Palestine ; Double discours et souffrance

Hassan Abou-​​Taleb, mercredi 3 décembre 2008

Les nou­velles sur la Palestine et ses habi­tants sus­citent plus de pro­blé­ma­tiques et d’interrogations qu’elles ne pré­sentent de solu­tions à un vécu dou­loureux et à une division aiguë qui paraît parfois comme un inévi­table destin.

A chaque fois qu’une partie fait une pro­po­sition pour sortir de la spirale de la division et de l’embargo, un obs­tacle juri­dique et pra­tique rend impos­sible sa concré­ti­sation sur le terrain. Cependant, la plupart du temps, les jus­ti­fi­ca­tions semblent fra­giles et sont une simple cou­verture pour la consé­cration du statu quo avec toute la souf­france qui en découle et la perte des droits.

Cer­tains obser­va­teurs attentifs sur les événe­ments en Palestine occupée et divisée sur elle-​​même sont pris dans un tour­billon de désarroi, faute de com­pré­hension. Même si les indices actuels affirment que la pour­suite du statu quo actuel n’entraîne aucune issue à qui que ce soit et ne repré­sente aucune vic­toire à aucune partie. Tout le monde est perdant et tout le monde est res­pon­sable. Les diri­geants actuels ne font que com­pliquer la situation non seulement pour les géné­ra­tions actuelles, mais également pour les pro­chaines géné­ra­tions. Et ceci s’applique aux tenants du dis­cours révo­lu­tion­naire radical et au dis­cours de l’aile modérée. A cause de cet écart énorme séparant les deux dis­cours, la cause pales­ti­nienne per­durera. Mal­heu­reu­sement, les Pales­ti­niens ne sai­sissent pas les occa­sions que leur pré­sentent des parties hon­nêtes comme l’Egypte qui s’entête à assurer son rôle de récon­ci­liateur entre les frères pales­ti­niens ennemis malgré les cir­cons­tances qui s’érigent en obs­tacle devant elle.

Le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbass (Abou-​​Mazen) a déclaré récemment que la solution réside entre deux choix. Le premier, qui constitue l’essence du papier de la récon­ci­liation arabe, c’est d’engager un dia­logue pales­tinien qui se soldera par une entente et en vertu duquel sera définie la for­mation du gou­ver­nement. Le deuxième choix c’est l’appel à la tenue d’élections pré­ma­turées pré­si­den­tielles et légis­la­tives au début de l’année pro­chaine. La pro­po­sition d’Abou-Mazen semble être une der­nière ten­tative pour éviter que la cause et l’Autorité pales­ti­niennes ne se trouvent entraînées dans les méandres de la confusion et du déman­tè­lement ins­ti­tu­tionnel après le 9 janvier pro­chain, qui est l’échéance du mandat d’Abou-Mazen. Après cette date, les Pales­ti­niens igno­reront la manière adé­quate de choisir le pro­chain chef de l’Autorité qui sera leur porte-​​parole et le défenseur de leur cause.

La sur­en­chère et la ter­gi­ver­sation sont l’essence de la poli­tique. C’est une règle que tout le monde connaît bien, même le Hamas qui regarde les choses d’un œil tout à fait dif­férent. Sans hési­tation ni médi­tation, le mou­vement a rapi­dement refusé l’offre d’Abou-Mazen et a sus­pecté son inté­grité poli­tique. Il y a vu une simple manœuvre pour la pro­ro­gation du mandat de Mahmoud Abbass. Il affirme que juri­di­quement parlant, la pro­po­sition est rejetée parce que la loi fon­da­mentale de l’Autorité pales­ti­nienne détermine 4 ans pour chaque mandat présidentiel.

