Palestine ; Perdu d’avance

Abir Taleb, mercredi 30 juin 2010

L’émissaire amé­ricain, Georges Mit­chell, s’apprête à retourner dans la région la semaine pro­chaine au moment où la polé­mique sur les colonies juives reprend de plus belle.

Depuis la reprise des négo­cia­tions indi­rectes entre Pales­ti­niens et Israé­liens, rien n’a filtré du contenu de ces pour­parlers et l’on ignore si des progrès ont été réa­lisés. Peut-​​être faudra-​​t-​​il attendre la pro­chaine ren­contre entre le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbass et l’envoyé spécial amé­ricain George Mit­chell le 1er juillet à Ramallah, pour savoir si des progrès tan­gibles seront annoncés. C’est un haut res­pon­sable pales­tinien ayant requis l’anonymat qui a annoncé que cette ren­contre aura lieu, alors que Washington a fait savoir que son envoyé spécial sera de retour dans la région la semaine pro­chaine. Aupa­ravant, le pré­sident Abbass avait affirmé qu’il était prêt à engager des négo­cia­tions directes avec Israël en cas de progrès dans les dis­cus­sions indi­rectes menées par l’intermédiaire de George Mit­chell. « Notre condition de base (pour la reprise des négo­cia­tions directes) est l’arrêt total de la colo­ni­sation israé­lienne, c’est pourquoi nous menons des négo­cia­tions indi­rectes », a dit le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne aux jour­na­listes à Ramallah. « Mais nous avons dit que s’il y avait des progrès durant la période de quatre mois, fixée par la Ligue arabe pour ces négo­cia­tions (indi­rectes), au cours des­quelles nous dis­cu­terons des fron­tières et de la sécurité, alors rien ne nous empê­chera d’entamer des négo­cia­tions directes », a-​​t-​​il ajouté. M. Abbass a fait ces décla­ra­tions à l’approche d’une autre ren­contre cru­ciale : celle qui doit avoir lieu le 6 juillet à Washington entre le pré­sident amé­ricain Barack Obama et le premier ministre israélien, Benyamin Neta­nyahu [1].

Or, le climat sur place n’augure de rien de positif. A l’approche de ces ren­contres, le parti de Benyamin Neta­nyahu, le Likoud (droite), a approuvé la pour­suite de la colo­ni­sation en Cis­jor­danie occupée au terme du gel décrété jusqu’au 26 sep­tembre pro­chain. Cette réso­lution réaf­firme la poli­tique du Likoud en matière de colonies, sans men­tionner expli­ci­tement l’échéance de sep­tembre. « Le comité central du Likoud est favo­rable à la pour­suite de la construction partout en Eretz Israël (le Grand Israël), notamment dans le Néguev et en Galilée, dans le Grand Jéru­salem et en Judée-​​Samarie », dit le com­mu­niqué. « Le comité central appelle les repré­sen­tants de toutes ses ins­ti­tu­tions et tous ses élus à agir confor­mément à l’esprit de cette motion et à faire pro­gresser le déve­lop­pement de la colo­ni­sation en Judée-​​Samarie (Cis­jor­danie) », a encore indiqué ce texte. M. Neta­nyahu n’était pas présent lors du vote à mains levées, non plus que la plupart de ses ministres afin, selon les médias israé­liens, de ne pas se mettre à dos l’administration amé­ri­caine avant sa ren­contre avec M. Obama. M. Neta­nyahu avait décrété en novembre un gel de la colo­ni­sation de 10 mois, sous la pression des Etats-​​Unis en vue de faci­liter une reprise des négo­cia­tions avec l’Autorité pales­ti­nienne de Mahmoud Abbass blo­quées depuis l’opération israé­lienne dans la bande de Gaza de l’hiver 2008-​​2009. Le premier ministre avait tou­tefois tenu à sou­ligner que ce gel, qui ne concernait pas Jérusalem-​​Est annexée, était « pro­vi­soire » et que les acti­vités de colo­ni­sation repren­draient dès son expiration.

