Pas de paix sans Jérusalem

Morsi Attalla, samedi 22 décembre 2007

Il est certain aujourd’hui que l’avenir du pro­cessus de paix dépend désormais de la pos­si­bilité de trouver une solution accep­table concernant Jéru­salem bien que de nom­breuses embûches et com­pli­ca­tions entourent les autres dos­siers comme celui des réfugiés, des implan­ta­tions, des fron­tières et de l’eau.

Jéru­salem est la pierre angu­laire qui déter­minera la voie du pro­cessus de paix dans toute la région. En effet, pour les Arabes, les musulmans et les chré­tiens, ce sujet ne peut sup­porter davantage de com­promis et de conces­sions tac­tiques portant atteinte à la réalité qui existait avant le 4 juin 1967.

Depuis son occu­pation en juin 1967, Israël a consacré un pro­gramme spécial à Jéru­salem qui consiste à créer une réalité géo­gra­phique et démo­gra­phique com­plexe et inso­luble. Dans ce cas, aucune solution poli­tique ne peut être imposée dans le cadre d’un éventuel compromis.

L’objectif d’Israël a tou­jours été d’opérer un chan­gement radical dans la com­po­sition démo­gra­phique de la ville de Jéru­salem de sorte que le nombre des habi­tants juifs soit le plus grand notamment à Jérusalem-​​Est. Pour ce, Israël a octroyé des faci­lités illi­mitées aux habi­tants juifs et a imposé des contraintes illi­mitées aux habi­tants arabes. De plus, il a tenté d’opérer un chan­gement géo­gra­phique global et rapide afin de changer radi­ca­lement les carac­tères de la ville sainte, en inten­si­fiant la construction des implan­ta­tions de sorte qu’il devienne impos­sible de repar­tager la ville. Israël cherche ainsi à imposer la réalité de la ville unifiée sous la domi­nation israélienne.

Israël a un autre objectif, celui de ter­ro­riser les habi­tants arabes de Jéru­salem, de faire pression sur eux de toutes les manières légi­times et non légi­times pour les pousser à partir, à vendre leurs terres, leurs com­merces et leurs biens immo­bi­liers. Lorsque les Pales­ti­niens ont campé sur leurs posi­tions et ont refusé d’abdiquer, Israël a eu recours à l’arme de la confis­cation des biens et des terres. Il a entravé le mou­vement du travail et du com­merce dans le secteur Est de la ville de telle sorte que la dif­fé­rence ait été devenue énorme entre le niveau de vie, les taux de crois­sance et les faci­lités de mou­vement entre les deux parties de la ville. Il est grand temps pour que le négo­ciateur pales­tinien tranche ses posi­tions et adresse un message franc et clair aux Israé­liens. Il doit leur dire que malgré les chan­ge­ments démo­gra­phiques qu’ils ont opérés à Jéru­salem, il est impos­sible de par­venir à un règlement final sans trouver une formule déter­minée reflétant la réalité de la domi­nation pales­ti­nienne sur la ville arabe de Jéru­salem. Il est vrai que les mesures de judaï­sation ont imposé une majorité juive sur la ville arabe de Jéru­salem. Cependant, le Grand Jéru­salem, qui englobe Ramallah et Bethléem et qui repré­sente le pro­lon­gement naturel de toute expansion à venir, peut réa­liser l’équilibre requis entre les habi­tants arabes et les habi­tants juifs dans le cadre de tout éventuel règlement.

Cer­tains disent que les implan­ta­tions israé­liennes à Jéru­salem repré­sentent une entrave face à une solution pra­tique per­mettant le retour de la sou­ve­raineté arabe sur le secteur Est de la ville. Nous pouvons répondre : Pourquoi ne pas consi­dérer ces implan­ta­tions comme une partie des indem­ni­sa­tions qu’Israël doit verser au peuple pales­tinien confor­mément aux réso­lu­tions de l’Onu pro­mul­guées en 1948 sur le droit du retour ou le droit aux indemnisations ?

Si nous parlons vraiment d’une paix réelle, pourquoi ce qui est valable pour Jéru­salem ne deviendrait-​​il pas une intro­duction à la réso­lution du pro­blème des implan­ta­tions répandues dans tous les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés ?

Si cer­tains croient que seuls les Arabes et les Pales­ti­niens vont payer le prix de l’impasse de la paix, ils ont tort. Israël n’est pas seulement la partie qui a le plus besoin de la paix dans la région, mais c’est aussi la seule partie qui prendra sans aucune contre­partie. La formule de la terre contre la paix selon laquelle les Arabes se sont rendus à la confé­rence de Madrid signifie qu’Israël doit rendre les ter­ri­toires occupés en juin 1967 à leurs véri­tables pro­prié­taires. Elle ne parle nul­lement des ter­ri­toires pales­ti­niens qu’Israël a violés avant cette date ! Il faut rap­peler à ceux qui avalent faci­lement les cou­leuvres des médias sio­nistes que l’Onu quand elle a pris sa réso­lution injuste de 1947, l’Etat d’Israël n’existait pas, mais c’est l’Etat de la Palestine qui existait. La division injuste s’est opérée sur les ter­ri­toires pales­ti­niens et non israé­liens. Partant, il n’est pas dans l’intérêt d’Israël de continuer à vivre dans l’impasse actuelle, ni de voir s’éteindre le rêve de la paix selon la formule de Madrid ren­forcée par l’initiative arabe. En effet, rouvrir les vieux dos­siers n’est dans l’intérêt de per­sonne et surtout d’Israël qui n’a jamais rêvé de la légi­timité de l’acceptation arabe de son existence.

L’ambition des Arabes de réa­liser une conci­liation his­to­rique avec Israël n’émane pas d’une position de fai­blesse. C’est une ambition légitime qui tient à une logique déter­minée. Celle-​​ci suppose que si les Arabes ont été inca­pables d’infliger une défaite écra­sante à l’Etat hébreu et bien cet Etat, soutenu par la plus grande super­puis­sance de notre monde contem­porain, n’a pu briser la volonté arabe ni imposer l’abdication à aucune partie arabe malgré les vic­toires tac­tiques qu’il a réa­lisées dans des batailles ulté­rieures ! Aucune partie, quelle que soit sa force ou sa capacité, ne peut croire qu’il est pos­sible de trans­former le fait accompli en paix. L’histoire du conflit arabo-​​israélien le démontre parfaitement.

Les batailles de 1947 se sont ter­minées par une trêve qui ne s’est pas trans­formée en paix. Les batailles de 1956 aussi se sont ter­minées par une trêve qui ne s’est pas trans­formée en paix. Même la guerre de juin 1967, malgré les gains qu’elle a attribués à Israël, a abouti à de nou­velles lignes de cessez-​​le-​​feu. La guerre d’octobre 1973, malgré la grande vic­toire arabe, a abouti à de nou­velles lignes de cessez-​​le-​​feu. Lorsqu’Israël a occupé le Liban et est arrivé à Bey­routh en 1982, il a été obligé de se retirer de manière humi­liante en 2000 sous l’emprise des coups de la résis­tance qui lui a aussi infligé une défaite écra­sante en juin 2006.

Ce sont là les leçons tirées d’une série de guerres. Ce sont leurs consé­quences sur le terrain de la réalité. Une réalité ren­forcée par la résis­tance héroïque du peuple pales­ti­nienne durant la pre­mière Intifada de 1987 et la seconde en 2000. Mais la paix est tout autre chose. Elle ne peut se maté­ria­liser que par le respect réci­proque et la recon­nais­sance mutuelle des droits légi­times des uns et des autres .