Palestina ; daoreoù nevez da stourm (Palestine : de nouvelles façons de lutter)

Yves Jardin, jeudi 18 mars 2010

Article écrit en breton puis traduit en français par l’auteur, militant inter­na­tio­na­liste de l’AFPS en Cor­nouaille bretonne.

Quand il est question des Pales­ti­niens, l’on vous parle assez souvent des attentats qu’ils com­mettent contre les civils israé­liens. Mais cette image que beaucoup de gens gardent en tête ne cor­respond plus à la réalité. Il n’y a plus pour ainsi dire d’attentats contre les civils israé­liens commis par les Pales­ti­niens. C’est une lutte non-​​violente qui se déve­loppe contre la colo­ni­sation israélienne.

Dans plu­sieurs vil­lages de Cis­jor­danie, la lutte est menée sans armes et sans vio­lence, avec l’aide d’Israéliens et de volon­taires inter­na­tionaux. Elle est effectuée contre la construction du Mur et contre la spo­liation des terres par les Israé­liens. Cette lutte popu­laire est menée depuis 2005 par les vil­la­geois de Bil’in.

Manifestation tous les vendredi

Il y a une mani­fes­tation contre le Mur tous les ven­dredi. Il per­mettra la confis­cation d’une moitié des terres du village au profit de la colonie israé­lienne voisine de Modiin Illit. Tous les ven­dredi l’on trouve une nou­velle façon de mani­fester. Les gens de Bil’in sont par­venus à l’emporter : leurs droits ont été reconnus par la Cour Suprême israé­lienne. Elle a ordonné que soit modifié le tracé du Mur. Jusqu’à présent, la sen­tence, pro­noncée à la fin de 2007, n’avait pas été honorée. Mais les bull­dozers israé­liens sont main­tenant en action pour que soient rendus au village 140 des 232 hec­tares qui étaient sur le point d’être volés.

La lutte non-​​violente de Bil’in est main­tenant connue dans le monde entier. Elle a valu au village de recevoir, en décembre 2008, la médaille Carl von Ossietzky, décernée par la Ligue Inter­na­tionale des Droits de l’Homme à ceux qui luttent de façon exem­plaire sans violence.

Bil’in parmi d’autres

Bil’in n’est pas le premier village à uti­liser la lutte non-​​violente. Ni le seul à le faire. L’exemple de Bil’in a été repris par plu­sieurs vil­lages de Cis­jor­danie (Ni’ilin, Al Ma’sara, Nabi Saleh, Jayyous…). En avril 2009 a été créé un comité de coor­di­nation pour réunir onze sites, où le peuple lutte de façon non-​​violente.

La réponse de l’Etat d’Israël

Les Israé­liens répriment cette lutte de façon de plus en plus brutale. En vérité le gou­ver­nement israélien a peur de cette nou­velle façon de lutter. En décembre 2009, la jour­na­liste israé­lienne Amira Hass écrivait dans « Haaretz » : « ce qui est dan­gereux -(pour les Israé­liens)- avec la lutte popu­laire, c’est que l’on ne peut plus la qua­lifier de ter­ro­riste ». Les mani­fes­tants sont attaqués par les soldats israé­liens qui tirent parfois à balles réelles ou avec des gre­nades sur des gens désarmés. Plu­sieurs per­sonnes ont été tuées ou blessées griè­vement. Depuis l’été dernier, les soldats enva­hissent les vil­lages au milieu de la nuit pour ter­ro­riser les gens, tirés de leur maison, et pour les obliger à céder. Les res­pon­sables de la lutte, les orga­ni­sa­teurs des mani­fes­ta­tions sont empri­sonnés. Des hommes, des femmes et des enfants sont humiliés publiquement.

Des Palestiniens chassés de leur maison

A Jérusalem-​​Est, les Pales­ti­niens sont expulsés de leur maison par des Israé­liens qui prennent leur place. Il y a peu, une famille a ainsi été mise dehors, à Cheikh Jarrah, à Jérusalem-​​Est. Elle s’est ensuite ins­tallée dans une tente, mais celle-​​ci a été détruite par la police israé­lienne. A Cheikh Jarrah, il y a main­tenant des gens qui luttent de façon non-​​violente contre le vol des loge­ments par des Israé­liens. Ceux-​​ci veulent que Jéru­salem ne soit plus peuplée que par des Juifs. Depuis le début du mois de janvier, une mani­fes­tation est orga­nisée tous les ven­dredi, à l’exemple de Bil’in. A Cheikh Jarrah aussi les mani­fes­ta­tions sont réprimées de façon très brutale. Le 22 janvier, il y avait environ mille mani­fes­tants. Parmi eux il y avait surtout des paci­fistes et des com­mu­nistes, des Musulmans et des Juifs, des Pales­ti­niens et des Israé­liens. Ont pris part aussi à la mani­fes­tation Avraham Burg (ancien pré­sident de la Knesset, la Chambre des Députés israé­lienne) et Yossi Sarid (ancien ministre). La mani­fes­tation n’en a pas moins été attaquée très vio­lemment. Une ving­taine de per­sonnes ont été arrêtées. Yves Jardin

Il est pos­sible de sou­tenir cette lutte non-​​violente. L’on peut prendre sa plume et écrie au ministre français des Affaires étran­gères ou à l’ambassadeur d’Israël en France, pour demander que les per­sonnes arrêtées soient libérées et pour que soit mis fin aux menées des Israé­liens contre des gens mani­festant de façon non-​​violente.

(Légende des photos : on a célébré au début de l’année le cin­quième anni­ver­saire de la lutte du village de Bil’in, où doit passer le mur construit par le gou­ver­nement israélien)