Par ailleurs, sur le terrain, la tension est extrême. Des heurts ont opposé dimanche soir la police israé­lienne à environ 200 mani­fes­tants pales­ti­niens dans un quartier à majorité arabe de Jérusalem-​​Est où est prévu un projet archéo­lo­gique contro­versé, a déclaré un porte-​​parole de la police. Les affron­te­ments se sont pro­duits à Silwan, où la mairie de Jéru­salem a donné son feu vert à un projet archéo­lo­gique contro­versé pré­voyant la des­truction de 22 habi­ta­tions palestiniennes.

Une commission pour la forme

Il ne faut donc pas s’attendre à des miracles dans un tel climat. Un climat également extrê­mement tendu depuis l’attaque israé­lienne contre la flot­tille de la paix le 31 mai dernier et les mul­tiples appels à la levée du blocus contre Gaza qui s’ensuivirent. Certes, la com­mission publique mise en place par Israël pour exa­miner les aspects juri­diques de l’interception san­glante de cette flot­tille huma­ni­taire s’est réunie lundi pour la pre­mière fois au complet à Jéru­salem dans une séance qui sera consacrée au calen­drier et aux affaires de pro­cédure. Or, là aussi, on ne s’attend pas à grand-​​chose de cette com­mission com­posée de cinq membres, dont deux obser­va­teurs étrangers qui n’ont pas le droit de vote. Le mandat de cette com­mission, dont Israël a accepté la création sous pression des Etats-​​Unis, est en effet limité. En effet, son pré­sident peut décider d’exclure les obser­va­teurs étrangers de la com­mu­ni­cation de cer­tains docu­ments ou infor­ma­tions s’il « estime que leur divul­gation nuirait très pro­ba­blement à la sécurité nationale ou aux rela­tions diplo­ma­tiques » d’Israël.

La com­mission devra déter­miner la validité, au regard du droit inter­na­tional, du blocus maritime imposé par Israël à la bande de Gaza et du raid contre la flot­tille d’aide pro-​​palestinienne dans les eaux inter­na­tio­nales, ainsi que les actes des par­ti­ci­pants et des orga­ni­sa­teurs de l’expédition maritime. Elle va inter­roger le premier ministre, Benyamin Neta­nyahu, le ministre de la Défense, Ehud Barak, ainsi que les cinq autres membres du « Forum des sept ministres », regroupant les prin­cipaux membres du gou­ver­nement, qui a donné son feu vert à l’abordage. Des pro­cé­dures de façades qui n’aboutiront pro­ba­blement à aucune mesure juste.

[1] Voir Gilles paris dans le Monde :

Tectonique

Dans une semaine, le premier ministre israélien Benyamin Néta­nyahou sera sur le point d’être reçu à la Maison Blanche par le pré­sident Barack Obama. Dans quel contexte ?

Pas le meilleur si on en croit l’ambassadeur israélien aux Etats-​​​​Unis, Michael Oren. Cet his­torien de for­mation, capable donc de mettre le tumulte de l’actualité en pers­pective, a écarté selon la presse israé­lienne, au cours d’une réunion confi­den­tielle, toute idée de crise, mais uni­quement parce que dans une crise, il y aurait des bas mais aussi des hauts. M. Oren, qui a démenti les propos qui lui ont été prêtés , aurait préféré une notion de géo-​​​​physique plus dra­ma­tique, la tec­to­nique des plaques, les deux pays s’éloignant l’un de l’autre inexo­ra­blement… Il aurait également décrit le pré­sident amé­ricain comme un cal­cu­lateur froid sur lequel il serait par­ti­cu­liè­rement dif­ficile d’avoir prise [voir aussi l’Orient le Jour .

En dépit de cette esti­mation et du statu quo dans lequel végètent les “dis­cus­sions de proximité” israélo-​​​​palestiniennes, la ren­contre de mardi, on en prend les paris, pourrait se passer du mieux pos­sible et même donner lieu à de belles pho­to­gra­phies. Les élec­tions de mi-​​​​mandat se précisent (J Street, lobby pro-​​​​paix pro-​​​​israélien se mobilise pour les can­didats qui se recon­naissent dans ses prises de position ) , le temps n’est pas à l’affrontement entre M. Néta­nyahou et M. Obama.

publié sur le blog du Monde "Guerre ou Paix" sous le titre "Tectonique"

http://​israel​pa​lestine​.blog​.lemonde​.fr/

Voir aussi Les médias israé­liens évoquent une « faille tec­to­nique » dans les rela­tions avec Washington ou http://​www​.france​-palestine​.org/art…