Palestine : une parole juive contre l’occupation…

Cercle Juif pour une Paix juste (CJPJ), dimanche 14 mars 2010

Après plus d’un demi-​​siècle de guerre, quelles sont actuel­lement les pers­pec­tives pour une paix juste et durable au Proche-​​Orient ?

Depuis les accords d’Oslo, de « plan de paix » en « pro­cessus de paix » - du Quartet à Anna­polis - toutes les ten­ta­tives de négo­cia­tions ont échoué. Israël a pour­suivi sans relâche la colo­ni­sation de la Cis­jor­danie et de Jérusalem-​​Est et le blocus de Gaza.

Pendant ce temps, le monde a changé. L’échec de la poli­tique amé­ri­caine depuis l’ère Bush junior, la crise mon­diale du système capi­ta­liste, l’évolution du rapport de force géo­po­li­tique (avec l’émergence de nou­velles puis­sances et de nou­velles alliances), les bour­biers irakien et afghan l’ont rendu plus dan­gereux encore. Le ter­ro­risme et l’intégrisme, loin d’être vaincus, ont prospéré sur le terreau de l’arrogance des grandes puis­sances et du mili­ta­risme occidental.

La lutte de résis­tance - constante, tenace - du peuple pales­tinien lui a coûté des mil­liers de vic­times, de pri­son­niers. Cependant, malgré des sacri­fices inouïs en Cis­jor­danie occupée et mor­celée et à Gaza assiégée et meurtrie, le peuple pales­tinien refuse de se laisser détruire. Toute femme, tout homme épris de justice ne peut qu’être à ses côtés.

Mais des crises gra­vis­simes sont sans nul doute encore à venir. Et nous le voyons : le conflit au Proche-​​Orient repré­sente un risque majeur d’embrasement de toute la région. D’où l’urgence à le résoudre.

La condition essen­tielle pour la paix est celle d’une justice pour le peuple pales­tinien basée sur des fondamentaux :

- respect du droit inter­na­tional, du droit huma­ni­taire, des déci­sions de l’Assemblée générale de l’ONU ;

- arrêt de l’occupation israélienne en Cisjordanie ;

- levée du blocus de Gaza ;

- démantèlement des colonies et du mur dit « de séparation » ;

- ins­tau­ration d’un Etat pales­tinien sur les lignes d’avant 1967, avec Jérusalem-​​est comme capitale, confor­mément au droit international ;

- juste solution négociée de la question des réfugiés pales­ti­niens, sur la base du principe du droit au retour ;

- fin de l’impunité des res­pon­sables poli­tiques et mili­taires israé­liens cou­pables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

Par son action d’information et de sen­si­bi­li­sation, le mou­vement mondial de soli­darité avec le peuple pales­tinien – dans lequel nous nous ins­crivons – a contribué à une prise de conscience sur la situation réelle au Proche Orient et popu­larisé la cause pales­ti­nienne notamment auprès de la jeu­nesse et des opprimés du monde entier. Le mas­sacre de Gaza par l’armée israé­lienne voici un an – médiatisé par les TV, dénoncé par les ONG et les ins­tances inter­na­tio­nales – a bou­le­versé le monde et pro­voqué une immense réprobation.

Un peu partout - aux Etats-​​Unis, en Europe - on observe des cra­que­ments. Même des milieux favo­rables à Israël prennent quelque dis­tance. L’opinion publique s’oriente en faveur du droit des Pales­ti­niens. Non seulement la cam­pagne de « Boycott, Dés­in­ves­tis­sement, Sanc­tions » (BDS) contre la colo­ni­sation israé­lienne des Ter­ri­toires pales­ti­niens se déve­loppe actuel­lement (suivant l’exemple du boycott contre l’Afrique du Sud pendant l’apartheid) mais elle rem­porte de pre­mières vic­toires, notamment en matière de dés­in­ves­tis­se­ments. Le rapport du juge Gold­stone – adopté par le Conseil des droits de l’Homme et l’Assemblée générale des Nations unies – reflète cette évolution de la com­mu­nauté internationale.

Cependant, les ten­sions qui per­durent et s’aggravent en Israël et dans les ter­ri­toires pales­ti­niens ont leurs pro­lon­ge­ments dans nos sociétés. Les fon­da­men­ta­lismes reli­gieux – tout comme le com­mu­nau­ta­risme - s’opposent à la paix en voulant celle-​​ci à leurs cou­leurs. L’instrumentalisation de la religion à des fins poli­tiques - ou du natio­na­lisme à des fins eth­no­cen­tristes – mènent et mèneront à la catastrophe.

