Pas de « Made in Israel » pour les produits des colonies

Alon Liel, Ex-​​directeur général du ministère israélien des Affaires étran­gères et ex-​​ambassadeur d’Israël en Afrique du Sud, Libération, mercredi 20 juin 2012

Le conflit israélo-​​palestinien semble être dans l’impasse la plus impor­tante de son his­toire. Dans ce contexte, la volonté affichée par des gou­ver­ne­ments étrangers d’établir une dis­tinction claire entre les pro­duits d’origine israé­lienne et ceux issus des colonies établies dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens occupés est impor­tante. Ces efforts peuvent contribuer à pré­parer le chemin vers la paix.

Le mois dernier, les gou­ver­ne­ments sud-​​africain et danois ont annoncé leur intention d’empêcher les biens pro­duits dans les colonies d’être étiquetés « Made in Israel ». Cette annonce inter­vient après que le Royaume-​​Uni a demandé à ses super­marchés d’étiqueter dif­fé­remment les pro­duits des colonies en 2009. La chaîne suisse de super­marchés Migros a aussi décidé d’agir en ce sens. Ces actions doivent être saluées, d’autres gou­ver­ne­ments et entre­prises devraient suivre cette voie.

Pourquoi ? Parce que les colonies ne font pas partie d’Israël. Elles sont établies sur des ter­ri­toires occupés en dehors des fron­tières inter­na­tio­na­lement reconnues et sont illé­gales au regard du droit inter­na­tional. L’étiquetage des pro­duits des colonies comme « Made in Israel » trompe le consom­mateur et approuve impli­ci­tement la poli­tique expan­sion­niste du gou­ver­nement de droite d’Israël mené par Benyamin Néta­nyahou. La Cis­jor­danie pales­ti­nienne se fait absorber par l’expansion des colonies qui effacent la « ligne verte », fron­tière inter­na­tio­na­lement reconnue, anté­rieure à 1967. La « ligne verte » est la seule base viable pour la paix. Au moment de la signature des accords d’Oslo en 1993, les colonies dans les Ter­ri­toires occupés héber­geaient environ 250 000 colons israé­liens. En 2000, quand j’étais directeur général du ministère israélien des Affaires étran­gères, leur nombre s’élevait à 390 000. Ils sont aujourd’hui plus de 550 000. Depuis que le Premier ministre Néta­nyahou a rejeté la demande du pré­sident Obama de geler l’expansion des colonies, nous avons vu une forte accé­lé­ration de la colo­ni­sation. La semaine der­nière, Néta­nyahou a annoncé la construction de 851 maisons sup­plé­men­taires, la plupart d’entre elles au cœur du ter­ri­toire pales­tinien. Il semble que nous, Israé­liens, soyons arrivés à la conclusion que nous n’avons plus besoin de la paix. Der­rière le mur de sépa­ration et grâce à la puis­sance de l’armée, nous vivons plus ou moins en sécurité, sans la paix. L’économie est en crois­sance et Tel-​​Aviv en plein essor. L’occupation ne nous pose pas de pro­blème moral. A l’exception d’une minorité qui lutte contre le service mili­taire, l’oppression de Tsahal sur les Pales­ti­niens est loin des yeux et du cœur de l’Israélien moyen. Beaucoup d’entre nous tendent à croire que le conflit peut être géré indé­fi­niment et qu’Israël n’a plus de « pro­blème palestinien ».

Cependant, nous nous leurrons. L’expansion des colonies menace de rendre impos­sible la solution à deux Etats. Israël est en train de se mettre dans une situation où, sauf en cas d’apartheid ou d’expulsion totale des Pales­ti­niens, une solution à un seul Etat avec des droits égaux pour tous pourrait devenir la seule voie de sortie pos­sible du conflit. Il s’agit du modèle sud-​​africain. En tant qu’ancien ambas­sadeur israélien en Afrique du Sud, je me sens en droit de livrer ma vision de l’applicabilité de ce modèle à Israël et à la Palestine. Contrai­rement à l’Afrique du Sud où l’urbanisation a ramené les Noirs dans les villes dans des pro­por­tions telles qu’ils y sont devenus majo­ri­taires, il y a en Israël une impor­tante sépa­ration ter­ri­to­riale et une sub­sti­tution de la main-d’œuvre pales­ti­nienne par des tra­vailleurs étrangers. Tandis qu’en Afrique du Sud, presque chaque enfant blanc a eu une « nounou » noire, il y a très peu de contact entre Israé­liens et Palestiniens.

Malgré ma pro­fonde admi­ration pour la façon dont l’Afrique du Sud est par­venue à la paix, une solution de type sud-​​africain appliquée au conflit israélo-​​palestinien signi­fierait la fin de l’Etat juif. La solution à deux Etats reste le seul moyen de réa­liser ce rêve. Si nous voulons nous en tenir à la solution à deux Etats, nous devons com­mencer à sérieu­sement nous attaquer à l’expansion des colonies, car elle constitue une menace pour cette solution. L’acte sym­bo­lique d’empêcher l’étiquetage des pro­duits des colonies comme « Made in Israel » a une réelle portée : en refusant de men­tionner cette origine « Made in Israel », les gou­ver­ne­ments étrangers pro­tègent et ren­forcent les fron­tières anté­rieures à 1967. De plus, ils donnent le choix à leurs consom­ma­teurs d’acheter ou non des pro­duits des colonies. Cet acte simple nous rap­pelle que les colonies consti­tuent une grave vio­lation du droit inter­na­tional et un dan­gereux projet d’annexion de fait. En pro­mouvant le règlement du conflit selon les fron­tières d’avant 1967, la com­mu­nauté inter­na­tionale confirme que l’objectif est la solution à deux Etats, et non pas un Etat israélien d’apartheid.