La position de l’Autorité est carac­té­risée par la fai­blesse et la fra­gilité parfois et par la sou­mission à des calculs fac­tionnels comme cela s’est produit deux jours avant la réunion de la récon­ci­liation pales­ti­nienne à laquelle a appelé l’Egypte. Et ceci lorsqu’il a été décidé l’assassinat d’un certain nombre de membres du Hamas en Cis­jor­danie, ce qui a empoi­sonné le climat du dia­logue. Vu l’incapacité de par­venir à un terrain d’entente au cours de négo­cia­tions ayant duré plus d’un an et demi, ou à annuler un point de passage israélien, ou bien à empêcher des ingé­rences israé­liennes dans les villes pales­ti­niennes, ou encore à libérer un quel­conque pri­sonnier pales­tinien, la position du Hamas est devenue aussi fragile que les dis­cours révo­lu­tion­naires. Pro­ba­blement ce qui carac­térise le plus ce dis­cours est le fait qu’il soit un amalgame entre la loi et la réalité vécue et le dis­cours reli­gieux et le maintien de l’autorité en Cis­jor­danie. Il existe, entre tout ce lexique comme on le constate, une contra­diction du point de vue concept, sens et com­por­tement. Ceci vient refléter la sur­réalité de la scène palestinienne.

A Damas, en marge du col­loque des sommets arabes et l’avenir de la soli­darité arabe qui s’est tenu à la fin du mois de sep­tembre dernier, j’ai eu l’occasion de ren­contrer Khaled Méchaal, pré­sident du bureau poli­tique du Hamas à Damas, en pré­sence de trois autres diri­geants dont Abou-​​Moussa Marzouk, membre du bureau poli­tique du mouvement.

De nom­breuses inter­ro­ga­tions ont été sus­citées autour de la position du Hamas sur le dia­logue et la récon­ci­liation totale, sur les sus­pi­cions qui planent autour de la légi­timité du mandat pré­si­dentiel d’Abou-Mazen après le 9 janvier pro­chain. En réalité, les réponses de Khaled Méchaal lais­saient entendre que le Hamas n’était pas prêt au principe même de la récon­ci­liation globale, mais qu’il voulait imposer ses propres condi­tions. Les décla­ra­tions de Méchaal à ce moment-​​là ont jus­tifié la position ulté­rieure du Hamas qui s’est abstenu des ses­sions du dia­logue pales­tinien tenues le 9 novembre dernier et qui ont valu à l’Egypte des pré­pa­ratifs de 6 mois. L’homme avait affiché sa dis­po­sition à la récon­ci­liation et avait dit que chaque mesure entre­prise par Abou-​​Mazen trou­verait un écho auprès du Hamas. Mais il avait néan­moins estimé que la question de la par­ti­ci­pation des fac­tions n’était pas une mission facile et que la ren­contre devait être bila­térale entre le Hamas et le Fatah. Et qu’une fois ils s’entretiendront bila­té­ra­lement, ils pourront obtenir l’approbation des autres fac­tions le plus faci­lement possible.

Méchaal a également signalé qu’il n’est pas pos­sible que la situation à Gaza revienne à ce qu’elle était avant juin 2007, parce que de nou­velles données sont entrées en jeu. Mais le fait de sus­pecter la légi­timité du pré­sident Mahmoud Abbass peut faire l’objet de dis­cussion avec le Hamas. A mon avis, ceci per­met­trait de négocier plu­sieurs autres ques­tions avec le pré­sident de l’Autorité palestinienne.

Ces constantes ont été évoquées par les diri­geants du Hamas et sont en contra­diction dans leur essence avec les ten­ta­tives égyp­tiennes visant à ras­sembler toutes les fac­tions pales­ti­niennes qui seront dis­posées à pré­senter des conces­sions. Cependant, il semble que les deux fac­tions essen­tielles ne sont pas prêtes à le faire.

Ce dis­cours enthou­siaste refusant pra­ti­quement de s’engager dans une récon­ci­liation globale est celui-​​là même qui aspire au mar­chandage avec la partie israé­lienne pour pré­server l’accalmie qui est sur le point d’être sabordée. Pour que cela ait lieu, il faut que les fac­tions cessent de tirer des mis­siles à partir de Gaza à des­ti­nation des colonies israé­liennes et qu’Israël en contre­partie rouvre les points de passage fermés voilà plus de 19 jours. Surtout que les Pales­ti­niens encerclés à Gaza sont en proie à une famine insup­por­table qu’il faudra à tout prix alléger. La question actuel­lement est la sui­vante : pourquoi ne pas penser à une solution qui irait au-​​delà de l’allégement de leur souf­france ? En d’autres termes, pourquoi ces diri­geants n’assument-ils pas leur res­pon­sa­bilité de sortir de l’impasse poli­tique, huma­ni­taire et stra­té­gique dans laquelle ils se sont embrasés ?