Octobre 2008 à Akka/​Akko (St Jean d’Acre)

Edité par Ala Hlehel, lundi 20 octobre 2008

"La coexis­tence est un attrape-​​tout. Après tout, Acre est une ville comme Ra’anana, Kfar Saba et Haïfa, qui doit main­tenir son identité juive. Je ne crois pas qu’il y ait de désaccord. Acre est la capitale de la Galilée, ce sont des mil­liers d’années d’histoire juive. Nous sommes ici pour pré­server cette identité juive, en for­tifier l’esprit et pour relever ce défi national." Rabbin Yossi Stern, directeur de la yeshiva "Hesder" d’Acre

Les événements

Voiture d'un habitant d'Acre, <span class="numbers">11</span> Octobre <span class="numbers">2008</span>

Octobre 2008 à St Jean d’Acre

Mardi 7 octobre

Abbas Zakour, membre Arabe (Mou­vement Isla­mique) de la Knesset et habitant d’Acre, envoie une lettre au Ministre de la Sécurité Publique Avi Dichter, demandant que la police place des patrouilles mobiles dans les zones de friction entre Juifs et Arabes d’Acre. Il avertit d’un désastre pour Yom Kippour (la fête juive la plus sainte, le Jour du Grand Pardon) après les événe­ments vio­lents des années passées ce jour là à Acre. Sa demande est refusée.

Mercredi 8 octobre (veille de Yom Kippour) vers minuit

Tawfik Jamal, un Arabe de 48 ans citoyen Israélien d’Acre conduit sa voiture au domicile de proches, la famille Sha’aban, qui vit dans la partie Est de la ville, pour y prendre sa fille. Sa fille aidait la famille à pré­parer des gâteaux pour une céré­monie de mariage prévue la semaine sui­vante. Jamal conduit len­tement et tran­quillement, radio et hauts par­leurs éteints. Son fils de 18 ans et l’ami de celui-​​ci, de 20 ans, sont aussi à bord. Des jeunes Juifs ont attaqué la voiture avec des pierres après qu’il se soit garé et ait entré dans la maison de ses proches, d’où il a appelé la police. « Il s’en est fallu d’un cheveu que mon fils, son ami et moi soient morts », a dit Jamal. Quinze per­sonnes furent assiégées dans la maison des Sha’aban, entourée et attaquée par un large groupe de Juifs, tandis que la police restait à l’écart. Une rumeur se répandit dans la vieille ville d’Acre, que l’un des assiégés était mort et que les gens étaient appelés pour les aider à s’enfuir. En même temps, la police négo­ciait avec les émeu­tiers Juifs pour récu­pérer la famille assiégée pour empêcher des conflits ulté­rieurs entre habi­tants Juifs et Arabes. Après quelques heures, les membres de la famille furent sauvés. Les cen­taines de jeunes Arabes retour­nèrent à la vieille ville, et sur le chemin du retour, quelques uns lan­cèrent des pierres sur les voi­tures et les vitrines de magasins de la rue Ben-​​Ami.

Jeudi 9 octobre

Après la fin de Yom Kippour, une foule impor­tante d’habitants Juifs, estimée à 1500, s’est réunie près de la gare dans les quar­tiers Est et Nord de la ville. Le chef de la police du dis­trict nord, Shimon Koren, a rap­porté deux centres d’émeute, l’un entre le Car­refour Strauss et le Car­refour “Magen David” à l’est de la ville, et le second dans le quartier Wolfsson au nord de la station de la gare rou­tière d’Acre. Les émeu­tiers Juifs lan­cèrent des pierres, s’affrontèrent à la police et atta­quèrent des pas­sants Arabes. Dix émeu­tiers furent arrêtés et quelques per­sonnes blessées.

Des cen­taines d’émeutiers Juifs se ras­sem­blèrent sur la maison de la famille Abu-​​Ataba, rue Ehad Ha’am. Ils caillas­sèrent le maison et l’endommagèrent, en même temps qu’ils criaient “Mort aux Arabes”. Des membres de la famille furent blessés.

