Edité par Ala Hlehel, lundi 20 octobre 2008
"La coexistence est un attrape-tout. Après tout, Acre est une ville comme Ra’anana, Kfar Saba et Haïfa, qui doit maintenir son identité juive. Je ne crois pas qu’il y ait de désaccord. Acre est la capitale de la Galilée, ce sont des milliers d’années d’histoire juive. Nous sommes ici pour préserver cette identité juive, en fortifier l’esprit et pour relever ce défi national." Rabbin Yossi Stern, directeur de la yeshiva "Hesder" d’Acre

Octobre 2008 à St Jean d’Acre
Mardi 7 octobre
Abbas Zakour, membre Arabe (Mouvement Islamique) de la Knesset et habitant d’Acre, envoie une lettre au Ministre de la Sécurité Publique Avi Dichter, demandant que la police place des patrouilles mobiles dans les zones de friction entre Juifs et Arabes d’Acre. Il avertit d’un désastre pour Yom Kippour (la fête juive la plus sainte, le Jour du Grand Pardon) après les événements violents des années passées ce jour là à Acre. Sa demande est refusée.
Mercredi 8 octobre (veille de Yom Kippour) vers minuit

Tawfik Jamal, un Arabe de 48 ans citoyen Israélien d’Acre conduit sa voiture au domicile de proches, la famille Sha’aban, qui vit dans la partie Est de la ville, pour y prendre sa fille. Sa fille aidait la famille à préparer des gâteaux pour une cérémonie de mariage prévue la semaine suivante. Jamal conduit lentement et tranquillement, radio et hauts parleurs éteints. Son fils de 18 ans et l’ami de celui-ci, de 20 ans, sont aussi à bord. Des jeunes Juifs ont attaqué la voiture avec des pierres après qu’il se soit garé et ait entré dans la maison de ses proches, d’où il a appelé la police. « Il s’en est fallu d’un cheveu que mon fils, son ami et moi soient morts », a dit Jamal. Quinze personnes furent assiégées dans la maison des Sha’aban, entourée et attaquée par un large groupe de Juifs, tandis que la police restait à l’écart. Une rumeur se répandit dans la vieille ville d’Acre, que l’un des assiégés était mort et que les gens étaient appelés pour les aider à s’enfuir. En même temps, la police négociait avec les émeutiers Juifs pour récupérer la famille assiégée pour empêcher des conflits ultérieurs entre habitants Juifs et Arabes. Après quelques heures, les membres de la famille furent sauvés. Les centaines de jeunes Arabes retournèrent à la vieille ville, et sur le chemin du retour, quelques uns lancèrent des pierres sur les voitures et les vitrines de magasins de la rue Ben-Ami.
Jeudi 9 octobre
Après la fin de Yom Kippour, une foule importante d’habitants Juifs, estimée à 1500, s’est réunie près de la gare dans les quartiers Est et Nord de la ville. Le chef de la police du district nord, Shimon Koren, a rapporté deux centres d’émeute, l’un entre le Carrefour Strauss et le Carrefour “Magen David” à l’est de la ville, et le second dans le quartier Wolfsson au nord de la station de la gare routière d’Acre. Les émeutiers Juifs lancèrent des pierres, s’affrontèrent à la police et attaquèrent des passants Arabes. Dix émeutiers furent arrêtés et quelques personnes blessées.

