Pas d’accès aux soins pour les habitants de Gaza

IRIN, lundi 5 novembre 2007

Plu­sieurs dizaines patients de la Bande de Gaza ne peuvent se faire soigner et risquent leur vie s’ils ne sont pas opérés urgemment, car les fron­tières avec Israël et l’Egypte sont tou­jours fermées, ont révélé des auto­rités sani­taires et plu­sieurs orga­ni­sa­tions huma­ni­taires internationales.

« Au moins trois patients sont morts en juin parce qu’on leur avait refusé des auto­ri­sa­tions de sortie et d’autres ont perdu des membres ou la vue » pouvait-​​on lire dans un rapport de Human Rights Watch. Et selon Al Mezan, une orga­ni­sation pales­ti­nienne de Gaza, un qua­trième homme de 77 ans, Nimir Muhammad Shu­heibar, est mort le 23 octobre alors qu’il attendait d’être soigné.

Shadi Yassin, porte-​​parole de l’administration civile israé­lienne de Gaza, a dit ne pas être au courant des morts causées par les res­tric­tions imposées aux habi­tants. Quant à l’Association médicale israé­lienne, elle a dit « consi­dérer l’accès aux ser­vices de soins de santé comme étant un droit fon­da­mental de toute per­sonne » et a indiqué en consé­quence « prendre très au sérieux la situation actuelle ».

Le point de passage de Rafah à la fron­tière avec l’Egypte, unique point de sortie de Gaza vers d’autres pays qu’Israël, est fermé depuis le 9 juin. Les patients qui doivent se rendre en Egypte pour y suivre un trai­tement, ou qui doivent y tran­siter pour se faire soigner dans d’autres pays, tentent actuel­lement de passer par Israël.

Alors qu’auparavant une cin­quan­taine de patients étaient dirigés chaque jour vers des hôpitaux à l’étranger, « aujourd’hui on ne peut trans­férer qu’un nombre très limité de patients [en Israël] », a déploré Khaled Radi du ministère de la Santé à Gaza, ajoutant que le bou­clage de la Bande de Gaza avait affecté les hôpitaux dont la capacité des ser­vices était déjà limitée.

Selon le Comité inter­na­tional de la Croix-​​Rouge (CICR), 155 patients ont pu se rendre en Israël pendant la semaine du 13 au 20 octobre, ce qui repré­sente une aug­men­tation par rapport aux semaines pré­cé­dentes. Même si Israël a autorisé la plupart des patients de Gaza, qui en avaient fait la demande, à quitter l’enclave pour aller se faire soigner à l’extérieur, l’accès au ter­ri­toire israélien est encore interdit à des dizaines d’autres patients palestiniens.

« Nous essayons d’aider tous les cas huma­ni­taires », a déclaré M. Yassin, qui condamne la prise de contrôle de la Bande de Gaza par le Hamas.

Il y a de nom­breux ser­vices que les struc­tures médi­cales de Gaza ne peuvent offrir, notamment les diag­nostics par ima­gerie par réso­nance magné­tique (IRM), la radio­thé­rapie, le trai­tement du cancer et les impor­tantes opé­ra­tions car­diaques, surtout chez les enfants.  [1]

Les res­tric­tions aux fron­tières ont également entraîné la fer­meture de presque toutes les entre­prises de Gaza et une aggra­vation de la pénurie de pro­duits ali­men­taires de base, ont noté les Nations Unies et des asso­cia­tions locales de défense des droits humains.

« Le blocus écono­mique continue d’étrangler la popu­lation de Gaza qui est mani­fes­tement punie par une stra­tégie poli­tique » a déclaré John Holmes, secré­taire général adjoint des Nations Unies chargé des affaires humanitaires.

Obstacles à l’accès aux soins de santé

Le pro­blème de Tayssir al-​​Mallahi est d’ordre financier. A 53 ans, ce père de famille de 10 enfants qui vit à Gaza City n’a pas 600 dollars pour se rendre en ambu­lance d’Erez à Nablus, en Cis­jor­danie, où il doit y subir une opé­ration à cœur ouvert.

Selon lui, il n’a pas besoin d’une ambu­lance, mais les coor­di­na­teurs des ser­vices de santé pales­ti­niens lui ont fait com­prendre que leurs homo­logues israé­liens esti­maient que cela était une condition préalable.

« J’ai raté l’occasion de quitter l’enclave pour [me faire soigner parce que] je n’ai pas d’argent », s’est-il désolé. « Au moins trois patients sont morts en juin parce qu’on leur avait refusé des auto­ri­sa­tions de sortie »

Pour d’autres, le problème est lié à la sécurité.