Cette nuit là, le com­mis­saire de police Ins­pecteur Général Dudi Cohen ren­contra les leaders des com­mu­nautés arabes et juives d’Acre. Après la ren­contre, il dit qu’ « il est important d’appeler à un calme total. Chacun doit se ques­tionner et ramener la paix et la tran­quillité. Nous devons par­venir au calme dans la ville et ramener la vie à son cours normal ». Les leaders Arabes firent aussi des décla­ra­tions pour calmer la situation, mais pas les repré­sen­tants de la com­mu­nauté juive. Le Premier Ministre Ehud Olmert et la Ministre des Affaires Etran­gères Tzipi Livni deman­dèrent le retour à la paix, mais aucun res­pon­sable israélien n’a dénoncé les actions vio­lentes des habi­tants Juifs.

Vendredi 10 octobre

Au cours des émeutes après Yom Kippour, au moins huit per­sonnes furent blessées. A chaque fois, des Juifs furent blessés au cours de clashes avec la police, tandis que les Arabes étaient blessés par des atta­quants Juifs. Cinq cent poli­ciers furent sta­tionnés dans la ville. Malgré les décla­ra­tions de la police que son intention était d’empêcher d’autres émeutes dans les quar­tiers Est, les émeu­tiers ne furent pas dis­persés mais conti­nuèrent d’attaquer les citoyens Arabes vivant dans la zone.

La police dégagea quelques ras­sem­ble­ments d’émeutiers près de l’école « Eshkol », où les mani­fes­tants lan­çaient des pierres sur quelques voi­tures et maisons arabes. Dix per­sonnes furent arrêtées. La foule juive attaqua la maison de la famille Hamad, près du collège West Galilee, la maison des Bar­ghouti rue Hayozrim et une autre maison fami­liale arabe rue Ehad Ha’am. Deux autres maisons de familles arabes rues Harav Lopez et Ramlah furent incendiées.

La maire d’Acre Shimon Lankri annonça l’annulation du Fes­tival de Théâtre Alter­natif d’Acre qui se tient chaque année dans la ville. Le fes­tival devait ouvrir le 15 octobre. Le maire déclara que "vue la colère et les vio­la­tions des droits reli­gieux des habi­tants, réa­liser le fes­tival serait de mauvais goût ». La veille, la maire avait appelé les Israé­liens à venir au fes­tival. L’annulation du fes­tival vint après que les émeu­tiers Juifs l’aient demandé comme sanction écono­mique contre les Arabes de la ville.

Des émeutes eurent lieu dans les quar­tiers nord rues Alkalai, Ben Shushan et Ehad Ha’am. Dans ces sec­teurs de la ville, il y a une majorité juive, en tout environ vingt familles arabes y vivent. Les émeu­tiers Juifs des­cen­dirent dans les rues et crièrent « Mort aux Arabes ». Ils atta­quèrent les maisons de familles arabes, essayant de faire fuir leurs habi­tants ; ils endom­ma­gèrent les maisons et y mirent le feu. Les émeutes conti­nuèrent : des arbres et des pou­belles furent brûlés dans les rues. Un texte dis­tribué aux habi­tants Juifs appela au boycott des com­merces et des bou­tiques arabes.

Vers minuit, trois habi­tants Juifs furent arrêtés alors qu’ils essayaient d’endommager une maison fami­liale arabe. Les clashs vio­lents reprirent dans le quartier est. Douze émeu­tiers furent arrêtés.

Samedi 11 octobre

Les repré­sen­tants des Arabes firent une décla­ration dans laquelle ils condam­naient Jamal, le chauffeur de la voiture, pour avoir conduit pendant Yom Kippour. Le conducteur s’excusa devant une session du Comité Inté­rieur de la Knesset. Les repré­sen­tants de la com­mu­nauté juive d’Acre, le maire et le rabbin de la ville refu­sèrent d’accepter les excuses. Les émeutes conti­nuèrent. Le maire demanda plus d’arrestations.

Une pétition circule sur Internet, signée par de nom­breux artistes et uni­ver­si­taires Juifs et Arabes. Elle appelle au maintien du Fes­tival de Théâtre Alter­natif d’Acre comme prévu. A la tombée de la nuit, une foule juive incendie la maison d’une autre famille arabe. La police se heurte aux hors-​​la-​​loi Juifs.

Dimanche 12 octobre

Plu­sieurs femmes et enfants Arabes évacuées de chez elles tentent d’y revenir pour prendre des vête­ments et des four­ni­tures mais n’y par­viennent pas. Les familles arabes mani­festent devant la mairie ; des émeu­tiers Juifs viennent et les attaquent.

