Pas vu, pas pris, Israël satisfait du « coup » de Dubaï

Ouri Daniel, mardi 23 février 2010

Alors que son opinion publique applaudit, le gou­ver­nement israélien ne juge pas utile de démentir le rôle du Mossad dans la mort du res­pon­sable du Hamas.

Enre­gistrée par les caméras de sur­veillance de l’hôtel de Dubaï où a eu lieu l’assassinat, cette image montre deux hommes déguisés en joueurs de tennis qui s’apprêtent à prendre le même ascenseur que leur future victime, Mahmoud al-​​Mabhouh.

« Rien ne prouve qu’Israël est impliqué » dans l’assassinat de Mahmoud al-​​Mabhouh, le 20 janvier à Dubaï, affirme Avigdor Lie­berman, chef de la diplo­matie israé­lienne. Il n’a pas jugé utile de démentir qu’il s’agit d’une opé­ration du Mossad, à laquelle son opinion applaudit ouvertement.

Pour elle, le cadre du Hamas est avant tout « un ter­ro­riste », qui se vantait il y a encore quelques semaines devant une caméra de télé­vision d’avoir tué de sang-​​froid deux soldats israé­liens, en sou­li­gnant tou­tefois qu’« il ne s’agissait pas d’un acte d’héroïsme ».

Prag­ma­ti­quement, les médias israé­liens ont sou­ligné ces jours que le com­mando du Mossad a atteint « un objectif stra­té­gique » en éliminant Al-​​Mabhouh, qui était res­pon­sable de l’acheminement des armes ira­niennes jusqu’à la bande de Gaza. « Le Hamas aura du mal à le rem­placer. Il est dura­blement désta­bilisé », estime ainsi Yossi Melman, expert des ser­vices secrets du quo­tidien Haaretz. Et d’ajouter que le Hamas s’interroge en outre sur la pré­sence éven­tuelle d’une taupe israé­lienne au plus haut niveau de sa hié­rarchie, ce qui annonce peut-​​être une vague d’épurations.

Le premier ministre, Benyamin Neta­nyahou, a for­cément donné son feu vert à l’opération, car les ser­vices secrets sont direc­tement rat­tachés à son bureau [1]. Mais, au sein de la classe poli­tique, per­sonne ne lui a reproché les appa­rentes bavures constatées à Dubaï.

Le Mossad a très pro­ba­blement pris en compte les risques encourus. Les caméras de sur­veillance sont devenues incon­tour­nables dans tous les aéro­ports et les grands hôtels des capi­tales mon­diales. A plus forte raison à Dubaï, qui a la répu­tation de dis­poser de la police la plus sophis­tiquée du monde arabe.

Blason redoré

« Le jeu en valait la chan­delle », estime Yédiot Aha­ronot, quo­tidien à gros tirage. Bref, pour la grande majorité des Israé­liens, le Mossad a lar­gement redoré son blason depuis la ten­tative avortée d’assassinat, en sep­tembre 1997 à Amman, de Khaled Mechaal, le chef poli­tique en exil du Hamas. A l’époque, Neta­nyahou était aussi aux com­mandes du pays, et cet échec avait contribué à sa répu­tation de per­sonnage impulsif et irré­fléchi, qui devait fina­lement lui coûter le pouvoir.

Aujourd’hui, le prix poli­tique à payer semble mineur : les condam­na­tions de principe des pays euro­péens pour l’utilisation indue de pas­se­ports et l’usurpation d’identités de cer­tains de leurs ressortissants [2]. « La belle affaire ! Comme si les ser­vices secrets des pays de l’UE n’en fai­saient pas autant », écrit le journal Israël Hayom. Il sou­ligne que ces ser­vices coopèrent étroi­tement avec leurs homo­logues israé­liens, et ajoute que « seul le langage ampoulé du Quai d’Orsay permet de conclure qu’il faut d’urgence créer un Etat pales­tinien parce qu’un ter­ro­riste de la pire espèce a été abattu ». Sans états d’âme, un officiel estime que « l’affaire de Dubaï va très vite être oubliée, car les négo­cia­tions de paix entre Israël et l’Autorité pales­ti­nienne de Mahmoud Abbas vont bientôt reprendre ».

[1] voir aussi la Liberté d’Algérie

Assas­sinat d’al-Mabhouh du Hamas Les opé­ra­tions du Mossad dépendent uni­quement de Neta­nyahu

Par : R. I./Agences

Les opé­ra­tions menées par le Mossad, le service de ren­sei­gne­ments israélien, doivent obtenir l’aval du seul Premier ministre, a indiqué, hier, le ministre de l’Industrie, Binyamin Ben Eliezer, ancien titu­laire du por­te­feuille de la Défense. “Tout dépend du Premier ministre. Il n’est pas obligé de rendre compte au gou­ver­nement lorsque le chef du Mossad obtient l’autorisation d’agir. Le chef du gou­ver­nement peut, s’il le veut, informer le ministre de la Défense, mais ce n’est pas une obli­gation”, a affirmé Ben Eliezer à la radio militaire.

