Palestinien brûlé vif : la prison à vie requise contre 2 Israéliens

Libération avec AFP, jeudi 14 janvier 2016

Portrait de Mohammed Abou Khdeir, lors de ses funérailles à Jérusalem-Est, le 4 juillet 2014. Thomas Coex, AFP

L’accusation a requis mercredi devant un tribunal israélien de Jérusalem la prison à vie pour deux jeunes juifs accusés d’avoir participé au meurtre d’un adolescent palestinien brûlé vif en 2014.

L’assassinat de Mohammad Abou Khdeir, 16 ans, avait contribué à l’escalade des violences menant à la guerre de Gaza en juillet-août 2014.

Le verdict, particulièrement attendu dans un climat de tensions toujours vives entre Israéliens et Palestiniens, doit être rendu le 4 février.

Trois juifs israéliens sont jugés depuis des mois pour le crime. Le tribunal n’a entendu mercredi les réquisitions du procureur que pour deux des accusés, âgés de 16 ans et demi et donc mineurs au moment des faits.

Dans le cas de Yosef Haim Ben David, seul majeur au moment des faits et accusé d’être le principal instigateur du meurtre, la cour a décidé en décembre de se pencher sur son état mental. Le tribunal ne s’est pas encore prononcé sur sa responsabilité pénale. Une nouvelle audience est prévue à ce sujet le 2 février.

La cour avait jugé en décembre que les trois accusés avaient bien enlevé et tué Mohammad Abou Khdeir et que les deux mineurs étaient bien coupables, sans encore infliger de peine.

Après une tentative infructueuse la veille contre un enfant, le trio avait enlevé Mohammad Abou Khdeir aux premières heures du 2 juillet 2014 à Jérusalem-Est, partie palestinienne de Jérusalem occupée et annexée par Israël. L’adolescent avait été frappé, emmené en voiture dans un bois proche de Jérusalem et aspergé de carburant.

Ben David aurait ensuite mis le feu. L’autopsie a montré que Mohammad Abou Khdeir était encore en vie quand il a été brûlé.

« Qu’ils soient punis »

Le trio avait été arrêté quelques jours après. Ben David, aujourd’hui âgé de 31 ans, avait dit aux enquêteurs avoir voulu venger l’assassinat, trois semaines auparavant, de trois adolescents israéliens enlevés en Cisjordanie occupée.

Au cours d’une audience tendue, les deux accusés mineurs ont baissé la tête quand la mère de la victime a pris la parole, puis s’est adressée directement à eux.

« Mon fils Mohammed avait le même âge que vous. Pourquoi lui avez-vous fait ça », leur a-t-elle demandé à travers les larmes.

« Je sais que mon fils ne reviendra pas, mais je veux qu’ils (les accusés) soient punis, que cela soit une leçon pour d’autres et qu’aucune autre mère ne connaisse cela », a-t-elle dit.

Le père de Mohammad Abou Khdeir a demandé aux autorités israéliennes de démolir les maisons des accusés comme elles le font avec les auteurs palestiniens d’attentats anti-israéliens.

La famille et de nombreux Palestiniens doutent qu’Israël fera justice. La décision de dernière minute annoncée en décembre par les juges d’examiner au bout de plusieurs mois la question de la santé mentale du principal accusé les a confortés dans leurs soupçons.

L’assassinat de Mohammad Abou Khdeir avait provoqué de violentes manifestations. Au même moment se multipliaient les tirs de roquettes de la bande de Gaza sur Israël et les raids israéliens sur le territoire gouverné par le Hamas, le mouvement islamiste palestinien tenu par Israël pour responsable de la mort des trois adolescents israéliens trois semaines auparavant.

Peu après commençait la plus dévastatrice des trois guerres qu’a connues la bande de Gaza en six ans.