Participer à l’effort de guerre israélien ?

UJFP(union juive française pour la paix), dimanche 1er juin 2008

Lettre ouverte de l’Union juive fran­çaise pour la paix au directeur du Théâtre du Gymnase, à Paris, qui invite une nou­velle fois "l’armée israé­lienne dans ses murs".

Théâtre du Gymnase 38, boul. Bonne Nouvelle, 75010 Paris

Monsieur le Directeur,

Le Théâtre du Gymnase récidive. De nouveau, votre établis­sement invite l’armée israé­lienne dans ses murs, cette fois-​​ci à l’occasion du 60ème anni­ver­saire de l’État d’Israël. Vous n’en êtes pas à votre coup d’essai, car votre théâtre a déjà organisé des soirées de galas au profit de cette même armée. En 2005, une telle soirée a valu une mani­fes­tation hostile sous vos fenêtres, encadrée par un impres­sionnant déploiement policier. Le 1er juin, vous pré­voyez de tenir un concert avec la troupe musicale de l’armée israé­lienne, sur l’invitation de LIBI France, une asso­ciation de la droite sio­niste qui œuvre « au bien-​​être du soldat israélien ».

Il ne s’agit pas là d’un événement culturel, mais d’une opé­ration poli­tique illé­gitime. En effet inviter la troupe musicale d’une armée étrangère en cam­pagne de répression et de paci­fi­cation de ter­ri­toires occupés, hors tout respect du droit inter­na­tional, pose pro­blème : il n’est pas dans les tra­di­tions fran­çaises d’accueillir sur notre sol des forces bel­li­gé­rantes étran­gères. Cette armée est engagée dans une guerre d’occupation contre ses voisins pales­ti­niens, infli­geant tous les jours la répression et la des­truction, chaque jour se soldant par des blessés et des morts. Les incur­sions quo­ti­diennes dans les villes et camps de réfugiés de Cis­jor­danie et de Gaza pro­voquent de nom­breuses vic­times civiles. Les tris­tement célèbre bar­rages mili­taires qui sillonnent la Cis­jor­danie (plus de 600), sont devenus le prin­cipal ins­trument des humi­lia­tions infligées à la popu­lation civile. Les nom­breuses vio­la­tions des droits humains et du droit inter­na­tional commis par cette armée d’occupation sont bien docu­mentées par des ONG comme Amnesty Inter­na­tional et Human Rights Watch, ainsi que par des orga­nismes israé­liens reconnus comme Bet­selem (le Centre d’information israélien sur les droits humains dans les ter­ri­toires occupés).

Dans ces cir­cons­tances, l’Union juive fran­çaise pour la paix (UJFP) estime qu’inviter une unité de cette armée d’occupation de type colonial et glo­rifier ses méfaits n’est pas un geste de paix, mais par­ticipe à l’effort de guerre israélien sur le ter­ri­toire français. Un geste de paix serait d’inviter par exemple des musi­ciens israé­liens, juifs et arabes, engagés pour une paix juste dans la région, en s’inspirant du travail du chef d’orchestre Daniel Barenboïm, et en y asso­ciant des repré­sen­tants de la société civile qui œuvrent pour une récon­ci­liation des deux peuples sur la base de la justice et du respect du droit. Les exemples ne manquent pas : Coa­lition des femmes pour la paix, Rabbins pour les droits humains, Ta’ayush (« Vivre Ensemble ») et les Médecins pour les droits humains, pour en men­tionner quelques uns.

Il y a même des figures mili­taires qui peuvent repré­senter cette sen­si­bilité dans la société israé­lienne. Outre des asso­cia­tions comme « Briser le Silence », Yesh Gvul (« Il y a une limite ») et « Nouveau Profil » (qui regroupent des offi­ciers cri­tiques, des soldats réfrac­taires, des objec­teurs de conscience et leurs familles) de nom­breux mili­taires, prêts à défendre leur pays à l’intérieur de ses fron­tières inter­na­tio­na­lement reconnues, refusent de prêter leur concours à une force d’occupation dans les ter­ri­toires pales­ti­niens. Mais ce n’est pas votre choix : vous pré­férez la vio­lence du rapport de force contre le droit. Vous choi­sissez, sous pré­texte de célébrer les soixante ans d’Israël, de célébrer la guerre !

Ainsi, nous vous demandons d’annuler le concert pro­grammé avec la troupe musicale de l’armée israé­lienne. En tant qu’association juive fran­çaise, l’UJFP exprime sa plus grande indi­gnation devant ce genre de mani­fes­tation, qui fait l’apologie d’une armée d’occupation et de la vio­lence. Si Israël veut vivre en État de droit il doit se retirer des ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, revenir aux fron­tières reconnues par la com­mu­nauté inter­na­tionale, res­pecter les réso­lu­tions de l’ONU et faire la paix avec ses voisins sans rapport de domi­nation d’un peuple sur un autre. Sans la justice et le respect des droits humains fon­da­mentaux, il n’y a aucun espoir d’une paix juste et durable dans la région.

En vous remer­ciant de votre attention, nous vous assurons, Mon­sieur le Directeur, de nos sen­ti­ments dévoués à la paix.

Pour l’UJFP Ile-​​de-​​France :

Richard WAGMAN Président d’honneur