Palestine. Apporter un nouveau souffle

Rania Adel, jeudi 6 novembre 2008

Les fac­tions pales­ti­niennes doivent prouver leur déter­mi­nation à mettre un terme à leurs que­relles intes­tines et à envi­sager plus serei­nement l’avenir de leurs ter­ri­toires. Mission difficile.

Ballet diplo­ma­tique. C’est ainsi que peuvent être qua­li­fiées les pro­chaines ren­contres qui auront lieu au Caire, ce mois de novembre, et qui sont censées redonner la vie aux négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes d’une part et au dia­logue inter-​​palestinien d’autre part. Dans l’objectif de pro­mouvoir le pro­cessus de paix, qua­siment oublié en raison des élec­tions aux Etats-​​Unis et en Israël, des repré­sen­tants du Quar­tette pour le Proche-​​Orient vont se retrouver en Egypte pour se pencher sur les progrès enre­gistrés dans le cadre des dis­cus­sions de paix israélo-​​palestiniennes, a rap­porté un haut res­pon­sable pales­tinien. Il a précisé sous couvert d’anonymat que les repré­sen­tants étaient attendus en Egypte le 8 novembre. Le Quar­tette est composé des Etats-​​Unis, de l’Union euro­péenne, de la Russie et des Nations-​​Unies.

La réunion se tiendra au « plus haut niveau » en pré­sence notamment de la secré­taire d’Etat amé­ri­caine Condo­leezza Rice, a-​​t-​​il expliqué. Les par­ti­ci­pants seront informés de l’état des dis­cus­sions de paix par des négo­cia­teurs israé­liens et palestiniens.

Condo­leezza Rice a demandé à l’Egypte d’accueillir la réunion avant la fin du mandat pré­si­dentiel de George W. Bush en janvier. Le chef de la Maison Blanche avait accueilli une confé­rence sur la paix à Anna­polis, dans le Maryland, il y a un an, exprimant le souhait qu’un accord de paix israélo-​​palestinien soit conclu avant fin 2008. Cette pers­pective semble cependant très improbable.

Bien avant la veille de la ren­contre du Quar­tette, la secré­taire d’Etat amé­ri­caine Condo­leezza Rice et le pré­sident pales­tinien Mahmoud Abbass vont se ren­contrer le 7 novembre en Cis­jor­danie. Mme Rice et M. Abbass feront le point sur les der­niers mois de négo­cia­tions israélo-​​palestiniennes. Ces pour­parlers ont produit peu de résultats tan­gibles. Mais la ren­contre la plus impor­tante est celle du 9 novembre, à laquelle sont invitées les fac­tions pales­ti­niennes pour dis­cuter le partage du pouvoir au Caire. Y par­ti­ci­peront le Fatah de M. Abbass, le Hamas et des groupes moins importants.

Les ter­ri­toires pales­ti­niens sont coupés en deux depuis que le Hamas a pris le contrôle de la bande de Gaza en juin 2007, ne laissant que la Cis­jor­danie à l’Autorité palestinienne.

Plu­sieurs ten­ta­tives de négo­cia­tions de partage du pouvoir entre le Fatah et le Hamas ont échoué depuis que le Mou­vement de résis­tance isla­mique a rem­porté les élec­tions légis­la­tives en 2006. Depuis août, l’Egypte mène une série de négo­cia­tions bila­té­rales avec les repré­sen­tants de 13 fac­tions pales­ti­niennes, notamment le Fatah et le Hamas dans le cadre de l’organisation de ce dialogue.

Ce n’est qu’il y a quelques semaines seulement que les fac­tions pales­ti­niennes ont accepté le plan proposé par l’Egypte pour une récon­ci­liation. Le plan d’accord en quatre points qui a été examiné par les fac­tions — rivales jusqu’ici — est salué sous réserve de réajus­te­ments et de cer­taines cla­ri­fi­ca­tions. Le Caire appelle le Hamas et le Fatah à former un gou­ver­nement d’unité nationale, réformer les ser­vices de sécurité et mettre fin aux hos­ti­lités qui ont fait suite au blocus de la bande de Gaza. Le plan égyptien prévoit également la tenue d’élections pré­si­den­tielles et légis­la­tives censées pro­mouvoir la récon­ci­liation. Tou­tefois, les deux frères ennemis demeurent divisés sur un point important : le Fatah pré­conise un accord négocié avec Israël pour mettre fin à l’occupation en Cis­jor­danie alors que le Hamas opte pour la lutte armée.

Conditions préalables

Tou­tefois, les res­pon­sables des deux parties se disent déter­minés à faire réussir le dia­logue. Le ministre hamassi Mahmoud Al-​​Zahar a affirmé que le Hamas « fera tout pour assurer le succès du dia­logue », tout en excluant des conces­sions de son mou­vement sans contre­partie. C’est dans ce cadre que le mou­vement isla­miste pales­tinien du Hamas a posé ses condi­tions préa­lables à toute reprise du dia­logue avec l’Autorité pales­ti­nienne et le Fatah de Mahmoud Abbass, sous l’égide de l’Egypte. Le Hamas a transmis au Caire ses condi­tions, dont le limo­geage de quatre res­pon­sables de la sécurité en Cis­jor­danie. Il s’agit du général Toufik Tiraoui, chef des ser­vices de ren­sei­gnement généraux ; du général Ziad Hab­berrih, directeur de la sécurité pré­ventive ; du général Diad Al-​​Ali, com­mandant de la sûreté nationale ; et du général Majed Faraj, directeur des ren­sei­gne­ments mili­taires. Pour le Hamas, ces quatre généraux sont res­pon­sables de la répression et des arres­ta­tions qui visent les mili­tants isla­mistes en Cis­jor­danie. De plus, le Hamas réclame, avant d’entamer le dia­logue, la mise à l’écart du groupe de Mohamad Dahlane.

En revanche, le Fatah estime que le dia­logue doit déboucher sur la for­mation d’un gou­ver­nement de consensus chargé de pré­parer de nou­velles élec­tions pré­si­den­tielle et légis­la­tives dans les ter­ri­toires pales­ti­niens. Le Hamas, qui domine le Par­lement pales­tinien élu en janvier 2006 pour 4 ans, veut pour sa part une nou­velle élection pré­si­den­tielle seulement.

Selon les ana­lystes, les Pales­ti­niens sont conscients du fait qu’ils ne peuvent plus laisser traîner leurs diver­gences, le temps est un facteur qui les presse. Il est dans l’intérêt des deux côtés de mener à bien le dia­logue. Le Fatah pour sortir de l’impasse juri­dique et consti­tu­tion­nelle qui surgira le 8 janvier avec la fin du mandat du pré­sident Abbass et pour empêcher le Hamas d’étendre davantage son pouvoir. Le Hamas pour casser le blocus qui lui est imposé, intégrer l’OLP et amé­liorer les condi­tions de vie des Pales­ti­niens. Réussiront-​​ils ? Seuls les jours à venir appor­teront une réponse.