Palestine : la paix menacée par les bulldozers

Mehdi Benchelah, jeudi 19 juin 2008

La colo­ni­sation israé­lienne de la partie annexée de Jéru­salem continue de plus belle sus­citant la colère des Pales­ti­niens et des asso­cia­tions paci­fistes israéliennes.

Tandis que les négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes, menées à Anna­polis sous l’égide de l’administration amé­ri­caine, semblent marquer le pas depuis des mois, le gou­ver­nement israélien vient d’annoncer le lan­cement de la construction de 40 000 nou­veaux loge­ments à Jéru­salem dont une partie dans les quar­tiers est de la Ville Sainte. Cette annonce, qui inter­vient alors que la secré­taire d’Etat amé­ri­caine Condo­leezza Rice vient de mani­fester publi­quement son irri­tation auprès de l’administration israé­lienne concernant la pour­suite de la colo­ni­sation dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens, montre que l’Etat hébreu entend pour­suivre une poli­tique qui sape les pers­pec­tives de création d’un l’Etat pales­tinien dans les Ter­ri­toires occupés en 1967.

Sur les col­lines crayeuses de la Ville Sainte les bull­dozers israé­liens sont déjà à l’œuvre. La colo­ni­sation israé­lienne de la partie annexée de Jéru­salem continue de plus belle sus­citant la colère des Pales­ti­niens et des asso­cia­tions paci­fistes israé­liennes. « La décision du gou­ver­nement israélien de lancer 40 000 nou­veaux loge­ments est un effet d’annonce qui vise à dis­si­muler des construc­tions dans le nouveau quartier de Har Homa qui se trouve dans la partie arabe de la ville avec d’autres projets de construction du coté ouest », explique Michel War­schawski le pré­sident du Centre d’information alter­native. L’objectif de la construction de cette colonie est de couper la conti­nuité de Jérusalem-​​Est avec la Cis­jor­danie, et en par­ti­culier avec Beth­lehem. Pour les Pales­ti­niens, qui espèrent tou­jours établir leur capitale dans la partie orientale de la ville, cette décision rend encore plus impro­bable la création d’un Etat pales­tinien et montre que le gou­ver­nement israélien n’entend pas négocier sur le sort de Jéru­salem dont le statut reste un des points de dis­corde majeur entre les deux camps.

Cette annonce inter­vient au len­demain d’une mani­fes­tation d’irritation inha­bi­tuelle de la part de la secré­taire d’Etat amé­ri­caine Condo­leezza Rice à l’égard de l’administration israé­lienne et de la pour­suite de la colo­ni­sation dans les Ter­ri­toires pales­ti­niens. La com­mission israé­lienne de pla­ni­fi­cation urbaine n’a pourtant pas hésité à annoncer le lan­cement de ces nou­velles construc­tions alors même que Mme Rice se trouve tou­jours en Israël. Pour autant, les pres­sions de Condo­leezza Rice n’ont pas satisfait les Pales­ti­niens. « Les cri­tiques de Mme Rice restent très timides et très théo­riques, déclare Mamhoud Ajrami, diplomate et membre du Conseil national pales­tinien. Si les Etats-​​Unis exer­çaient une pression véri­table sur Israël la situation serait très dif­fé­rente. Leur attitude montre qu’ils ne sont pas un arbitre équi­table et honnête entre nous et les Israé­liens. En réalité, ils sou­tiennent tota­lement Israël à nos dépends ».

Frustration et colère

Qua­lifié par cer­tains de dernier clou dans le cer­cueil de la confé­rence d’Annapolis, la décision du gou­ver­nement israélien de lancer ce pro­gramme de 40 000 loge­ments à Jéru­salem ne va pas ren­forcer le climat des négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes qui semblent au point mort depuis sept mois. « En réalité, cette annonce est un signe sup­plé­men­taire qu’Israël n’est pas prêt à prendre les déci­sions qui mènent à la paix, affirme ainsi Mahmoud Ajrami. La construction des colonies dans les Ter­ri­toires occupés et en par­ti­culier à Jéru­salem crée un fait accompli qui rend l’avènement d’un Etat pales­tinien impos­sible ». La frus­tration et la colère des Pales­ti­niens face à la pour­suite de la colo­ni­sation s’expriment de plus en plus ouver­tement. Selon Mahmoud Ajrami, la majorité de la popu­lation sou­haite désormais que le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas, dénonce publi­quement la non-​​coopération du gou­ver­nement israélien et arrête les négo­cia­tions d’Annapolis.

Pour de nom­breux obser­va­teurs, la pour­suite de la colo­ni­sation, en par­ti­culier à Jérusalem-​​Est, éloigne la pers­pective de l’établissement d’un Etat pales­tinien sur les ter­ri­toires occupés en 1967. Les colonies, les mul­tiples points de contrôle mili­taire et les routes d’accès réservés aux seuls Israé­liens mor­cellent désormais tota­lement la Cis­jor­danie en petits cantons séparés les uns des autres. Par ailleurs, on imagine dif­fi­ci­lement un gou­ver­nement israélien capable d’évacuer les 450 000 colons qui habitent actuel­lement les Ter­ri­toires pales­ti­niens, soit prêt de 10% de la popu­lation juive israélienne.

Michel War­schawski juge pourtant encore pos­sible l’établissement d’un Etat pales­tinien dans un avenir proche. « Je ne crois pas à l’irréversibilité des faits maté­riels. L’histoire nous a appris que rien ne dure. L’Algérie fran­çaise a disparu, l’empire sovié­tique aussi. La colo­ni­sation israé­lienne sera aussi réver­sible. Ce n’est pas l’existence de quelques cen­taines de mil­liers de colons qui empê­cheront un règlement, s’il y a une volonté poli­tique ». En cas d’échec défi­nitif des négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes, on s’acheminerait vers la solution, pour l’instant lar­gement impro­bable, d’un Etat bina­tional. « Le facteur temps chan­gerait alors du tout au tout. On pas­serait dans une autre dimension tem­po­relle, dans un pro­cessus qui s’étalerait sur plu­sieurs géné­ra­tions. Mais un Etat pales­tinien est encore pos­sible. C’est une question de rapport de forces et de pres­sions inter­na­tio­nales. La solution est dans le tiroir. Elle cor­respond en gros aux accords de Taba. Dans un premier temps, il faut des pres­sions fortes pour mettre fin à la colo­ni­sation et pour cela il faut une volonté poli­tique de la com­mu­nauté internationale ».