"Palestiniens" en exposition

Pierre Barbancey, dimanche 1er mars 2009

Mus­tapha Bou­tadjine pré­sente ses oeuvres, du 2 au 27 mars à Paris. Un hymne sans faille au combat contre l’oppression et l’obscurantisme.
Des toiles pour recoudre le drapeau des Palestiniens

« Palestiniens »

Le titre claque fort, comme un drapeau qui giflerait les oppres­seurs de tout bord, de tout acabit. C’est ça la griffe Bou­tadjine. L’artiste algérien, qui propose une nou­velle expo­sition poursuit inlas­sa­blement sa quête de justice dans une bogue de révolte, mettant son art au service d’une cause humaine et poli­tique. À ceux qui s’effraieraient, à ceux qui ne connaî­traient pas le travail de Mus­tapha Bou­tadjine, un mot pour les ras­surer : il fait exploser les concepts, il fait sourdre les idées au travers des por­traits dans une tech­nique unique. Il s’agit d’un assem­blage mul­tiple, englobant toutes les dimen­sions, même la qua­trième, celle de la pensée. La per­son­nalité choisie, le plas­ticien sculpte son por­trait dans le plan, à coup de larges bandes poly­chromes, déchi­rures de maga­zines lisses et glacés. C’est là qu’apparaît la pro­fondeur de l’oeuvre. Se croisent et s’entremêlent alors les images, la forme finale pouvant s’éclater comme un kaléi­do­scope, au gré des cou­leurs et des bri­sures de papier.

L’atomisation de l’oeuvre n’est évidemment qu’apparente.

Mus­tapha Bou­tadjine aime avant tout (par-​​dessus tout ?) faire par­tager sa passion humaine. C’est celle qui le guide. Voilà pourquoi sur ces cimaises, hommage à ce peuple pales­tinien qui vient d’être meurtri une fois de plus dans cette bande de Gaza, jusque-​​là prison à ciel ouvert, aujourd’hui cer­cueil de sable, il donne à voir ceux qui repré­sentent une résis­tance, qui ont approché les Pales­ti­niens, qui ont com­battu le pouvoir israélien, en Palestine, au Liban ou ailleurs, par l’image ou la poésie. Comme tou­jours, il donne à voir ceux qui com­battent l’oppression sous toutes ses formes, qui se battent contre ces obs­cu­ran­tistes reli­gieux qui sacri­fient l’intelligence humaine sur le billot de leur ignorance.

Il y a là Marcel Khalife et Adonis, Jean Genet et Jean-​​Luc Godard, Edward Saïd et Mahmoud Darwich, et d’autres encore. Sans oublier le Syrien Nizar Kabani, qui évoque si bel­lement les femmes, dénonce avec autant de flammes la lâcheté des régimes arabes, et dont la poésie convient si bien aux propos plas­tiques de Mus­tapha Boutadjine.

En regardant ces tableaux, je songe à ces Pales­ti­niens de Gaza, emmurés, brûlés, tués à petit feu.

Au lieu de braquer son regard sur la souf­france pal­pable, ce que d’aucuns aiment faire, laissant sombrer le droit d’un peuple dans la simple action huma­ni­taire, Bou­tadjine évoque tout à la fois l’histoire et ses combats, l’intelligence et la soli­darité. En quelques toiles, il recoud le drapeau des Pales­ti­niens, maintes fois déchiré et pourtant cla­quant tou­jours dans le vent, prêt à gifler les oppres­seurs de tout bord, de tout acabit.

Jean Genet graphisme-​​collage 130X95 cm

« Pales­ti­niens »

Expo­sition de Mus­tapha Bou­tadjine Du 2 au 27 mars 2009.

Ver­nissage : lundi 2 mars, à partir de 18 heures

Espace Galerie Europia europia​.org/​G​a​l​e​r​i​e​/​p​r​o​g​r​a​m.htm 15, avenue de Ségur, 75007 Paris. (europia​.org) Du lundi au ven­dredi, de 14 h à 19 h