L’organisation Israeli Phy­si­cians for Human Rights a dit être inter­venue en faveur de 138 patients de Gaza à qui l’on avait interdit l’entrée en Israël pour des raisons de sécurité, et elle a pu obtenir des auto­ri­sa­tions de sortie pour plus de 50 d’entre eux.

Munir Mahmoud, un habitant de Gaza de 43 ans souf­frant d’un cancer, a affirmé que pour les mêmes raisons de sécurité, il devait payer plus de 1 600 dollars à une entre­prise de sécurité privée israé­lienne pour l’escorter d’Erez à la fron­tière jor­da­nienne, puisqu’il devait se faire soigner à Amman.

« Je ne peux pas payer cette somme exor­bi­tante. Je suis un chauffeur de taxi qui perçoit un salaire jour­nalier », a-​​t-​​il indiqué à IRIN. Son visa pour la Jor­danie devait expirer le 23 octobre et il n’a tou­jours pas quitté Gaza.

[1] Ainsi, selon B’Tselem, un malade du cancer meurt après que son entrée en Israël a été repoussée pendant 10 jours.

En août 2007, les médecins on diag­nos­tiqué un cancer chez Mahmoud Abu Taha. La famille a tenté de faire opérer en Israël le jeune homme, affaibli à cause du manque de médi­ca­ments du au blocus de Gaza. Au passage d’Eretz, le père a été arrêté et retenu durant dix jours et le malade interdit d’entrée.

Le 28 octobre, l’autorisation a été enfin été accordée, trop tard pour Abu Taha, mort quelques heures après son arrivée en Israël.

En août 2007 les médecins ont diag­nos­tiqué chez Mahmoud Abu Taha, âgé de 21 ans, un cancer de l’intestin grêle. Il a alors subi, sans succès, une inter­vention chi­rur­gicale à Khan Younes. Après avoir été traité par chi­mio­thé­rapie à l’hôpital européen de Gaza, les médecins ont constaté que ses intestins étaient bloqués et qu’il néces­sitait une opé­ration en urgence en Israël. Tandis qu’il était hos­pi­talisé, Abu Taha était ali­menté par per­fusion avec une solution vitaminée.

En raison du siège imposé à Gaza, l’hopital a subi une pénurie pour cette solution, et s’est vu contraint de réduire l’alimentaion d’Abu Taha dans une pro­portion de quatre doses par jour à deux, ce qui a entrainé une perte sen­sible de poids.

Le 18 octobre, la famille d’Abu Taha a réussi à lui obtenir un permis d’entrée en Israël afin qu’il puisse subir une inter­vention chi­ru­gicale à l’hôpital de Tel Has­homer. Ce même jour il a été conduit en ambu­lance au point de passage d’Eretz, accom­pagné par son père. Lorsque celui-​​​​ci a tenté de négocier le passage, les agents de sécurité du Shabak [1] l’ont arrété et ordonné à l’ambulance de retourner à l’hôpital de Gaza. Le père est resté en détention durant 11 jours.

C’est seulement hier, 10 jours plus tard, que l’entrée d’Abu Taha en Israël a été auto­risée. L’ambulance pales­ti­nienne qui le trans­portait a été retenue au point de contrôle durant cinq heures avant qu’il soit autorisé à entrer en Israël. Aujoud’hui, la famille a été informée que Abu Taha était mort quelques heures après son entrée en Israël, sans que ne leur soit fourni aucun détail sur les cir­cons­tances de sa mort. Le père a été libéré après le décès de son fils.

Les ser­vices de santé dans la bande de Gaza ne sont à même que de dis­penser des soins limités en raison de la poli­tique de blocus israé­lienne, et la qualité de ces soins décline constamment. Depuis juin 2007, Israël a interdit aux pales­ti­niens de se rendre à l’étranger, même pour recevoir un trai­tement médical. La seule pos­si­bilité res­tante pour les malades qui néces­sitent un trai­tement qui n’est pas délivré dans la bande de Gaza est de tenter de se faire soigner en Israël. Mais ne sont délivrés qu’un petit nombre de permis d’entrée, et seulement via un long pro­cessus. Publi­cation ori­ginale B’Tselem, 29 octobre 2007

http://​www​.btselem​.org/​e​n​g​l​i​s​h​/​G​a​z​a​_​S​t​r​i​p​/​20071018_​ Gaza_Medical_Care_Cancer_patient_Mhmoud_Abu_Taha.asp

tra­duction Contre Info http://​contreinfo​.info/​a​r​t​i​c​l​e​.​p​h​p​3​ ?​i​d​_​​a​r​t​i​c​l​e​=1393