Palestine : 60e anniversaire de la Nakba ; C’est encore la catastrophe

T. Hocine, jeudi 15 mai 2008

C’est aujourd’hui 15 mai que les Pales­ti­niens com­mé­morent le 60e anni­ver­saire de l’injustice qui leur est imposée par une réso­lution de l’ONU.

Les Pales­ti­niens com­mé­morent aujourd’hui le 60e anni­ver­saire de la spo­liation de leur terre, et d’une manière plus générale de l’injustice qui leur est faite avec le consen­tement de la com­mu­nauté inter­na­tionale, puisque l’ONU avait voté en son nom la triste réso­lution 181 de novembre 1947, ordonnant le partage de la Palestine.

De nom­breuses mani­fes­ta­tions sont, bien entendu, prévues par devoir de mémoire. Et, entre autres faits, les députés des partis arabes israé­liens ou encore ces fameux des­cen­dants de Pales­ti­niens demeurés sur leur terre, vont boy­cotter la séance de la Knesset aujourd’hui, où le pré­sident amé­ricain George W. Bush doit pro­noncer un dis­cours à l’occasion du 60e anni­ver­saire de la création de l’Etat hébreu.

Le ton a été donné, hier, à Tel-​​Aviv, puisque M. Bush, dès son arrivée, a affirmé l’étroitesse des liens entre les Etats-​​Unis et Israël et de sa confiance dans l’avenir. Le dis­cours de M. Bush inter­viendra le jour de la com­mé­mo­ration par les Pales­ti­niens de la « Nakba », la « catas­trophe » que fut pour eux la création d’Israël en 1948, sur les trois-​​quarts de la Palestine historique.

Neuf députés, repré­sentant la com­mu­nauté arabe qui ras­semble les des­cen­dants de 160 000 Pales­ti­niens restés sur leur terre après la création d’Israël, boy­cot­teront le dis­cours de M. Bush. Le parti com­mu­niste, Hadash, qui compte deux députés arabes et un député israélien, a affirmé dans un com­mu­niqué, que ses trois élus boy­cot­te­raient la séance spé­ciale de la Knesset qui se tiendra « le jour où le peuple pales­tinien mar­quera le 60e anni­ver­saire de sa Nakba, pendant laquelle il a été chassé de sa patrie et qu’on empêche aujourd’hui d’établir son Etat indé­pendant ». Qua­li­fiant M. Bush de « cri­minel de guerre », le parti a dénoncé son « soutien aveugle à Israël » et à ses guerres contre « les peuples pales­tinien et libanais ». Le député, Jamal Zahalqa, chef de file du Ras­sem­blement national démo­cra­tique (RND), dont les trois élus boy­cot­teront le dis­cours, a accusé M. Bush de « montrer son indif­fé­rence envers la Nakba du peuple pales­tinien et ses souf­frances et traduit son impar­tialité idéo­lo­gique totale en faveur d’Israël ». Le député, Ahmad Tibi, en fera autant avec ses trois col­lègues repré­sentant une alliance entre la Liste arabe unifiée et le Mou­vement arabe pour le changement.

Quelque 760 000 Pales­ti­niens ont été poussés à l’exode lors de la création de l’Etat d’Israël, le 14 mai 1948. Le sort de ces réfugiés et de leurs des­cen­dants, environ 5 mil­lions de per­sonnes, est la question la plus épineuse du conflit israélo-​​palestinien. Israël refusant d’entendre parler de leur retour sur son ter­ri­toire. Israël a occupé, en juin 1967, la Cis­jor­danie et la bande de Ghaza, des ter­ri­toires où les Pales­ti­niens se sont résignés à créer leur futur Etat, sans renoncer pour autant, au droit au retour des réfugiés sur leur terre.

La com­mu­nauté arabe israé­lienne compte aujourd’hui plus de 1,2 million de per­sonnes sur une popu­lation totale de près de 7 mil­lions. Plu­sieurs rap­ports offi­ciels israé­liens et ins­ti­tu­tions comme la Cour suprême ont admis que les Arabes israé­liens étaient vic­times de dis­cri­mi­na­tions écono­miques et sociales. C’est le fameux apar­theid décrit par de nom­breuses orga­ni­sa­tions et per­son­na­lités de premier plan [1].

