Palestine : la souffrance de l’exil

Ayesha Saldanha, mardi 3 août 2010

Les réfugiés pales­ti­niens sont l’une des plus impor­tantes popu­la­tions de réfugiés dans le monde. L’Agence d’aide des Nations Unies pour les réfugiés pales­ti­niens au Proche Orient (UNRWA) aide quelques 4.7 mil­lions de réfugiés recensés dans les ter­ri­toires pales­ti­niens occupés, la Jor­danie, le Liban et la Syrie. Plu­sieurs autres mil­lions de Pales­ti­niens sont réfugiés ou immigrés ailleurs dans le monde. Cependant, leur atta­chement au pays que eux, leurs parents, ou leurs grands-​​parents ont laissé der­rière eux reste fort. Deux blo­gueurs vivant à Gaza ont écrit sur la douleur de l’exil.

Cette semaine, le bateau d’aide huma­ni­taire affrété par la Libye, le Al-​​Amal (”espoir”) a tenté d’accoster dans la bande de Gaza (mais a été dérouté vers l’Égypte).

A Gaza, la blo­gueuse Kalam pensait à une per­sonne et aurait sou­haité qu’elle soit dans ce bateau :

ترتدي وشاح الصلاة وتحمل مسبحة بين يديها وتدعو الله عز وجل – أو ربما تفعل فقط كما ترى والديها يفعلان حينما تضيق بهما السبل- فتناجي الله أن يحقق أملها أو بالأحرى أمل جدتها في رؤيتها واحتضانها وتقبيلها. هي هلا التي لم تكمل سنتها الأولى في الحياة بعد، ولكنها تحمل بالوراثة كل مشاعر الفلسطيني المغترب، فهي ابنة للاجئ لم من يرى من أرضه شبرا واحدا طوال حياته، ولأم تعيش مشتتة الفؤاد بين الوطن والغربة بين الأهل والزوج بين الأم والبيت بين الأخوة والأبناء، فعقلها وجزء مهم من قلبها هناك وأهلها وبقية قلبها وذكرياتها هنا.

Elle porte un foulard de prière et elle tient un cha­pelet de prière entre ses mains, et elle demande à Dieu - ou peut-​​être qu’elle fait juste ce qu’elle a vu ses parents faire quand les choses deviennent dif­fi­ciles pour eux - elle demande à Dieu de réa­liser son souhait, ou plus exac­tement, le souhait de sa grand-​​mère de la voir, de la serrer contre elle, et de l’embrasser.

Voici Hala, qui n’a pas encore un an de vie, mais elle porte les sen­ti­ments hérités par chaque exilé pales­tinien. Elle est la fille d’un réfugié qui n’a jamais vu un cen­ti­mètre de son pays de toute sa vie, et d’une mère dont le cœur est partagé entre sa patrie et un pays étranger, entre sa famille et son mariage, entre sa mère et son foyer, entre ses frères et sœurs et ses enfants. Sa tête et un morceau important de son cœur sont là bas, sa famille et le reste de son cœur et de ses sou­venirs sont ici.

Hala

Kalam poursuit :

هلا ابنة أختى الصغيرة التي تعيش في ليبيا ولا تستطيع القدوم إلى غزة – التي أصبحت قبلة الجميع هذه الأيام- تسبح الله عز وجل وتدعوه أن يسمح لها بالقدوم إلى غزة، فهي لا تتمكن من القدوم بسبب صعوبة الحصول على إقامة لها في ليبيا، الأمر الذي لا يضمن لها العودة إلى هناك حيث والدها النازح – لا يمتلك رقم هوية – وبقية عائلتها، تبحث هلا عمن يقول لها “يا هلا بيكي في وطنك”، تبحث عن من يوصلها لحضن جدتها الحنون، التي تعشق أي صورة لها أو مقطع فيديو تظهر فيه. هلا تنتظر وكلها أمل، أمل أكبر من السفينة الليبية القادمة إلينا هنا، والتي كم تمنيت أن تكون معهم لأقبلها، حين يصلون سأرى في كل واحد منهم جزء من صورة هلا، وسأسألهم لماذا لم تأتوا بـ هلا معكم؟؟؟ !!!

Hala est ma petite-​​fille qui vit en Libye et ne peut pas venir à Gaza - qui est au centre de l’attention de tous en ce moment. Loué soit Dieu et demandez lui de lui per­mettre de venir à Gaza…Elle ne peut pas venir à cause de la dif­fi­culté d’obtenir un permis de rési­dence en Libye, ce qui signifie qu’elle ne peut pas être sûre de pouvoir repartir là ou son père, qui est une per­sonne déplacée - il n’a pas un numéro d’identité - et le reste de sa famille vivent. Hala cherche quelqu’un qui lui dise “bien­venue dans ton pays”, et cherche quelqu’un qui puisse la mettre à portée des bras affec­tueux de sa grand-​​mère, qui adore n’importe quelle photo d’elle ou n’importe quelle vidéo dans laquelle elle apparait. Hala attend, pleine d’espoir, un espoir plus grand que le bateau libyen qui vient chez nous, et j’aurais tant sou­haité qu’elle soit à bord pour pouvoir la serrer dans mes bas : quand ils arri­veront, je verrai dans chacun d’entre eux un morceau de l’image de Hala, et je leur deman­derai pourquoi ils n’ont pas amené Hala avec eux.

Également à Gaza, Kawther Abu Hani écoute sa mère qui se souvient :

نفسي اعرف شو صار لبيتنا الصغير اللي تركنا في الناصرة قبل سنين, كيف صار شكل الجبل؟ و يمكن تغيرت ريحة الزعتر؟.. قديش كبرن صحباتي و صرت عندهن مجرد حكاية لاولادهن.. يا الله حتى ما احضرت عرسهن, كان نفسي اعيش مراحل عمري معهن و أكتر شي كنت استنى اليوم اللي نوعى فيه ع الحب و ننسى اللعب تنحب حتى ننهم.. يا الله بس هم الحب مش زي هم الاحتلال. اسا انا اتزكرت.. دايما بتزكر..

“J’aimerai savoir ce qui est arrivé à notre petite maison que nous avons laissé à Nazareth il y a des années… A quoi res­semblent les col­lines main­tenant ? Et peut-​​être que le parfum du thym a changé…Quel âge ont atteint mes amis, je suis devenue une simple his­toire pour leurs enfants…Mon Dieu, je n’ai même pas assisté à leur mariage. Je voulais vivre toutes les étapes de ma vie avec eux, et surtout, j’attendais le jour où nous appren­drions l’amour et oublie­rions les jeux, où nous tom­be­rions amoureux jusqu’à la dépression. Mais les peines de l’amour ne sont pas comme les peines de l’occupation [israé­lienne]. Main­tenant, je me souviens …”

Elle est toujours en train de se souvenir.