Des centaines d’émeutiers Juifs se rassemblèrent sur la maison de la famille Abu-Ataba, rue Ehad Ha’am. Ils caillassèrent le maison et l’endommagèrent, en même temps qu’ils criaient “Mort aux Arabes”. Des membres de la famille furent blessés.
Cette nuit là, le commissaire de police Inspecteur Général Dudi Cohen rencontra les leaders des communautés arabes et juives d’Acre. Après la rencontre, il dit qu’ « il est important d’appeler à un calme total. Chacun doit se questionner et ramener la paix et la tranquillité. Nous devons parvenir au calme dans la ville et ramener la vie à son cours normal ». Les leaders Arabes firent aussi des déclarations pour calmer la situation, mais pas les représentants de la communauté juive. Le Premier Ministre Ehud Olmert et la Ministre des Affaires Etrangères Tzipi Livni demandèrent le retour à la paix, mais aucun responsable israélien n’a dénoncé les actions violentes des habitants Juifs.
Vendredi 10 octobre
Au cours des émeutes après Yom Kippour, au moins huit personnes furent blessées. A chaque fois, des Juifs furent blessés au cours de clashes avec la police, tandis que les Arabes étaient blessés par des attaquants Juifs. Cinq cent policiers furent stationnés dans la ville. Malgré les déclarations de la police que son intention était d’empêcher d’autres émeutes dans les quartiers Est, les émeutiers ne furent pas dispersés mais continuèrent d’attaquer les citoyens Arabes vivant dans la zone.

La police dégagea quelques rassemblements d’émeutiers près de l’école « Eshkol », où les manifestants lançaient des pierres sur quelques voitures et maisons arabes. Dix personnes furent arrêtées. La foule juive attaqua la maison de la famille Hamad, près du collège West Galilee, la maison des Barghouti rue Hayozrim et une autre maison familiale arabe rue Ehad Ha’am. Deux autres maisons de familles arabes rues Harav Lopez et Ramlah furent incendiées.
La maire d’Acre Shimon Lankri annonça l’annulation du Festival de Théâtre Alternatif d’Acre qui se tient chaque année dans la ville. Le festival devait ouvrir le 15 octobre. Le maire déclara que "vue la colère et les violations des droits religieux des habitants, réaliser le festival serait de mauvais goût ». La veille, la maire avait appelé les Israéliens à venir au festival. L’annulation du festival vint après que les émeutiers Juifs l’aient demandé comme sanction économique contre les Arabes de la ville.

Des émeutes eurent lieu dans les quartiers nord rues Alkalai, Ben Shushan et Ehad Ha’am. Dans ces secteurs de la ville, il y a une majorité juive, en tout environ vingt familles arabes y vivent. Les émeutiers Juifs descendirent dans les rues et crièrent « Mort aux Arabes ». Ils attaquèrent les maisons de familles arabes, essayant de faire fuir leurs habitants ; ils endommagèrent les maisons et y mirent le feu. Les émeutes continuèrent : des arbres et des poubelles furent brûlés dans les rues. Un texte distribué aux habitants Juifs appela au boycott des commerces et des boutiques arabes.
Vers minuit, trois habitants Juifs furent arrêtés alors qu’ils essayaient d’endommager une maison familiale arabe. Les clashs violents reprirent dans le quartier est. Douze émeutiers furent arrêtés.
Samedi 11 octobre
Les représentants des Arabes firent une déclaration dans laquelle ils condamnaient Jamal, le chauffeur de la voiture, pour avoir conduit pendant Yom Kippour. Le conducteur s’excusa devant une session du Comité Intérieur de la Knesset. Les représentants de la communauté juive d’Acre, le maire et le rabbin de la ville refusèrent d’accepter les excuses. Les émeutes continuèrent. Le maire demanda plus d’arrestations.

Une pétition circule sur Internet, signée par de nombreux artistes et universitaires Juifs et Arabes. Elle appelle au maintien du Festival de Théâtre Alternatif d’Acre comme prévu. A la tombée de la nuit, une foule juive incendie la maison d’une autre famille arabe. La police se heurte aux hors-la-loi Juifs.
Dimanche 12 octobre
Plusieurs femmes et enfants Arabes évacuées de chez elles tentent d’y revenir pour prendre des vêtements et des fournitures mais n’y parviennent pas. Les familles arabes manifestent devant la mairie ; des émeutiers Juifs viennent et les attaquent.
Le maire Lankri change sa position et déclare : « Je suis heureux que les leaders Arabes condamnent ce grave incident ».

