Patrimoine religieux de Jérusalem-Est : l’Unesco maintient son vote

Ce mardi 18 octobre, au siège de l’Unesco à Paris, le conseil exécutif de l’Unesco a formellement adopté mardi une résolution sur Jérusalem-Est portée par plusieurs pays arabes et vivement contestée en Israël. Le texte, déjà approuvé en commission la semaine passée a provoqué un tollé en Israël où le gouvernement a suspendu ses relations avec l’organisation.

RFI, mardi 18 octobre 2016

Vue de l'esplanade des mosquées à Jérusalem. REUTERS/Eliana Aponte/File Photo

Le Conseil exécutif de l’Unesco - composé de 58 membres- a finalement suivi le vote de la commission sur une résolution concernant les lieux saints à Jérusalem-Est.

Les lieux saints de la Vieille ville de Jérusalem

Il faut rappeler que le texte dénonçait les empiètements israéliens à l’administration de la Jordanie sur le site de l’esplanade des Mosquées, les incursions israéliennes sur ce site et les restrictions d’accès imposées aux fidèles musulmans. Soumis par sept pays arabes, il avait déjà été adopté jeudi dernier en commission, avec 24 voix pour, six contre, dont les Etats-Unis, et 28 abstentions, dont la France.

La classe politique israélienne s’est également scandalisée du fait que la résolution ne fasse jamais référence à l’esplanade sous l’appellation de « mont du Temple » et désigne d’abord par son nom arabe le parvis du mur des Lamentations. Selon les autorités israéliennes, la façon dont la résolution est rédigée constituait une négation du lien historique millénaire qui unit les juifs à la Vieille ville de Jérusalem.

Ce vote n’est pas vraiment une surprise : il ne fait que confirmer en séance plénière la décision qui avait été prise la semaine dernière par la commission lors de la saisie de ce projet de résolution. L’ambassadeur palestinien auprès de l’Unesco, à la sortie de ce vote et de cette session, ce mardi midi, a bien sûr salué la décision, affirmant qu’il ne fallait pas s’arrêter à des questions sémantiques et qu’il fallait se féliciter de voir réaffirmer l’importance de ce lieu et de la protection qu’il faut assurer pour ce lieu.

Des mois de lobbying de la diplomatie israélienne pour rien

Cela fait des mois que le gouvernement israélien se bat contre ce texte. Depuis qu’une précédente version avait été adoptée en avril par l’Unesco, avec le soutien de bon nombre de pays européens au premier rang desquels la France, rappelle notre correspondant à Jérusalem, Guilhem Delteil. Les diplomates de l’Etat hébreu en Europe ont multiplié les consultations auprès de pays considérés comme amis, et ils ont obtenu que la plupart des Européens rejoignent le camp des abstentionnistes. Une petite victoire pour les autorités israéliennes, car le texte n’était plus soutenu que par une majorité relative. Mais pas suffisant pour en empêcher l’adoption.

Depuis jeudi dernier, et le vote en commission, l’Etat hébreu a donc cherché à obtenir un report de la décision du comité exécutif. Mais les pays arabes à l’origine de ce texte ont fait pression pour que la résolution soit bien débattue ce mardi. Avant même l’adoption définitive du texte, le Premier ministre israélien a donc élargi le débat. Lors de son premier entretien avec Antonio Guterres, le futur patron de l’ONU, ce week-end, Benyamin Netanyahu a voulu en faire un cas d’école… Il prouve, à ses yeux, l’attitude biaisée des Nations unies dans leur ensemble à l’égard de son pays.

Relations tendues avec l’Unesco

Après le vote en commission, Israël avait annoncé vendredi dernier la suspension de sa coopération avec l’Unesco et le ministre israélien de l’Education avait accusé l’organisation d’apporter un « soutien immédiat au terrorisme islamiste ».

La directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, avait pourtant pris ses distances avec le texte litigieux. Et de son côté, l’Allemand Michael Worbs, président du Conseil exécutif de l’Unesco, avait rappelé que la diversité et coexistence religieuse de la Vieille ville de Jérusalem ne saurait être remise en cause d’autant que celle-ci et ses remparts avaient été inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1982, en tant que site sacré à valeur universelle pour les trois monothéismes (judaïsme, christianisme et islam).

L’Unesco est régulièrement une victime collétarale du conflit israélo-palestinien. Il faut rappeler que lorsque la Palestine a été admise dans l’organisation en 2011, Israël et les Etats-Unis avaient cessé de verser leur contribution financière, et perdu de ce fait leur droit de vote.

→ pour aller plus loin, le texte complet de la résolution