Otage

F. Leroux, dimanche 28 septembre 2008

Salah Hamouri : prisonnier ou otage ?

Salah, étudiant franco-​​palestinien, kid­nappé le 13 mars 2005 dans les Ter­ri­toires occupés puis « transféré » et empri­sonné en Israël a été condamné le 17 avril 2008 à 7 ans de prison par un tri­bunal mili­taire israélien. Pour un « délit d’intention » -délit qui n’existe pas en droit français-​​à l’encontre d’un diri­geant du parti israélien extré­miste Shass. Et après l’annulation de 25 audiences de ce tri­bunal, faute du moindre témoin !

Nous savons ce que la justice mili­taire d’une puis­sance occu­pante veut dire ! Salah condamné pour rien, pri­sonnier de jure est de facto un otage :

- il est otage de l’occupation israé­lienne qui juge ceux qu’elle opprime

- il est otage de la « justice » mili­taire israé­lienne qui l’a contraint à s’accuser faus­sement (plaider cou­pable) sous peine d’une sanction plus lourde

- il est otage des juge­ments dis­cri­mi­na­toires de la justice israélienne.

Ainsi, elle ne condamne pas les auteurs, juifs, du meurtre de 11 Pales­ti­niens, citoyens israé­liens, en octobre 2000 mais condamne lour­dement Salah qui « n’a pas de sang sur les mains », qui n’a pas blessé ou tué, et chez qui les ser­vices spé­ciaux israé­liens n’ont pas trouvé la moindre trace d’arme ou le moindre élément sus­cep­tible de prouver qu’il était décidé à un acte atten­ta­toire contre un Israélien.

Autre exemple : sur 130 cas de vio­lences poli­cières réper­to­riées par une asso­ciation israé­lienne des droit de l’homme à l’encontre de Pales­ti­niens, il y a eu 9 pour­suites et 4 pro­cé­dures dis­ci­pli­naires ! Les soldats ou les colons cri­minels sont rarement punis ou écopent de peines minimes !

- il est otage de la poli­tique inté­rieure israé­lienne, le parti Shass étant courtisé par les 3 grands partis israé­liens en pré­vision d’alliances de gouvernement

- il est otage de l’annexion illégale de Jérusalem-​​est par l’Etat israélien, Etat qui exclut les pri­son­niers habitant Jérusalem-​​est occupée, comme Salah, des libé­ra­tions anti­cipées ou des échanges de pri­son­niers

- il est otage de la poli­tique de cri­mi­na­li­sation des Pales­ti­niens avec enlè­vement et empri­son­nement d’un maximum de Pales­ti­niens (plus de 10 par semaine, un homme sur quatre empri­sonné au moins une fois dans sa vie !). Cela dans le but de détruire la société civile et de sou­mettre les res­pon­sables pales­ti­niens -les pri­son­niers étant uti­lisés comme otages-​​ à plus de conces­sions dans tous les domaines, du fait de la pression énorme de la société civile pales­ti­nienne pour leur libé­ration. Dans le but aussi , par des inter­ro­ga­toires inter­mi­nables sous pression phy­sique et psy­chique, d’extorquer des infor­ma­tions sur d’autres Pales­ti­niens ou de recruter des col­la­bo­ra­teurs (article dans Le Monde du 9 sep­tembre)

De plus Salah est « victime » d’un « 2 poids-​​2 mesures » évident de la part des diri­geants français :

- d’un côté N. Sarkozy a déclaré vouloir faire libérer G.Shalit [1] dès sa capture, et a cité son cas à plu­sieurs reprises. La famille Shalit a été reçue à plu­sieurs reprises en France et en Israël par N.Sarkozy ou par des ministres. Ils effec­tuent de nom­breuses démarches en faveur du seul pri­sonnier israélien, tan­kiste par­ti­cipant au siége meur­trier de Gaza.

- la famille de Salah , en dehors de l’assistance des ser­vices consu­laires de Jérusalem-​​est et Tel-​​Aviv n’a pas reçu la même consi­dé­ration pour leur fils. Nos diri­geants se sont tou­jours alignés et soumis au jugement du tri­bunal mili­taire d’occupation, jugement qu’ils récla­maient ! La libé­ration immé­diate de Salah n’ a jamais été exigée . Et pour Rachida Dati , à Jéru­salem le 21 sep­tembre, Salah ne semble même pas exister !

Il ne faut pas que Salah devienne aussi « l ’otage » des très bonnes rela­tions entre les diri­geants français et israéliens !

[1] le caporal israélo-​​​​français capturé en action par la résis­tance pales­ti­nienne lors d’une opé­ration mili­taire israé­lienne à la lisière de la bande de Gaza en juin 2006