Au cours des quatre jours de confrontation, 54 personnes ont été arrêtées, moitié Juifs, moitié Arabes. Systématiquement, les tribunaux relâchent les détenus Juifs, tandis que la détention des Arabes est prolongée. Le Ministre de la Science, de la Culture et des Sports, Galeb Majadle, annonça qu’il s’oppose
à l’ajournement du festival d’Acre. Dans une interview à Ynet, le chef de la police du district nord Shimon Koren déclare que ceux qui rompent l’ordre public sont Juifs : « Nous savons qui ils sont et nous les cueillerons ». Il a indiqué clairement que quand les émeutes cesseraient, les arrestations continueraient : « Nous avons des preuves et nous produirons des réquisitoires ».

En réponse à ces événements violents, le directeur de la yeshiva « Hesder », le rabbin Yossi Stern, a promis de construire un nouveau site pour la yeshiva en (centre) ville (arabe, ndt) aussitôt que possible : « Acre est le test national dans la lutte pour le caractère national de l’Etat d’Israël » , a-t-il dit.
Lundi 13 octobre
La police arrête et interroge le fils de Tawfik Jamal, le citoyen Arabe Israélien qui a circulé dans le quartier juif la veille de Yom Kippour et qui a été blâmé pour avoir causé les émeutes alors qu’il a été attaqué et que sa vie a été en danger.
Ensuite, la police relâcha le fils de Jamal et arrêta M. Jamal lui-même. Il est interrogé et sa détention a été prolongée par la Cour. La police dit qu’il est suspect d’avoir conduit en excès de vitesse, d’avoir mis des vies en danger et d’avoir heurté les « sentiments religieux » en conduisant à Yom Kippour dans un quartier juif.
Froisser les sentiments d’autres et conduire pendant Yom Kippour ne sont pas des méfaits.
Mardi 14 octobre
Des comités de solidarité pour les habitants Arabes d’Acre, créés à l’initiative de Juifs et d’Arabes, visitent la ville. Les émeutes contre les citoyens Arabes d’Acre reçoivent l’attention internationale dans le monde. Les dirigeants publics Arabes demandent un comité d’enquête neutre non désigné par l’Etat. « Nous avons appris la leçon d’octobre 2000” [lorsque la police sioniste tua 13 Palestiniens d’Israël participant à des manifestations pacifiques contre les tueries antipalestiniennes qui suivirent l’invasion de l’esplanade des Mosquées par Ariel Sharon, ndt], ont déclaré les dirigeants Arabes. Il n’y a toujours pas de solution pour les familles arabes forcées de fuir les quartiers Est pendant les nuits d’émeute. La plupart séjourne toujours dans des hôtels ou en famille. La police ne fait rien pour les ramener chez eux.
Les attaques de citoyens Arabes par des Juifs extrémistes ces dernières années
Les harcèlements violents contre des habitants Arabes par des Juifs n’ont pas débuté à Acre à la veille de Yom Kippour 2008. Les vagues d’attaque et d’intimidation ont déjà débuté en 2002, juste avant qu’une école religieuse (yeshiva) soit établie dans la ville et que des colons Juifs s’y établissent. Quelques uns des nombreux événements documentés sont cités ci-dessous :
2002 :
La voiture du juriste Madikha Ramal est incendiée à la suite de l’explosion d’une bombe à Netanya.
2005 :
Les maisons de trois familles arabes de la rue Alkalai sont incendiées : les familles Ramal, Sha’aban et Khalaile.
2007 :
Dans le même quartier, Subhi Morsi est attaqué et sa voiture est incendiée.
8 Avril 2008 :
Des extrémistes Juifs incendient à nouveau la maison des Ramal. Des cocktails Molotov sont lancés dans la maison alors que la famille est endormie.
23 Avril 2008 :
La mosquée “Al-Manshiya” est vandalisée par quatre jeunes Juifs du voisinage. Au cours de l’interrogatoire, ils admettent une tentative d’incendier la maison d’une autre famille arabe quelques mois auparavant.
Depuis 2002, des slogans comme “Mort aux Arabes” sont taggés sur les murs du quartier et dans les ascenseurs des immeubles. Octobre 2008 à Acre
Les témoignages des familles attaquées

