Palestine : Tension à El Khalil

Moumene Belghoul, dimanche 26 octobre 2008

La tension entre les deux mou­ve­ments pales­ti­niens Fatah et Hamas, un temps apaisée, risque d’être de nouveau ravivée. Quelque 550 poli­ciers pales­ti­niens armés ont été déployés en renfort hier dans la ville d’El Khalil « Hebron » en Cisjordanie.

Dans le but de ren­forcer l’Autorité pales­ti­nienne face au Hamas, selon les Israé­liens. Et empêcher une récidive du scé­nario de Ghaza qui a vu les éléments du mou­vement Hamas mettre en déroute le Fatah, selon les milieux proches du pré­sident Abbas. Le mou­vement Hamas se consi­dérant visé par la démarche poli­cière a vivement condamné ce déploiement, affirmant qu’il était destiné à « étrangler » le mou­vement en Cis­jor­danie et évidemment « aider » l’Etat colo­ni­sateur dans sa répression du peuple palestinien.

« Cinq cent cin­quante poli­ciers armés sup­plé­men­taires se sont déployés en coor­di­nation avec l’armée israé­lienne en vue de ren­forcer l’Autorité pales­ti­nienne dans sa lutte contre le Hamas », a déclaré à l’AFP un res­pon­sable des ser­vices de sécurité israélien.

Le ton n’est pas, à l’évidence, anodin. Les Israé­liens ver­raient d’un bon œil une recru­des­cence de la tension entre les deux mou­ve­ments pales­ti­niens. Un clash per­manent entre les deux « frères ennemis » ren­verrait de la sorte aux calendes grecques l’idée d’un Etat pales­tinien viable.

Du côté du Fatah, on a tenu à ras­surer. « Le déploiement de cette force fait partie d’un plan de l’Autorité pales­ti­nienne pour apporter la sécurité à ses citoyens comme c’est le cas dans tous les autres pays du monde », a nuancé le Premier ministre pales­tinien Salam Fayyadh. « J’espère que ce plan sera cou­ronné de succès comme ce fut le cas à Jénine, à Naplouse et dans d’autres villes de Cis­jor­danie », a-​​t-​​il pour­suivi, assurant que l’action ne visait « personne ».

Les poli­ciers pales­ti­niens ont été déployés aux côtés de leurs 2 400 col­lègues armés déjà pré­sents dans la ville, à l’exception de la partie où sont ins­tallés des cen­taines de colons juifs. Ceux-​​là vont continuer à être pro­tégés par des soldats israéliens.

Pour Fawzi Barhoum, un porte-​​parole du Hamas à Ghaza, il ne fait guère de doute que « cette force de sécurité a pour mission d’étrangler le Hamas, de faire la chasse aux armes de la résis­tance et non pas à imposer la loi ou à pro­téger les citoyens et la nation ». Et surtout ce déploiement « aide l’ennemi sio­niste » dans sa lutte contre le Hamas.

En effet, lors d’une réunion le 22 octobre, des res­pon­sables de l’administration mili­taire israé­lienne en Cis­jor­danie et ceux des ser­vices de sécurité pales­ti­niens avaient coor­donné le déploiement de ces ren­forts. De quoi raviver le sen­timent de sus­picion à l’égard d’une action mené sous contrôle israélien.

La ville d’El Khalil, haut lieu de résis­tance pales­ti­nienne depuis son occu­pation en 1967, a été le théâtre, ces der­niers mois, d’une vive tension entre l’Autorité et le mou­vement Hamas. La police pales­ti­nienne y a procédé à l’arrestation de dizaines de membres et sym­pa­thi­sants du mou­vement de Hanyieh. Les Israé­liens craignent que le Hamas tente de prendre le pouvoir en Cis­jor­danie comme à Ghaza. Mais ils encou­ra­ge­raient volon­tiers un pour­ris­sement de la situation entre les Pales­ti­niens.  [1]