Pas de fusils ? Il s’agit probablement de terroristes

Mark Steel, dimanche 15 août 2010

OPINION :
Cela ne change rien que les Israé­liens aient accepté de coopérer dans l’enquête de l’ONU concernant l’incident où neuf per­sonnes ont été tuées après l’arraisonnement par les forces israé­liennes du Mavi Marmara qui se diri­geait vers Gaza.

On ne sait pourquoi, mais la com­mission Chilcot (1) est devenue une sorte de Big Brother [1]. On la retrouve environ une fois par mois dans les journaux sous forme de brève et on se dit : "mince alors, encore ce truc ? Je croyais que c’était fini !".

Ils ne vont pas tarder, comme pour l’émission Big Brother, à nous sortir un lapin du chapeau, pour tenter de lui donner un regain d’intérêt. Et donc, ils vont soit convoquer des gens qui ont témoigné dans d’autres enquêtes comme Martin McGuinness (2) ou Christine Keeler (3) , soit charger cer­tains témoins de retrouver des balles de ping-​​pong cachées dans la salle d’audience ou les faire témoigner les yeux bandés.

Et donc, il sem­blerait que ces enquêtes n’aient aucun intérêt, auquel cas, cela ne change rien que les Israé­liens aient accepté de coopérer dans l’enquête de l’ONU concernant l’incident où neuf per­sonnes ont été tuées après l’arraisonnement par les forces israé­liennes du Mavi Marmara qui se diri­geait vers Gaza.

Mais cela sem­blait suf­fi­samment important pour les Israé­liens qui, jusqu’à cette semaine, ne ces­saient de répéter que leur propre enquête suf­fisait, et qu’elle avait déjà débuté.

Un des faits qui ressort de cette enquête, c’est que les vic­times, d’après le ""Sergent S" qui a tué six d’entre elles, étaient "sans aucun doute des ter­ro­ristes". Car, d’après son témoi­gnage, il "voyait la folie meur­trière dans leurs yeux".

Ceci cor­respond tout à fait à la défi­nition d’un ter­ro­riste selon les lois inter­na­tio­nales, à savoir quelqu’un qui a "de la folie meur­trière dans les yeux", et indique que le témoin prin­cipal dans un procès pour ter­ro­risme n’est pas le médecin légiste, ni l’expert en explosifs mais l’ophtalmo. En exa­minant l’iris d’une per­sonne, un bon oph­talmo peut diag­nos­tiquer si elle est myope, presbyte, Hamas ou sépa­ra­tiste basque.

Mais il y a mieux. D’après le Jeru­salem Post, les Forces armées israé­liennes ont déclaré à la com­mission que le groupe sur le bateau était constitué de "gens bien entrainés, pro­ba­blement d’anciens soldats" parce que chaque équipe de mer­ce­naires était équipée d’appareils de com­mu­ni­cation Motorola, de façon à faire cir­culer l’information. Ainsi, donc, ces pseudo-​​militants pour la paix étaient armés de télé­phones por­tables ! C’est un miracle qu’ils n’aient pas mis tout le Moyen-​​Orient à feu et à sang. Et dire que Motorola et d’autres sinistres mar­chands d’armes comme Nokia et Orange se livrent ouver­tement à un trafic d’armes létales !

Si les Forces armées israé­liennes (l’IDF) étaient chargées de main­tenir l’ordre dans un fes­tival de rock, au moment où tout le monde se sert de son télé­phone pour prendre des photos, elles tire­raient dans la foule. Et, après avoir tué 3000 per­sonnes, le Sergent S dirait : "Bravo, les gars, si nous ne nous étions pas méfiés, cela aurait pu vraiment mal tourner !"

Il aurait pu être éven­tuel­lement dif­ficile de prouver les inten­tions meur­trières ocu­laires du groupe étant donné qu’aucun d’entre eux n’avait d’arme à feu. Mais l’IDF a expliqué que les "mer­ce­naires" pré­fé­raient se servir de battes de baseball, de barres de métal et de cou­teaux, dans la mesure où, s’ils avaient tiré avec des armes à feu, il aurait été évident qu’il s’agissait de ter­ro­ristes et non pas de paci­fistes". Et donc, c’était encore une duplicité de la part de ces ter­ro­ristes de cacher qu’ils étaient des ter­ro­ristes en ne faisant rien de ter­ro­riste. Ca, c’est comme ma voisine, elle cache le fait qu’elle est ter­ro­riste en ayant 74 ans et en passant ses journées tran­quillement à faire du jar­dinage sans jamais tirer sur qui que ce soit, cette hor­rible sorcière.

Encore plus fla­grant, il a été dit à la com­mission d’enquête que le groupe avait bien des armes à bord, mais que "les mer­ce­naires ont jeté leur armes par-​​dessus bord quand le com­mando a pris le contrôle du bateau" parce que, ça, cela fait partie de l’entrainement clas­sique à la gué­rilla, être armé de fusils jusqu’au moment où arrive l’ennemi et s’en débar­rasser aus­sitôt. C’est ce que font tous les grands stra­tèges mili­taires. C’est la raison pour laquelle Nelson a dit, lors de la bataille de Tra­falgar : "Les gars, voilà les Français, alors nous, les Anglais, accom­plissons notre devoir de soldat : jetons tous les fusils par dessus bord. Ca leur apprendra, à ces salauds de Français !".

Et tout le reste à l’avenant, avec le premier ministre Neta­nyahu qui approuve ouver­tement, qua­li­fiant lui-​​même les vic­times de "mer­ce­naires". Parce que ces mer­ce­naires vou­laient apporter des pro­duits comme des médi­ca­ments dans une zone sous blocus, ce qui est tout à fait normal pour un mer­ce­naire, sauf qu’au lieu d’être du trafic d’armes, c’était du trafic d’inhalateurs.

Mais petit à petit, l’Etat d’Israël découvre qu’il lui faut rendre des comptes publi­quement, et que les sem­pi­ter­nelles excuses ne fonc­tionnent plus aussi facilement.

A partir de main­tenant, il va falloir que ses diri­geants mettent dans leurs couilles un peu plus de réflexion, cela, pour aller dans le bon sens.

Mark Steel The Independent (5 août 2010)

Texte ori­ginal : Mark Steel : No guns ? They must be terrorists http://​www​.inde​pendent​.co​.uk/​o​pinio...

Traduction Des Bassines et du Zèle

[1] émission de télé-​​​​réalité bri­tan­nique - NDR