La famille Ali
Walid et Tamam Ali et leurs trois enfants vivent dans la rue Lopez depuis 1976. Le 9 octobre 2008, vers 19 h 30, ils virent une masse de gens – vers les 300 – s’approcher de chez eux. En quelques secondes la foule se mit à lancer des pierres et à crier « Mort aux Arabes », « Partez d’ici et de notre pays » et des slogans semblables. Un tir de lourdes pierres (des pavés) abîma les portes et les fenêtres de la maison, dont une grande porte vitrée du salon. L’attaque dura environ une demi-heure. Dans la maison tout fut brisé, et la foule se rapprocha. Taman Ali, la mère, perdit conscience à cause d’une hypotension due aux événements.
La famille Ali appela la police bien des fois, et reçut toujours la même réponse : la police sait ce qui se passe et ferait quelque chose mais toute la ville est en désordre. Mais la police n’est jamais venue, et finalement la famille Ali a appelé ses proches pour leur demander de venir et de les aider à fuir.
Le frère et le neveu d’Ali arrivèrent dans leur voiture mais ne purent pas entrer dans leur rue, la police ayant mis une barrière à son entrée et ne permettant à personne d’entrer. Après une heure et demi de demandes à la police, deux policiers Arabes de garde acceptèrent de les laisser entrer et de les accompagner à la maison de la famille Ali. Ensemble, ils aidèrent les membres de la famille à quitter la maison, la mère était en mauvais état physique et le reste de la famille en état de choc. Au cours du sauvetage, la foule continua à jeter des pierres et à pousser des jurons, et commença à acclamer qu’ils avaient « réussi » à jeter la famille hors de chez elle.
Après que la famille soit partie ; les foules poussèrent la voiture d’Ali au milieu de la rue, la renversèrent et la lapidèrent, ainsi que la maison. Plus tard ce soir là, un des voisins Juifs appela la police et dit que la foule avait incendié la voiture. Plus tard cette nuit là, la police envoya six agents garder l’entrée de la maison. Le matin suivant, vendredi, le fils aîné de la famille vint avec un ami à la maison récupérer des vêtements, de l’argent et d’autres choses. Au moment d’arriver à la maison, des émeutiers Juifs s’approchèrent et les menacèrent de les frapper s’ils ne partaient pas tout de suite. Avec cris et jurons, les traitant de “sales Arabes”.
Les deux ados effrayés partirent immédiatement sans rien emporter. Lors de leur départ, un des voisins – un chef de service de la mairie – dit à la foule : « Chassez-les. Ne les laissez pas rester ici. On ne veut pas d’Arabes dans ce quartier et dans notre pays non plus. C’est notre pays ». Les policiers qui assistaient à tout ça n’interférèrent pas. Ce soir là, la voiture du fils fut aussi incendiée sous les yeux de la police. Samedi, le lendemain, la populace mit feu à la maison, toujours sous les yeux de la police. Plusieurs voisins Juifs appelèrent les pompiers. Malgré que leur caserne fût située tout près de la maison, il fallut 15 minutes à la brigade pour arriver.
Le dimanche soir, les garçons vinrent à nouveau pour essayer d’emporter de la maison des livres scolaires et des uniformes pour leur jeune frère. Ils trouvèrent la maison brûlée et sans électricité. A cause du manque d’électricité, ils ne purent pas évaluer les dommages. Les voisins leur dirent qu’avant d’y mettre le feu la foule avait volé beaucoup de choses à l’intérieur.

