Pas de déblocage en vue sur Jéru­salem (« Jéru­salem est et restera israélienne »*)

Michele Giorgio, mercredi 21 novembre 2007

Pour un anthro­po­logue rompu à l’engagement poli­tique comme Jeff Halper, la réalité n’est pas dif­ficile à inter­préter. Et les pré­vi­sions sont presque automatiques.

La ren­contre d’Annapolis, prévue dans une dizaine de jours, à laquelle l’administration Bush attribue un pouvoir mira­culeux, non seulement n’offrira pas de solu­tions dans la ligne du droit inter­na­tional mais se déroulera selon un pro­gramme déjà défini avec grande anti­ci­pation par Israël.

C’est un par­cours, explique l’expert israélien, qui est destiné à convaincre la direction pales­ti­nienne de renoncer à la Jéru­salem arabe (Est), occupée mili­tai­rement depuis 1967, en échange d’une vague sou­ve­raineté sur quelques quar­tiers ou fau­bourgs de la ville habités par des Pales­ti­niens. « C’est un projet poli­tique, explique Halper, connu ici (Italie, ndt) comme le coor­di­nateur de l’Icahd (Israeli Com­mette Against Houses Demo­li­tions )- qui a démarré immé­dia­tement après l’occupation par la construction des colonies juives dans la zone Est où désormais, 40 ans après, vivent environ 200 mille colons Israé­liens ». Cependant, ajoute l’anthropologue, pour annexer de façon définie Jéru­salem Est à Israël, et garder toute la ville sous une majorité juive, construire des loge­ments ne suffit pas ».

Dans la redé­fi­nition des fron­tières qu’avaient et ont à l’esprit les diri­geants poli­tiques israé­liens, il faut rejeter hors de la ville le plus de pales­ti­niens pos­sible ». Il n’est pas sur­prenant, dit-​​il, « que les quar­tiers pales­ti­niens à haute densité de popu­lation aient été exclus de la ligne rouge qui définit la zone sur laquelle est en train de sortir le Grand Jéru­salem. En résumé, ils ont annexé des zones qui autrefois ne fai­saient pas partie de Jéru­salem et ils ont expulsé des zones qui y étaient aupa­ravant incluses ».

Le Premier ministre Olmert et ses col­la­bo­ra­teurs vont aller à Anna­polis bien décidés à arracher au pré­sident pales­tinien Abu Mazen ce « oui » que l’ex-premier ministre Ehud Barak n’est pas arrivé à obtenir du raïs Arafat. Ils iront aux Etats-​​Unis avec le Grand Jéru­salem en tête, un projet qui, pas à pas, est en train de trans­former la Ville sainte en une véri­table région fichée, comme un coin, dans le cœur de la Cis­jor­danie, en la brisant en deux.

« Quand on parle d’Etat pales­tinien, un état sou­verain qui peut se sou­tenir écono­mi­quement, nous faisons réfé­rence, non pas à une peau de léopard, mais à un ter­ri­toire homogène dont toutes les parties soient reliées par un réseau routier - déclare le géo­graphe Khalil Tufakji, expert pales­tinien connu de Jéru­salem. Il faut, par exemple, qu’il y ait une auto­route qui mette en com­mu­ni­cation le nord avec le sud de la Cis­jor­danie, pour le dépla­cement des biens et des per­sonnes, sinon on ne peut pas parler d’un vrai Etat ».

D’un point de vue géo­gra­phique, explique Tufakji, le transit entre le nord et le sud de la Cis­jor­danie s’interrompt entre la colonie juive de Maale Adoumim et Jéru­salem Est. « A cet endroit là, poursuit-​​il, Israël est en train de construire une zone qui s’appelle « E 1 », qui ferme le seul cor­ridor qu’ont les Pales­ti­niens, et les oblige à passer par Jéru­salem pour pouvoir se rendre du nord au sud. En sub­stance, dans l’avenir, les Pales­ti­niens seront sous contrôle constant parce que pour se déplacer le long de leur ter­ri­toire ils devront demander une auto­ri­sation à Israël ».

Le mur de sépa­ration construit autour de Jéru­salem (181 Kms), explique Tufakji, « est une partie essen­tielle du projet concernant la zone « E 1 » : d’un côté il délimite le ter­ri­toire pales­tinien qu’Israël entend annexer et de l’autre il isole les 250.000 Pales­ti­niens de Jéru­salem Est de leur Etat et de Ramallah, la plus impor­tante ville de Cis­jor­danie. Le mur garantit en outre l’annexion de tous les blocs de colo­ni­sation autour de la ville et leur expansion sur les terres pales­ti­niennes confis­quées pendant la construction de la bar­rière ». Le gou­ver­nement Olmert, ne tenant pas compte des objec­tions, faibles et incer­taines, des Etats-​​Unis, est décidé à aller de l’avant et décrit le projet pour la zone « E 1 » comme un passage néces­saire pour garantir la « sécurité » de Jéru­salem, entiè­rement sous sou­ve­raineté israé­lienne, à l’exception, comme explique Halper, des zones den­sément peu­plées par des Palestiniens.

Fin sep­tembre, il a à cet effet relancé le projet et ordonné la confis­cation des terres pales­ti­niennes adossées à Maale Adoumim qui, grâce à la construction de 3500 autres maisons pour les colons, se retrouvera reliée à Jéru­salem. Les confis­ca­tions concernent 110 hec­tares de terres d’Abu Dis, Sawahreh a-​​Sharqiye, Nabi Mussa et Khan Ahmar, dans les environs de Jéru­salem Est et sur la route qui conduit à Maale Adumim. Ce faisant, les Pales­ti­niens per­dront la conti­nuité ter­ri­to­riale avec la vallée du Jourdain.

C’est le « martyr de la paix » Yitzhak Rabin qui a lancé le projet « E 1 » en 1994. Pendant qu’il allait retirer son prix Nobel de la paix, en même temps que Yasser Arafat et Shimon Peres, alors ministre des Affaires étran­gères, le Premier ministre israélien, assassiné il y a 12 ans par un extré­miste de droite juif, garan­tissait le déve­lop­pement des colonies et l’annexion, de façon dilatée par rapport à1967, de la Jéru­salem pales­ti­nienne. Le projet « E 1 » fut gelé en 2005 sous la pression de Washington, et a repris son déve­lop­pement, comme par hasard, juste après l’annonce de la ren­contre d’Annapolis faite par Georges Bush. « L’expansion des colonies dans la région de Jéru­salem va miner, anéantir même, les efforts de paix », a déclaré Saeb Erekat, négo­ciateur pales­tinien et proche col­la­bo­rateur de Abu Mazen. Mais l’Anp n’a jamais posé comme condition pour aller à Anna­polis l’arrêt des projets israé­liens à Jéru­salem et dans les Ter­ri­toires occupés.

A Anna­polis, Abou Mazen court le risque concret de se voir accuser, exac­tement comme ce qui était arrivé à son pré­dé­cesseur à Camp David, de n’avoir pas accepté les « offres géné­reuses » (le contrôle de quelque quartier arabe) pré­sentées par Olmert sur Jéru­salem et la Cis­jor­danie (Gaza, étranglée par le blocus écono­mique et mili­taire, est, for­mel­lement, un ter­ri­toire qu’Israël a res­titué aux Pales­ti­niens). « On joue avec le feu car cette terre déter­minera si on aura ou non la paix - sou­ligne Halper. Israël a le contrôle de tout Jéru­salem, des fron­tières, des routes et de l’eau. Et dans ces condi­tions, comment un Etat pales­tinien pourra-​​t-​​il se construire ? ».