Cependant, l’engagement pour la paix est lui aussi semé d’embûches :

- un certain nombre de mili­tants axent leur combat contre le sio­nisme, perçu comme la cause de tous les mal­heurs du Proche-​​Orient quand ce n’est pas du monde. Nous ne par­ta­geons pas cette approche de la question israélo-​​palestinienne car nous consi­dérons qu’elle débouche impli­ci­tement sur le refus de l’existence d’un Etat israélien aux côtés d’un Etat palestinien ;

- des cou­rants d’extrême-droite ou inté­gristes cherchent à dis­tiller une forme sour­noise d’antisémitisme sous couvert d’antisionisme. Autant la cri­tique du sio­nisme (comme de n’importe quelle autre idéo­logie) est légitime, autant la confusion soi­gneu­sement entre­tenue entre Israël et le judaïsme est inac­cep­table. Avec le camp du soutien au peuple pales­tinien, nous n’avons et n’aurons aucune com­plai­sance pour ces groupes ni pour ceux qui font preuve d’indulgence envers eux ;

- il existe également une ten­dance à rejeter le peuple israélien dans son ensemble, à confondre les diri­geants (qui mani­pulent en jouant sur les peurs) et le peuple qui est ainsi aveuglé. Nous ne confondons pas l’occupant et l’occupé, l’oppresseur et l’opprimé mais nous refusons toute vision mani­chéenne condamnant en bloc la société israé­lienne. Cela d’autant plus qu’il existe en Israël des mili­tants anti­co­lo­nia­listes qui luttent cou­ra­geu­sement pour les droits du peuple palestinien.

Nous – qui voulons porter une parole juive uni­ver­sa­liste – sommes sans exclusive aux côtés de ceux qui, en Israël et en Palestine, œuvrent pour une paix fondée sur l’égalité et le respect des peuples et pour qu’Israël soit, sans dis­cri­mi­nation, l’Etat de tous ses citoyens.

Nous nous retrouvons plei­nement dans le mou­vement inter­na­tional des peuples pour une paix juste, afin de faire pression sur les diri­geants mon­diaux et obtenir du gou­ver­nement israélien les chan­ge­ments de poli­tique qui s’imposent.

Dans ce mou­vement, nous accordons une place par­ti­cu­lière à l’opinion des Français juifs. La sou­mission du Conseil repré­sen­tatif des ins­ti­tu­tions juives de France (CRIF) à la pro­pa­gande de l’Etat israélien, son alliance avec des cou­rants de la droite nos­tal­gique du colo­nia­lisme, son posi­tion­nement com­mu­nau­ta­riste et sa pré­tention à parler au nom de tous les Français juifs nous paraissent por­teurs d’un grave danger d’isolement et de désespoir chez les Juifs. Si la résur­gence d’actes anti­sé­mites – qui prennent parfois pré­texte de la situation au Proche-​​Orient – s’inscrit dans la montée générale du racisme en France, elle est également amplifiée par la pro­pa­gande du CRIF et des groupes incon­di­tionnels d’Israël qui n’hésitent pas à taxer d’antisémitisme toute cri­tique de la poli­tique israélienne.

Des Juifs, depuis plus d’un siècle et notamment depuis la seconde Guerre mon­diale, ont mis tous leurs espoirs dans le sio­nisme. Ils ont long­temps refusé d’en faire le bilan cri­tique. L’enjeu actuel est de per­mettre d’aider l’opinion juive à dépasser son adhésion irré­fléchie à la poli­tique d’Israël et à jouer son rôle dans l’amorce d’une solution de paix juste et durable au Proche-​​Orient. C’est un travail ardu. Mais nous pensons qu’il est néces­saire que les Juifs entendent, de la part d’autres Juifs, un dis­cours qui les aide à sortir de cette impasse, de la même façon qu’aux Etats-​​Unis les lobbies pro-​​israéliens se voient actuel­lement contestés par des mou­ve­ments juifs pour la Paix condamnant la poli­tique d’Israël.

C’est dans cet esprit que nous pro­posons un espace de réflexion et de débats où – sur les bases que nous énonçons – des femmes et des hommes pourront se retrouver sans exclusive, dans une recherche d’avancée commune. Actuel­lement une tren­taine nous sommes un groupe en devenir. Sur la base du présent Appel, tous les apports seront bienvenus.

La Paix a besoin de nous tous !

Cercle Juif pour une Paix juste (CJPJ)

Premières signatures :

Doucha Bel­grave, Jour­na­liste ; Michel Bilis, Directeur d’hôpital ; Hervé Bismuth, Enseignant-​​chercheur ; Renée Blancheton-​​Sciller, retraitée de l’enseignement ; Bernard Ebstein, ; Patrick Feld­stein, Res­pon­sable Centre médico-​​social ; Georges Feterman, Pro­fesseur ; Serge Grossvak, Directeur de Centre social ; Christine Jedwab, Psy­cho­logue hos­pi­ta­lière ; Jacques Jedwab, Psy­cha­na­lyste ; Danielle Kahn, Bio­chi­miste ; Roger Kahn, Archi­tecte ; Jacques Lew­kowicz, Pro­fesseur des Uni­ver­sités ; Jean-​​François Marx, Cadre gestion retraité ; Jacques Schweizer, Phy­sicien ; Maya Vigier, Lectrice-​​Rédactrice ; Max Wein­stein, ancien résistant de l’Union de la jeu­nesse juive.