La famille Sa’adi
Hana et Jalal Sa’adi vivent dans une maison au 9/3 rue Yosef Gadish dans le quartier Est d’Acre. Le couple a trois fils de 7, 6 et 3 ans et demi. Hana a aussi deux fils de son mariage précédent, Tamer Zaidan (24) et Omri Zaidan (20). Le 9 octobre, la famille au complet était chez elle quand une foule juive violente apparut dehors.
La foule ouvrit de force la porte de la maison, détruisit le jardin et cassa les volets du séjour et la porte vitrée du porche. La famille appela la police à maintes reprises mais ne reçut aucune assistance, et la police ne vint pas en aide, ni pour les aider à évacuer. Après le départ de la foule, Hana s’enfuit à pied demander de l’aide, d’abord à un policier qui lui répondit en lui disant “d’apprendre sa leçon”, puis au poste de police, où on lui dit de rentrer chez elle sans escorte, avec la promesse qu’une unité de YASAM (police anti-émeute) serait envoyée immédiatement. Hana rentra chez elle à pied, malgré le danger. Elle attendit plusieurs heures que l’unité de police arrive.
Le lendemain, la foule juive revint à la maison. Vers 21 heures, les gens commencèrent à lancer des pierres sur la maison tout en criant et en jurant des insultes racistes, causant des destructions massives à la maison et traumatisant toute la famille. Après environ 20 minutes une unité YASAM arriva et dit aux occupants de se préparer à une évacuation de secours. Ils furent évacués dans un véhicule de police, pendant que la foule d’émeutiers jetait des pierres au véhicule de police. Le véhicule arriva au poste, où les membres adultes de la famille se vit notifier leur arrestation. Les filles furent mises en garde chez des membres de la famille. Le lendemain, la mère, Hana, fut relâchée à 14 heures mais Jalal, Tamer et Omri furent maintenus en détention. Les trois, en plus de cinq habitants Juifs qui avaient été arêtes, furent conduits devant un juge du tribunal de police de Kiryion. A la suite, tous les détenus Juifs furent relâchés mais les trois Arabes détenus furent maintenus en prison. Pendant que les membres de la famille étaient enfermés chez eux sans assistance de la police, ils avaient lancé des pierres en riposte aux émeutiers, pour les maintenir à distance. C’est la raison qui fut donnée pour l’arrestation et le maintien en détention des hommes adultes de la famille. Ce schéma fut répété dans les autres cas d’attaques : la police arrêta les victimes d’assauts avec les attaquants, puis au tribunal les attaquants furent libérés tandis que la détention des victimes était prolongée.

La famille Rammal
Le 8 octobre, les membres de la famille Rammal furent emmenés de chez eux rue Alkalai sous protection policière parce qu’ils craignaient pour leurs vies. Ils ont été emmenés dans différents lieux par la suite et ont été incapables jusqu’à présent de rentrer chez eux. Dans une interview avec des journalistes Arabes, la mère, Ronza Rammal, a critiqué l’impuissance de la police contre les extrémistes Juifs qui créent un régime de terreur en attaquant les familles arabes dans le secteur. Elle soulignait que ses enfants et elle vivaient des circonstances extrêmement difficiles, allant de maison en maison sans leurs bagages les plus basiques.
Leur fille, Walaa, a demandé à toutes les institutions et responsables d’intervenir rapidement et de résoudre les problèmes de la famille en leur permettant de rentrer chez eux. Actuellement, ils vivent avec dix habitants à Wolfsson dans un deux-pièces.
Le 12 octobre, Walaa a demandé à la police de l’escorter chez elle pour qu’elle puisse prendre des vêtements et d’autres objets nécessaires pour la famille. La police refusa de l’accompagner, déclarant « On n’est pas vos chauffeurs de taxis ». Mais après insistance de la famille, la police céda à leur demande et deux voitures de police accompagnèrent le taxi dans lequel se déplaçait la famille. A l’entrée de la rue Alkalai, ils rencontrèrent une foule menaçante de Juifs criant « Mort aux Arabes ! » et la police se retira immédiatement, demandant que la famille se retire aussi. Ronza Rammal dit que ces attaques ont un but, “de nous chasser de notre quartier et de faire partir les Arabes d’Acre. Mais nous resterons à Acre où nous sommes nés, malgré la violence dirigée contre nous », a-t-elle insisté.

