Alain Barluet, vendredi 22 avril 2011
On a laissé entendre, côté français, qu’une réflexion active est en cours sur la reconnaissance de l’État palestinien, même en l’absence d’accord entre les deux parties
Au Proche-Orient, le statu quo n’est plus possible. C’est sur la base de ce constat que Nicolas Sarkozy a reçu jeudi le président palestinien, Mahmoud Abbas. Face au blocage persistant des négociations de paix, Paris a annoncé des « initiatives ». On a aussi laissé entendre, côté français, qu’une réflexion active est en cours sur la reconnaissance de l’État palestinien, même en l’absence d’accord entre les deux parties.« La reconnaissance de l’Etat de Palestine est une option à laquelle nous réfléchissons actuellement avec nos partenaires européens, dans l’optique de créer un horizon politique à même de relancer le processus de paix », a ainsi déclaré Gérard Araud, ambassadeur de France à l’ONU.
Un premier pas devrait être franchi lors de la conférence des donateurs pour la Palestine, prévue en juin prochain à Paris, qui pourrait prendre une dimension politique. Une première conférence de ce type, en décembre 2007, également à Paris, avait permis le versement de 7,7 milliards de dollars, dont 4,3 milliards d’aide budgétaire.
Depuis sa prise de fonction, fin février, le chef de la diplomatie française, Alain Juppé, a fait allusion à deux reprises à une reconnaissance de l’État palestinien. À la mi-mars, il estimait qu’il s’agissait d’« une hypothèse qu’il faut avoir en tête ». Il l’a redit cette semaine : « C’est une question à laquelle il faut réfléchir et à laquelle nous réfléchissons. Et elle se posera au mois de septembre ou octobre. » Selon le Quai d’Orsay, les Palestiniens sont « plus que jamais prêts à établir un État ». En janvier 2010, Nicolas Sarkozy n’avait pas endossé une déclaration de son ministre des Affaires étrangères de l’époque, Bernard Kouchner, envisageant déjà l’option d’une reconnaissance unilatérale.
Jeudi, Mahmoud Abbas a estimé que les Européens étaient prêts à reconnaître l’État palestinien. « Tous les signes de ces organisations et États montrent qu’ils attendent le bon moment pour reconnaître » la Palestine, a-t-il dit sur France 24, admettant toutefois n’avoir reçu aucune promesse [1].
Divergences au sein du Quartette
Le président palestinien a réitéré sa préférence pour un accord négocié avec Israël. « Nous préférons que cela se fasse par la négociation, c’est pourquoi nous voulons revenir à la table de négociations à tout prix pour réaliser la paix », a-t-il dit.
Le choix d’une reconnaissance unilatérale a déjà été fait par plusieurs pays d’Amérique latine, même si la communauté internationale s’est fixé comme objectif la création de l’État palestinien à l’automne, au moment de l’assemblée générale des Nations unies à New York.
Mais ce calendrier est menacé par de profonds désaccords entre Israéliens et Palestiniens, en particulier sur la question de la colonisation juive en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, mais aussi par des divergences entre les grandes puissances. Une réunion ministérielle du Quartette (États-Unis, Union européenne, Russie, ONU) sur le Proche-Orient, prévue le 15 avril, a dû être reportée, à la demande des États-Unis. Les Européens espéraient saisir cette occasion pour définir les « paramètres » d’un règlement final, notamment sur les frontières et la sécurité. Mais Washington privilégie toujours la prudence, au profit d’une reprise du dialogue direct entre Israël et les Palestiniens.
[1] voir aussi l’Orient le Jour :
Proche-Orient Alors que le président palestinien Mahmoud Abbas effectuait hier une visite à Paris, la France a annoncé qu’elle « songeait » de plus en plus ouvertement avec d’autres pays européens à une reconnaissance de l’État palestinien.