Interrogé sur le point de savoir s’il avait été lui-​​​​même informé d’opérations du Mossad avant leur exé­cution lorsqu’il était ministre de la Défense (20012002), Ben Eliezer a précisé qu’Ariel Sharon, à l’époque chef du gou­ver­nement, “m’a associé à tout” sans donner d’autres pré­ci­sions. Ben Eliezer a par ailleurs maintenu le flou sur la res­pon­sa­bilité du Mossad dans le meurtre le mois dernier dans un hôtel de Dubaï d’un cadre du Hamas, Mahmoud Al-​​​​Mabhouh. “Je ne sais pas si c’est nous, mais l’important pour moi c’est le résultat”, s’est-il borné à dire. “Je ne crains pas les réper­cu­tions inter­na­tio­nales. Per­sonne ne s’attendait à ce que le monde réagisse cal­mement à un évènement aussi dra­ma­tique (…) C’est pourquoi il faut aller de l’avant, dans six mois plus per­sonne n’en parlera, tout ira bien”, a ajouté Ben Eliezer.

Le chef de la police de Dubaï, Dhahi Khalfan, s’est dit jeudi “certain à 99%, sinon à 100% que le Mossad est der­rière l’assassinat” pour lequel onze per­sonnes déten­trices de pas­se­ports euro­péens sont recher­chées. De leur côté, les médias israé­liens ont laissé clai­rement entendre ces der­niers jours que le Mossad était bien res­pon­sable de l’élimination d’Al-Mabhouh, un chef du bras armé du Hamas, impliqué dans le meurtre de deux soldats israé­liens et considéré par Israël comme un maillon essentiel de la contre­bande d’armes ira­niennes à des­ti­nation de la bande de Gaza.

Londres, Dublin, Paris et Berlin ont demandé des expli­ca­tions aux ambas­sa­deurs d’Israël dans ces capi­tales sur les pas­se­ports de leurs pays, appa­remment faux, dont étaient por­teurs les membres pré­sumés du com­mando. Au cours de l’interview, Ben Eliezer a révélé avoir utilisé dans le passé au moins une fois un faux pas­seport alors qu’il était colonel de l’armée. “C’est arrivé lorsque j’ai été envoyé au nom du ministère de la Défense ren­contrer (le chef chrétien libanais) Bachir Gemayel à Bey­routh à la fin de 1975. Je me suis rendu com­plè­tement déguisé à Bey­routh, alors que j’étais colonel. On m’a amené à proximité des côtes liba­naises et Danny Chamoun (fils de l’ex-président libanais Camille Chamoun) est venu me chercher pour m’amener voir Béchir Gemayel”, a raconté l’ex-ministre de la Défense. http://​www​.liberte​-algerie​.com/edit…

[2] voir aussi radio Canada :

Assas­sinat de Dubaï : L’UE en colère

Lors d’une réunion à Bruxelles lundi, les ministres des Affaires étran­gères des pays de l’Union européenne (UE) ont condamné « fer­mement » l’utilisation, par le com­mando qui a assassiné le cadre du Hamas à Dubaï le 20 janvier dernier, de pas­se­ports fal­sifiés de pays membres de l’UE et de cartes de crédits « obtenus en volant l’identité de citoyens européens ».

Le meurtre de Mahmoud Al-​​​​Mabhouh « soulève des ques­tions qui sont pro­fon­dément déran­geantes » pour l’Union euro­péenne, indique un texte rendu public lundi.

Les ministres se sont gardés de viser direc­tement la res­pon­sa­bilité d’Israël, plu­sieurs d’entre eux faisant valoir que rien n’était prouvé à ce jour. Cependant, ils estiment que cette opé­ration « ne peut pas contribuer à la paix et à la sta­bilité au Moyen-​​​​Orient ».

Le ministre israélien des Affaires étran­gères, Avigdor Lie­berman, a sou­ligné par com­mu­niqué que « rien ne prouve qu’Israël est impliqué » dans le meurtre d’Al-Mabhouh.

« Si quelqu’un avait pré­senté de telles infor­ma­tions en dehors des articles de presse, nous aurions réagi, mais comme il n’y a pas de faits concrets, il n’y a aucun besoin de réagir », a -t-​​​​il ajouté.

Les auto­rités de Dubaï affirment être per­suadées qu’il est l’oeuvre du Mossad, le service secret israélien.

Par ailleurs, le pré­sident français Nicolas Sarkozy a condamné « sans appel » « l’exécution » à Dubaï du res­pon­sable du Hamas, Mahmoud Al-​​​​Mabhouh.

« Ce ne sont pas des méthodes et rien ne peut jus­tifier ces méthodes […]. Ce genre d’événement ne peut qu’attiser les ten­sions et n’amène rien de positif. », a-​​​​t-​​​​il ajouté.

Le pré­sident français s’est exprimé sur cette affaire lors d’une confé­rence de presse à la suite d’une ren­contre à Paris avec le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbas.

Dimanche, le premier ministre israélien Benyamin Néta­nyahou a été montré du doigt par le Sunday Times de Londres pour avoir pré­su­mément donné le feu vert à l’assassinat de Mahmoud Al-​​​​Mabhouh.

Le journal précise que Ben­jamin Neta­nyahou a approuvé le projet d’assassinat lors d’une ren­contre, début janvier, à Tel-​​​​Aviv, avec le chef du Mossad, les ser­vices secrets israéliens.

La police de l’Émirat attribue à « 99 %, voire à 100 % » ce meurtre à un com­mando du Mossad.

Interpol a publié des avis de recherche de 11 per­sonnes qui seraient liées à cette opé­ration. http://​www​.radio​-canada​.ca/​n​o​u​velle…