La famille Halaila
La famille Halaila a été extraite de chez elle rue Alkalai par la police le 10 octobre après que leur fille ait été attaquée par des émeutiers Juifs. La mère et ses quatre filles n’ont actuellement nulle part où vivre. Les 12 octobre, elle a contacté la municipalité d’Acre pour lui demander d’apporter une solution à leur problème.
Dans une interview, Mme Halaila a dit : « Notre situation est extrêmement grave. Les enfants ne vont pas à l’école, nous n’avons pas de vêtements, nous ne travaillons pas. Nous avons demandé à la municipalité de nous fournir, comme elle en a l’obligation, un hébergement provisoire. Nous avons aussi demandé à être escortés dans notre quartier pour prendre nos affaires et des vêtements ». Le 12 octobre, ils tentèrent de rentrer chez eux, mais furent attaqués et expulsés par des émeutiers Juifs.
La famille Sha’aban
La maison familiale des Sha’aban, rue Alkalai, a été attaquée, vandalisée puis brûlée par les émeutiers Juifs. La police a aidé la famille à partir mais n’a pas protégé la maison.
La famille Morsi
Le 11 octobre, les émeutiers Juifs ont attaqué la maison de Soubhi Morsi dans le quartier Al-Manshiya de la partie est d’Acre. “Ils ont tout détruit. Ceci montre quelle haine a couvé en eux pendant des années” a dit Morsi dans une interview. L’attaque a laissé la maison totalement incendiée.
La maison de la famille Barghouti rue HaYotsrim dans la partie est d’Acre a été attaquée et mise à feu à plusieurs reprises pendant les émeutes.

“Activités pour judaïser Acre”
Les événements récents d’Acre s’inscrivent dans une tendance qui n’a pas reçu d’attention publique : une vaste attaque des groupes nationalistes de droite sur les villes judéo-arabes.
Il est utile de lire les appels racistes à boycotter les entreprises arabes à Acre en même temps que l’appel à coloniser Lid (Lod) en 2002. Ces appels ont donné des résultats et on peut voir le lien entre eux et les activités des extrémistes à Jaffa-Tel Aviv. Ces dernières années, le groupe nationaliste de droite « les Graines des Colonies” s’est concentré à Lid, Ramle, Acre, Jaffa et d’autres secteurs à “risque démographique” et ils ont été encourages par les autorités locales à faire du “travail social” dans ces zones. Aujourd’hui il y a près de 200 yeshivas à Acre en plus d’environ 1000 colons extrémistes.

