Palestine : Les Bédouins de Cis­jor­danie dans une situation pire que celle des Gazaouis

Irin, lundi 2 août 2010

Des pans entiers de la vallée du Jourdain [sont] devenus des zones mili­taires fermées reven­di­quées par l’armée israé­lienne. Ils signalent une forme de pression sup­plé­men­taire sur les com­mu­nautés bédouines de la région.

La route qui mène au village d’al-Hadidiya dans le dis­trict de Tubas, dans le nord-​​est de la Cis­jor­danie, est par­semée de rochers où sont gravés des aver­tis­se­ments en hébreu, en arabe et en anglais : « Danger – Zone de tir ».

Les rochers sont arrivés il y a six mois et ont été placés à l’entrée des vil­lages pales­ti­niens, indi­quant que des pans entiers de la vallée du Jourdain étaient devenus des zones mili­taires fermées reven­di­quées par l’armée israé­lienne. Ils signalent une forme de pression sup­plé­men­taire sur les com­mu­nautés bédouines de la région.

Abdul Rahim Bsharat, un berger de 59 ans, et sa famille habitent et cultivent la terre à al-​​Hadidiya depuis les années 1960. A cette époque, a-​​t-​​il dit, il y avait entre 400 et 500 familles ici. Aujourd’hui il en reste 17, qui n’ont accès ni à l’eau ni à l’électricité. Chaque bâtiment dans le village affiche un ordre de démo­lition israélien.

Le 21 juin, les soldats israé­liens ont prévenu M. Bsharat que sa maison et les abris pour ses animaux pou­vaient être détruits à tout moment. La der­nière fois que la maison de M. Bsharat a été démolie en 2002, sa citerne d’eau lui avait aussi été confisquée. « S’ils détruisent à nouveau ma pro­priété, je reviendrai et je recons­truirai. Ici, c’est ma terre, » a-​​t-​​il dit à IRIN.

La maison de M. Bsharat est une sorte d’auvent fait de sacs cousus ensemble et posés sur des poteaux au-​​dessus du sol nu. Elle est facile à recons­truire. Ce sont les autres pro­blèmes qui sont plus dif­fi­ciles à résoudre.

Al-​​Hadidiya se trouve dans une partie de la Cis­jor­danie entiè­rement contrôlée par les Israé­liens, connue sous le nom de Zone C. On estime que 40 000 Pales­ti­niens y habitent. Dépen­dants d’un système de permis israélien très strict, ceux-​​ci n’ont pas le droit de construire ni de réparer les maisons, les écoles, les hôpitaux ou les réseaux d’assainissement, a dit le Bureau des Nations Unies pour la coor­di­nation des affaires huma­ni­taires (OCHA). Dans une région où presque toutes les familles sont éleveurs, les res­tric­tions imposées aux Pales­ti­niens par Israël pour accéder aux terres agri­coles et les déve­lopper signi­fient que des mil­liers de per­sonnes souffrent de la faim, selon les agences humanitaires.

Une étude publiée récemment par Save the Children UK et inti­tulée Life on the Edge, révèle que de nom­breuses parties de la zone C sont plongées dans une crise huma­ni­taire plus sévère encore que celle de Gaza.

Les com­munes israéliennes [1]

Al-​​Hadidiya est entouré de trois com­munes israé­liennes en pleine expansion, Ro’i, Beka’ot et Hemdat. Les terres du village touchent direc­tement celles de Ro’i et la com­mu­nauté ramasse dans des boîtes rouillées le trop-​​plein des pompes à eau qui irriguent les champs des colons.

Malgré une requête de longue date de M. Bsharat, les auto­rités israé­liennes n’ont pas donné à al-​​Hadidiya la per­mission de se connecter à la cana­li­sation d’eau prin­cipale. Le village n’a pas de centre médical et n’a pas le permis néces­saire pour en construire un. L’hôpital le plus proche est à plu­sieurs heures de route, à Jéricho.

A cause des bar­rages et des postes de contrôle israé­liens, arriver jusqu’à un médecin peut prendre des heures. En 2002, le fils de M. Bsharat, qui avait alors deux ans et demi, a été hos­pi­talisé pendant 16 jours quand un rhume banal s’est trans­formé en pneumonie.

La même année, son fils de huit ans fut gra­vement blessé en tombant d’un tracteur. Il a fallu six heures avant qu’une voiture puisse par­venir à al-​​Hadadiya pour l’emmener à l’hôpital. L’enfant est mort d’avoir perdu trop de sang.

Dans le passé, Israël a été la cible d’attentats-suicides mortels venant de Cis­jor­danie. Pour Israël, les règles sévères imposées aux mou­ve­ments des Pales­ti­niens par les postes de contrôle et les bar­rages sur les routes sont néces­saires à sa sécurité [2].

Selon l’armée israé­lienne, les maisons d’al Hadidiya et celles d’une grande partie de la vallée du Jourdain doivent être démolies parce qu’elles ont été construites illé­ga­lement, sans permis de construire israélien, ou parce qu’elles sont situées dans des « zones mili­taires fermées ». Environ 18 pour cent de la Cis­jor­danie sont aujourd’hui une zone mili­taire fermée.

Retards de croissance

L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés pales­ti­niens (UNRWA) a découvert que, dans les com­mu­nautés bédouines comme celles d’al-Hadidiya, les taux de retard de crois­sance sont au moins deux fois plus élevés qu’à Gaza. Près de la moitié des enfants souffrent de diarrhée, l’une des prin­ci­pales causes de décès des enfants de moins de cinq ans dans le monde ; trois-​​quarts des familles ne dis­posent pas d’une ali­men­tation suf­fi­samment nutritive.

Save the Children tra­vaille avec une ONG locale, l’Union of Agri­cul­tural Work Com­mittees (UAWC, une ONG de soutien aux acti­vités pay­sannes) pour aider les familles d’al-Hadidiya à réparer les bâti­ments et les terres endom­magées, dans la mesure du pos­sible. Mais la sévérité des res­tric­tions concernant la construction et le droit d’accès signi­fient que l’Autorité pales­ti­nienne et les agences huma­ni­taires sont limitées dans l’assistance qu’elles peuvent offrir aux familles partout dans la zone C.

« Dans les der­nières semaines, la com­mu­nauté inter­na­tionale s’est à juste titre concentrée sur les souf­frances des familles de Gaza, mais la détresse des enfants de la Zone C ne doit pas être oubliée. Le niveau de mal­nu­trition et de pau­vreté dont sont vic­times beaucoup de familles, en par­ti­culier dans les com­mu­nautés de Bédouins et de bergers, est net­tement plus élevé, » a dit Salam Kanaan, coor­di­nateur de Save the Children UK.

« Il est main­tenant urgent de prendre des mesures pour s’assurer que les enfants d’ici aient un foyer sûr et de vraies salles de classe, suf­fi­samment de nour­riture à manger et d’eau potable à boire ».

[1] il s’agit, ni plus ni moins, de colonies de peu­plement sur le ter­ri­toire pales­tinien occupé dont les occu­pants tentent de jus­tifier l’existence en les pré­sentant comme des "com­munes" ordi­naires d’une ville ordi­naire. Terme mal­en­con­treu­sement repris ici par Irin

[2] il y a main­tenant plu­sieurs années -depuis 2006-​​ que les groupes de la résis­tance pales­ti­nienne qui uti­li­saient cette forme d’action ont décidé d’y mettre un terme