Opti­misme dans les milieux pales­ti­niens sur la réussite de la médiation avec Fateh el-​​Islam

Jeanine Jalkh, mardi 29 mai 2007

Les pro­po­si­tions avancées jusque-​​là se fondent sur un règlement poli­tique, juri­dique et sécu­ri­taire, mais non militaire.

La plaie béante ouverte à Nahr el-​​Bared pourrait s’approfondir si les pro­ta­go­nistes ne par­viennent pas à une solution paci­fique et accep­table par tout le monde. Les dif­fé­rentes parties en pré­sence ont convenu de renoncer à la solution mili­taire en pri­vi­lé­giant la médiation et le dia­logue, un pro­cessus qui semble avoir sérieu­sement pro­gressé, mais aucun résultat concret n’a encore été atteint.

Le principe de mettre fin aux combats est certes acquis de part et d’autre, mais non les moyens pra­tiques à mettre en place pour en finir avec un phé­nomène tel que Fateh el-​​Islam qui risque de gan­grener le pays tout entier si le grou­puscule n’est pas déraciné d’une manière ou d’une autre. La solution mili­taire ayant été pra­ti­quement éliminée, du moins pour le moment, la dif­fi­culté réside dans la formule à suivre, qui devrait ménager la chèvre et le chou, sans accroître le péril qui guette le pays depuis un certain temps.

Les enjeux der­rière une éven­tuelle pour­suite des affron­te­ments de Nahr el-​​Bared sont énormes. La révé­lation d’un sun­nisme radical et jiha­diste au nord du pays a mis au défi non seulement l’armée liba­naise, mais également l’équilibre pré­caire des fac­tions com­mu­nau­taires de plus en plus rongées par leurs anta­go­nismes poli­tiques. La position affichée il y a quelques jours par le leader du Hez­bollah - qui aurait été mal inter­prétée selon le parti chiite - a achevé de rajouter de l’huile sur le feu, alors que les combats inter­mit­tents s’intensifiaient au Nord. À cela est venu s’ajouter - à la manière d’un leit­motiv his­to­rique impla­cable - l’épineux dossier pales­tinien que l’on croyait, jusque-​​là, tenu à l’écart des cli­vages inter­li­banais. La hantise d’une récidive de la guerre des camps est pré­sente dans l’esprit des res­pon­sables libanais et palestiniens.

De son côté, l’armée liba­naise s’est retrouvée otage de l’équation sui­vante : ménager l’opinion pales­ti­nienne qui risque de se retourner contre elle en cas de pro­lon­gement de la crise - pavant ainsi la voie à une alliance contre-​​nature entre les ter­ro­ristes du camp et ses habi­tants - et le refus de fléchir devant une bande de hors-​​la-​​loi qui ont déjà coûté à l’institution mili­taire plus de trente morts.

L’armée est également consciente des dangers futurs que pourrait charrier un dénouement mili­taire. Une solution musclée risque en effet d’entraîner des consé­quences désas­treuses, tant sur le plan des rela­tions libano-​​palestiniennes qu’au niveau des ten­sions sunnito-​​chiites déjà sous-​​jacentes dans le conflit poli­tique qui divise la majorité à l’opposition. Une aggra­vation du conflit serait iné­luc­ta­blement relayée par une résur­gence globale du sala­fisme sunnite exportant au sein et en dehors des camps un abcès que per­sonne ne pourra plus crever.

Le risque de contagion aux autres camps pales­ti­niens mais aussi à d’autres régions liba­naises qui abri­te­raient, selon les experts, d’autres cel­lules dor­mantes, voire des grou­pus­cules sun­nites non jiha­distes, est grand et les consé­quences dan­ge­reuses, notamment au Liban-​​Sud où sont postées les forces de maintien de la paix. C’est la raison pour laquelle l’option de la médiation est de plus en plus pri­vi­légiée quand bien même les exploi­ta­tions poli­tiques et les sur­en­chères vont bon train de part et d’autre. Démo­cratie liba­naise oblige.

L’accueil favo­rable fait à l’initiative de médiation entre­prise depuis quelques jours par les dif­fé­rentes fac­tions pales­ti­niennes, via les chefs reli­gieux sun­nites, auprès de Fateh el-​​Islam vise pré­ci­sément à éviter à l’armée liba­naise une guerre d’usure qui épui­serait ses éléments et les démo­ra­li­serait un peu plus en éloi­gnant l’armée de ses objectifs et de sa mission prin­cipale, notamment au Liban-​​Sud.

Les pro­po­si­tions avancées jusque-​​là se fondent sur un règlement poli­tique, juri­dique et sécu­ri­taire, mais non mili­taire. Si le Fateh el-​​Islam semble avoir accepté l’idée de la médiation et concédé sur cer­taines pro­po­si­tions avancées par les fac­tions pales­ti­niennes en concer­tation avec le pouvoir, notamment l’arrêt des combats et la sécu­ri­sation du camp, il n’en est pas de même pour ce qui est de la demande de red­dition des com­bat­tants et de leur leader, Chaker Absi, autant de points que l’armée considère incon­tour­nables et que le grou­puscule isla­miste refuse à ce jour. Tou­tefois, « l’optimisme est de mise dans les milieux pales­ti­niens, déter­minés à aller jusqu’au bout pour assurer la réussite de la solution paci­fique », assure une source informée. Selon un leader sunnite reli­gieux, qui suit de près ce dossier, les négo­cia­tions avancent, mais non sans dif­fi­cultés. « Ce qui est le plus à craindre, dit-​​il, c’est une mul­ti­pli­cation d’incidents sécu­ri­taires comme celui de l’aéroport (qu’il attribue à une cin­quième colonne), si un règlement rapide n’est pas trouvé entre-​​temps. »