Le groupe Ometz (Courage)
Ce groupe d’Acre a été établi par des colons Juifs, des ex-étudiants des yeshivas d’Hébron, de Kedumim et du sud de Mont Hébron. Un des fondateurs est Ishai Rubin, qui est né et a grandi dans la colonie ‘idéologique’ d’Elon Moreh. Rubin et son ami David Cohen avaient d’abord prévu de se joindre à une nouvelle colonie sur une des collines près d’Hébron, mais ils ont décidé plutôt de venir à Acre.
En 1997, un groupe de jeunes familles s’est installé à Acre, avec l’intention de renforcer la “judaïsation de la ville”. De plus en plus de jeunes colons vont dans les villes mixtes et sont membres du mouvement national religieux concentré sur les ‘questions sociales’. Certains d’entre eux y voient un idéal par lui-même. D’autres un moyen d’augmenter leur soutien financier parmi les Juifs israéliens. Leur leader est le rabbin Nachshon Cohen, précédemment de la yeshiva Hébron dans la colonie Beth Romano d’Hébron. Dans une interview avec des journalistes de Ha’aretz, il déclarait : “Il ne fait aucun doute que la colonie de Yesha est aussi vitale que Misgav Am ou Kiryat Shmona.”
Le Parti National Uni est actif à Jaffa. Une conférence d’avril 2008 consacré à l’ ‘installation’ dans Ramle a été organisée par ce parti nationaliste de droite, par le groupe religieux Amichai et le mouvement Komemiut (établi après le retrait de Gaza). Les actions illégales de ces colons, qui paraissent soutenus par le gouvernement, sont similaires à celles menées dans les Territoires Palestiniens Occupés.
Ces jeunes colons accomplissent des “missions sociales” avec pour intention de judaïser la société israélienne et de renforcer l’hostilité aux Arabes. Ils recrutent des habitants en promettant aux familles national-religieuses la chance d’améliorer leur qualité de vie en s’installant dans les villes mixtes dans des communautés au sein d’Israël, avec le soutien économique de l’Etat.
D’après le chef de la yeshiva Heder d’Acre, le rabbin Yossi Stern :
"Acre est un test national. Acre est maintenant ce que sera Israël dans 10 ans. Ce qui se passe à Acre aujourd’hui est ce qui se passera en Israël. Nous sommes l’avant-garde. Nous respectons l’Etat, et nous devons, par tous les moyens, être forts et nous tenir fermement en son honneur.
"La coexistence est un attrape-tout. Après tout, Acre est une ville comme Ra’anana, Kfar Saba et Haïfa, qui doit maintenir son identité juive. Je ne crois pas qu’il y ait de désaccord. Acre est la capitale de la Galilée, ce sont des milliers d’années d’histoire juive. Nous sommes ici pour préserver cette identité juive, en fortifier l’esprit et pour soutenir notre honneur national.
Il y a plein de maisons à vendre ici, et la situation est que soit les Arabes les achèteraient, soit nous amènerions des étudiants des yeshivas y vivre. Récemment, trente autres familles du groupe sont arrivées. Maintenant, nous construisons une grande communauté de colons, et des logements permanents pour eux.” (Canal 7).
La yeshiva se situe sur le site d’une vieille synagogue à Kiryat Wolfsson. Elle a pour but de bloquer l’accès aux habitants Arabes dans la zone, et de contribuer à la judaïsation de la ville. Ainsi les appartements où les étudiants des yeshivas vivent sont dans des immeubles et des zones où la plupart des habitants sont des Arabes.
Boycotts économiques _ pas pour la première fois …
Une pétition diffusée récemment parmi les habitants Juifs appelle au boycott des commerces et des entreprises arabes dans la ville. Un nouveau site internet a été installé pour encourager spécifiquement ces sanctions : www.akko.txt.co.il Pendant les émeutes, des tracts ont été distribués – « Les Juifs n’achètent pas aux Arabes ». Un rabbin important a soutenu le boycott. D’autres boycotts furent aussi organisés après les événements d’octobre 2000, et pendant près d’un an les citoyens Juifs achetèrent très peu dans les magasins de la vieille ville et visitaient rarement les lieux. Un boycott similaire fut tenté après les événements violents à la fin de Simchat Torah il y a deux ans, mais échoua. Les entreprises arabes d’Acre en souffrent, pourtant la municipalité a annulé le Festival de Théâtre Alternatif – une des meilleures sources de revenues pour les commerçants Arabes de la vieille ville.
Quatre processus sont en cours pour ‘judaïser’ les villes mixtes :
a) Rendre la vie plus difficile pour les citoyens Arabes, instituer des pratiques discriminatoires dans l’accès aux services, en marginalisant les Arabes pour les encourager à partir ;
b) Effacer tous les signes d’identité arabe, dont la destruction des monuments historiques et des inscriptions, des noms de rue et des noms des sites historiques en arabe ;
c) Acquérir des constructions et des propriétés via des compagnies d’Etat, en application des lois visant à la ‘judaïsation’ des villes, en ne permettant pas aux familles d’hériter de leurs propriétés, et en facilitant les squats et d’autres formes de contrôle de la propriété [des Arabes]. Tout ceci est soutenu par des contributions financières illimitées venant de Juifs riches de l’étranger ;
d) Réhabiliter certains quartiers ; les transformer en quartiers pour artistes, galeries d’art et projets touristiques sans aucune participation des citoyens Arabes.
