Pas encore d’influence extérieure

Ghassan Khatib, vendredi 5 mai 2006

La vic­toire du Hamas aux élec­tions légis­la­tives pales­ti­niennes a focalisé l’attention sur l’influence gran­dis­sante, non seulement en Palestine mais dans toute la région, de partis poli­tiques isla­miques ainsi que de groupes vio­lents qui se réclament de la ban­nière de l’Islam.

Alors que ces deux phé­no­mènes sont séparés, il y a des gens qui, par manque de connais­sance ou de com­pré­hension, ou dans des inten­tions idéo­lo­giques, essaient d’installer la confusion entre les deux.

Il y a dans toute la région une aug­men­tation réelle du soutien de l’opinion aux partis poli­tiques isla­miques. La plupart de ces expres­sions poli­tiques de l’Islam ne sont engagées dans aucune activité violente.

En parallèle il y a aussi une aug­men­tation de l’activité de groupes vio­lents qui uti­lisent l’Islam comme pré­texte pour jus­tifier leurs pra­tiques illé­gales et pour gagner de la popu­larité. Al-​​Qaida est l’exemple parfait de cette der­nière caté­gorie alors que des partis comme les Frères musulmans en Egypte ou le Front d’Action isla­mique en Jor­danie sont des exemples de la première.

Pour bien comprendre, il est important de faire la différence entre les deux.

Etant donné l’augmentation spec­ta­cu­laire du soutien de l’opinion à ces deux types de groupes isla­miques, il est impé­ratif que toute per­sonne qui est pré­oc­cupée par ces déve­lop­pe­ments regarde au delà des simples acti­vités de ces groupes, qu’ils soient poli­tiques ou vio­lents. Nous devons essayer d’analyser les condi­tions socio-​​économiques et poli­tiques qui sont res­pon­sables de cette aug­men­tation de popu­larité et pourquoi, en consé­quence, leurs acti­vités diffèrent.

L’on fait souvent la remarque que les per­sonnes engagées dans le ter­ro­risme viennent d’un large éventail de milieux socio-​​économiques. Cette vérité ne doit pas cacher l’évidence, reprise par de nom­breuses études cré­dibles, que les groupes vio­lents établissent en général une base popu­laire dans des envi­ron­ne­ments spé­ci­fiques carac­té­risés par la pau­vreté, la dété­rio­ration de la situation écono­mique, l’injustice et l’oppression.

Le cas de le Palestine est com­pliqué par le fait qu’il n’y a pas que des dyna­miques internes en jeu. Pour com­prendre l’augmentation régu­lière du soutien aux groupes isla­miques en Palestine, il nous faut com­prendre à la fois les dyna­miques socio-​​économiques et de poli­tique interne et aussi les dyna­miques externes qui concernent la conduite d’Israël, qui reste un facteur d’importance dans les dyna­miques internes pales­ti­niennes, et l’attitude des membres concernés de la com­mu­nauté inter­na­tionale, notamment les Etats-​​unis.

La force du Hamas en Palestine qui a mené à sa vic­toire dans des élec­tions libres et démo­cra­tiques n’est pas une nou­veauté. Il s’agit d’un pro­cessus cumu­latif sys­té­ma­tique que l’on a vu clai­rement dans diverses études et son­dages de l’opinion publique. Cela a été un pro­cessus authen­ti­quement pales­tinien qui n’a pas été influencé par des groupes poli­tiques isla­miques ou des groupes ter­ro­ristes isla­miques à l’extérieur de la société pales­ti­nienne et du contexte palestinien.

Ce contexte est bien connu. Le succès du Hamas vient de la faillite du pré­cédent gou­ver­nement et de l’OLP a apporter des solu­tions poli­tiques et économiques.

La conso­li­dation constante de l’occupation israé­lienne face à la position paci­fique et poli­tique d’une direction pales­ti­nienne prête à un com­promis, et la décision parallèle d’Ariel Sharon, soutenu par les Etats-​​unis, d’ignorer cette direction pales­ti­nienne, ont convaincu l’opinion pales­ti­nienne de se tourner vers la seule alternative.

De plus, l’échec du gou­ver­nement pales­tinien, favo­rable au pro­cessus de paix, à faire face aux dif­fi­cultés écono­miques imposées par les bou­clages israé­liens et l’expansion des colonies, a amené l’opinion publique à se détourner de cette direction et à chercher une alternative.

Il n’y a aucune preuve -que ce soit de la part des ser­vices de ren­sei­gne­ments ou de sources politiques-​​ de la pré­sence d’une influence poli­tique externe, non pales­ti­nienne ou de la pré­sence d’al-Qaida, par exemple, en Palestine. Essayer de détourner l’attention dans cette direction n’est que la ten­tative de cer­taines per­sonnes d’échapper à leur res­pon­sa­bilité dans ce qui est arrivé et de faire porter le blâme sur des croque-​​mitaine inexistants.

Cependant, si le Hamas échoue à tenir sa pro­messe au public, et avec la conti­nuation de l’occupation israé­lienne actuelle et des posi­tions et com­por­te­ments amé­ri­cains qui empêchent toute solution poli­tique et toute relève écono­mique, cela pourrait dans l’avenir créer un envi­ron­nement favo­rable à l’apparition en Palestine de groupes plus extré­mistes, notamment à Gaza

En ce moment, ce que nous voyons en Palestine ce sont des expres­sions authen­ti­quement pales­ti­niennes de frus­tration due à la fois à la direction pales­ti­nienne et à ses alliés internationaux.