral, adressé aux Israé­liens qui doivent élire la nou­velle équipe gou­ver­ne­mentale. Plus l’équipe de la ministre israé­lienne des Affaires étran­gères, Tzipi Livni se montre intran­si­geante, plus elle sera gagnante.

Le deuxième est à des­ti­nation de l’équipe Obama : Israël n’acceptera aucun éventuel chan­gement dans la poli­tique amé­ri­caine à son égard.

Le troi­sième est adressé à l’Autorité pales­ti­nienne, laquelle pourrait récolter le fruit de l’offensive contre le Hamas en échange d’une sou­mission encore plus grande aux exi­gences israéliennes.

Enfin, la der­nière est à l’attention de l’ensemble des résis­tants en Palestine et aux Pales­ti­niens citoyens d’Israël. La Ministre Livni lors d’une réunion de la Knesset s’est adressée à un député pales­tinien : « va à Gaza et ne reviens pas » !

Alors après un tel massacre, que se passera-​​t-​​il ?

D’abord, pré­cisons que le Hamas, malgré ses décla­ra­tions mena­çantes, n’a pas les moyens d’arrêter l’offensive. Il est clair que la résis­tance armée telle qu’elle a été menée n’est pas en mesure de vaincre une telle machine de guerre. Il est de la res­pon­sa­bilité de la résis­tance pales­ti­nienne d’en tirer enfin la leçon pour repenser la nature de sa résistance.

Il est de la res­pon­sa­bilité de l’Autorité pales­ti­nienne de recon­naître son inca­pacité à pro­téger son peuple. Par consé­quent, elle devrait arrêter toute négo­ciation avec Israël, se dis­soudre et mettre les ter­ri­toires pales­ti­niens sous pro­tection de la com­mu­nauté inter­na­tionale, tout en orga­nisant la résis­tance popu­laire contre l’occupation.

Quant aux pays arabes, inca­pables d’instaurer le moindre rapport de force face à Israël, vont-​​ils enfin com­prendre que chaque jour de souf­france pales­ti­nienne est un jour en moins dans la survie de leurs régimes ?

Reste à savoir si l’Occident se rendra compte que chaque jour de souf­france pales­ti­nienne, d’impunité d’Israël et d’absence d’une solution poli­tique res­pec­tueuse de tous les droits de Pales­ti­niens est un affai­blis­sement de droits de l’Homme et de sa cré­di­bilité dans la région. Ce qui se traduit par le ren­for­cement de la confes­sion­na­li­sation du conflit israélo-​​palestinien et de l’intégrisme isla­miste au Moyen-​​Orient et au cœur de l’Occident.