Quant aux Pales­ti­niens des ter­ri­toires occupés, ils font face au ter­ro­risme d’Etat israélien. Quatre d’entre eux ont été tués, hier, dans des opé­ra­tions de l’armée israé­lienne dans la bande de Ghaza, ont indiqué les ser­vices d’urgence pales­ti­niens. Ces opé­ra­tions ont coïncidé avec l’arrivée du pré­sident Bush en Israël.

Au moins 467 per­sonnes, presque toutes Pales­ti­niennes ont été tuées depuis la relance des négo­cia­tions de paix israélo-​​palestiniennes, fin novembre 2007 à Anna­polis, aux Etats-​​Unis, selon un bilan non-​​officiel. Et il est sûr qu’un tel pro­cessus ne mènera nulle part. C’est le pré­sident israélien lui-​​même qui a fait cet aveu, sous forme de décla­ration à un quo­tidien amé­ricain. D’ailleurs, même les Pales­ti­niens n’y ont pas cru, mais leurs diri­geants refusent tou­jours d’endosser l’échec.

[1] voir aussi sur al-​​​​Ahram hebdo :

Discrimination

Vic­times de dis­cri­mi­nation, d’injustice, d’un taux élevé de chômage et de pau­vreté, les Arabes d’Israël sont les laissés-​​​​pour-​​​​compte de l’Etat hébreu, qui a célébré jeudi le soixan­tième anni­ver­saire de sa création, synonyme de nakba, (catas­trophe), pour les Palestiniens.

La com­mu­nauté arabe israé­lienne compte plus de 1,2 million de per­sonnes sur une popu­lation totale de près de 7,3 mil­lions. Elle ras­semble les des­cen­dants de 160 000 Pales­ti­niens restés sur leurs terres après la création de l’Etat juif en 1948. Plu­sieurs rap­ports offi­ciels israé­liens et ins­ti­tu­tions comme la Cour suprême ont admis que les Arabes israé­liens étaient vic­times de dis­cri­mi­na­tions écono­miques et sociales. C’est ainsi que ces der­niers n’ont guère profité des cinq années d’embellie écono­mique (20032007) marquée par une crois­sance de 23,5 % et qui a permis de hisser Israël parmi les vingt pays les plus riches au monde. Plus de la moitié des familles arabes (54,8 %) vivait en 2007 en dessous du seuil de pau­vreté, contre 48,4 % en 2003, selon un rapport du centre israélien Adva, pour « L’Egalité et la justice sociale ». En com­pa­raison, la moyenne pour l’ensemble de la popu­lation israé­lienne était de 20,5 % pour la même période, selon les chiffres offi­ciels. En outre, alors qu’Israël possède le taux de chômage le plus bas depuis 10 ans (7,3 %), la popu­lation arabe connaît un taux de 10,9 %.

On assiste ainsi à un recul écono­mique de la popu­lation arabe, qui vit dans des zones où les infra­struc­tures sont moins déve­loppées, en raison de la négli­gence déli­bérée des auto­rités israé­liennes. L’Etat hébreu s’est ainsi abstenu d’allouer un budget pour la création de zones indus­trielles dans les grandes villes arabes comme Nazareth dans le nord d’Israël, qui compte 70 000 habi­tants. Seul 5 % du budget israélien annuel pour le déve­lop­pement et 3 % du budget global de l’Etat sont affectés aux loca­lités arabes, alors que la popu­lation arabe repré­sente 20 % de la population totale.

Les jeunes diplômés arabes ont, en outre, de grandes dif­fi­cultés à entrer sur le marché du travail israélien qui leur ferme ses portes. Parmi les plus touchés par cette absence de déve­lop­pement écono­mique, figurent les femmes, dont seules 18 % tra­vaillent, alors qu’un étudiant arabe sur deux à l’université est une femme. http://​hebdo​.ahram​.org​.eg/​a​r​a​b​/​a​h​r​a​m​/​2008​/​​5​/​​14​/​​o​p​i​n​0.htm