Les signaux donnés par la communauté internationale montrent que nombre d’États et d’organisations attendent le bon moment pour reconnaître l’État palestinien, a déclaré hier Mahmoud Abbas. Le président de l’Autorité palestinienne, qui était à Paris pour rencontrer le président Nicolas Sarkozy et le Premier ministre François Fillon, veut demander en septembre à l’Assemblée générale de l’ONU de reconnaître un État palestinien en Cisjordanie et à Gaza, occupés par Israël depuis 1967. Il tire des contacts qu’il a eus avec les dirigeants du monde entier des conclusions relativement optimistes. « On ne peut pas dire que ces États ou ces organisations ont promis. Mais tous les signes de ces États ou organisations montrent qu’ils attendent le bon moment pour reconnaître l’État palestinien », a-t-il déclaré sur France 24. Il en veut pour preuve le fait que nombre de pays ont, ces derniers temps, élevé au rang d’ambassadeur leur représentant auprès de l’Autorité palestinienne. « Et nous aussi on attend le bon moment », a-t-il dit.
Selon l’Élysée, Nicolas Sarkozy a fait part à Mahmoud Abbas de son « soutien très clair aux efforts visant à la création d’un État palestinien » et de la volonté de Paris de travailler avec l’Autorité palestinienne à la préparation d’une conférence des donateurs que la France se dit prête à accueillir en juin. Le président français a également apporté son soutien aux initiatives de Mahmoud Abbas en vue d’une réconciliation interpalestinienne (entre le Fateh et le Hamas). Le dirigeant palestinien s’est notamment dit prêt à se rendre à Gaza, où règne le Hamas, et à former un gouvernement de technocrates.
Pas de troisième intifada armée
Même si les États-Unis ont opposé en septembre dernier leur veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU condamnant la poursuite de la colonisation israélienne dans les territoires occupés, Mahmoud Abbas se dit optimiste sur la suite. « Nous avons dépassé cela car nous pensons qu’on ne doit pas rompre le dialogue avec les États-Unis pour cette question seulement », a-t-il dit à France 24. Pour lui, le fait que le président Barack Obama se soit dit favorable à la solution des deux États constitue un « signe clair » : « Nous avons beaucoup d’indices, beaucoup de signes que les États-Unis veulent reconnaître l’État palestinien. »
La France fait partie des pays les plus allants sur ce point, soulignant que le « printemps arabe » et ses revendications démocratiques ne peuvent laisser la Palestine au bord du chemin. François Fillon a ainsi déclaré le 22 mars que 2011 « doit être aussi l’année de la création d’un État palestinien ».
Pour l’instant, 110 pays ont reconnu la Palestine en tant qu’État, soit plus de la moitié des membres des Nations unies. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international (FMI) ont salué la gestion économique de l’Autorité palestinienne sous la présidence de Mahmoud Abbas. Dans un rapport, le FMI écrit que l’Autorité palestinienne « est désormais capable de mener la politique économique solide qu’on attend d’un futur État palestinien viable ».
Israël, pour sa part, juge « irréaliste » cette initiative et insiste pour que soit signé auparavant un traité de paix prévoyant la création d’un État palestinien. Mahmoud Abbas a dit sur France 24 sa « préférence » pour que la reconnaissance de son État soit l’aboutissement de négociations avec Israël mais a insisté sur l’absence de tels pourparlers et condamné la poursuite de la colonisation israélienne dans les territoires occupés. Si l’État palestinien n’est pas reconnu par la communauté internationale en septembre, « toutes les options » seront alors sur la table, a-t-il ajouté. « Si vous me posez la question, franchement, je ne sais pas quelle sera cette étape. Ce sera peut-être une étape difficile, peut-être dangereuse, je ne sais pas », a-t-il dit.
Mais il ne souhaite pas une troisième intifada armée. « Je ne souhaite pas cela et je me suis engagé en tant que président de l’Autorité palestinienne à ne pas permettre une troisième insurrection armée », a-t-il déclaré. « Mais la résistance pacifique populaire est permise. »
Des diplomates ont indiqué hier que le président américain et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu lanceront dans les prochaines semaines de nouvelles initiatives pour ranimer le processus de paix. Un responsable américain de haut rang a indiqué que M. Obama allait se prononcer publiquement « dans deux semaines environ ». (Source : agences) http://www.lorientlejour.com/catego…