Le maire Lankri change sa position et déclare : « Je suis heureux que les leaders Arabes condamnent ce grave incident ».

Au cours des quatre jours de confron­tation, 54 per­sonnes ont été arrêtées, moitié Juifs, moitié Arabes. Sys­té­ma­ti­quement, les tri­bunaux relâchent les détenus Juifs, tandis que la détention des Arabes est pro­longée. Le Ministre de la Science, de la Culture et des Sports, Galeb Majadle, annonça qu’il s’oppose

à l’ajournement du fes­tival d’Acre. Dans une interview à Ynet, le chef de la police du dis­trict nord Shimon Koren déclare que ceux qui rompent l’ordre public sont Juifs : « Nous savons qui ils sont et nous les cueillerons ». Il a indiqué clai­rement que quand les émeutes ces­se­raient, les arres­ta­tions conti­nue­raient : « Nous avons des preuves et nous pro­duirons des réquisitoires ».

En réponse à ces événe­ments vio­lents, le directeur de la yeshiva « Hesder », le rabbin Yossi Stern, a promis de construire un nouveau site pour la yeshiva en (centre) ville (arabe, ndt) aus­sitôt que pos­sible : « Acre est le test national dans la lutte pour le caractère national de l’Etat d’Israël » , a-​​t-​​il dit.

Lundi 13 octobre

La police arrête et interroge le fils de Tawfik Jamal, le citoyen Arabe Israélien qui a circulé dans le quartier juif la veille de Yom Kippour et qui a été blâmé pour avoir causé les émeutes alors qu’il a été attaqué et que sa vie a été en danger.

Ensuite, la police relâcha le fils de Jamal et arrêta M. Jamal lui-​​même. Il est interrogé et sa détention a été pro­longée par la Cour. La police dit qu’il est suspect d’avoir conduit en excès de vitesse, d’avoir mis des vies en danger et d’avoir heurté les « sen­ti­ments reli­gieux » en conduisant à Yom Kippour dans un quartier juif.

Froisser les sen­ti­ments d’autres et conduire pendant Yom Kippour ne sont pas des méfaits.

Mardi 14 octobre

Des comités de soli­darité pour les habi­tants Arabes d’Acre, créés à l’initiative de Juifs et d’Arabes, visitent la ville. Les émeutes contre les citoyens Arabes d’Acre reçoivent l’attention inter­na­tionale dans le monde. Les diri­geants publics Arabes demandent un comité d’enquête neutre non désigné par l’Etat. « Nous avons appris la leçon d’octobre 2000 [lorsque la police sio­niste tua 13 Pales­ti­niens d’Israël par­ti­cipant à des mani­fes­ta­tions paci­fiques contre les tueries anti­pa­les­ti­niennes qui sui­virent l’invasion de l’esplanade des Mos­quées par Ariel Sharon, ndt], ont déclaré les diri­geants Arabes. Il n’y a tou­jours pas de solution pour les familles arabes forcées de fuir les quar­tiers Est pendant les nuits d’émeute. La plupart séjourne tou­jours dans des hôtels ou en famille. La police ne fait rien pour les ramener chez eux.

Octobre 2008 à Acre

Les attaques de citoyens Arabes par des Juifs extré­mistes ces der­nières années

Les har­cè­le­ments vio­lents contre des habi­tants Arabes par des Juifs n’ont pas débuté à Acre à la veille de Yom Kippour 2008. Les vagues d’attaque et d’intimidation ont déjà débuté en 2002, juste avant qu’une école reli­gieuse (yeshiva) soit établie dans la ville et que des colons Juifs s’y établissent. Quelques uns des nom­breux événe­ments docu­mentés sont cités ci-​​dessous :

2002 :

La voiture du juriste Madikha Ramal est incendiée à la suite de l’explosion d’une bombe à Netanya.

2005 :

Les maisons de trois familles arabes de la rue Alkalai sont incen­diées : les familles Ramal, Sha’aban et Khalaile.

2007 :

Dans le même quartier, Subhi Morsi est attaqué et sa voiture est incendiée.

8 Avril 2008 :

Des extré­mistes Juifs incen­dient à nouveau la maison des Ramal. Des cock­tails Molotov sont lancés dans la maison alors que la famille est endormie.

23 Avril 2008 :

La mosquée “Al-​​Manshiya” est van­da­lisée par quatre jeunes Juifs du voi­sinage. Au cours de l’interrogatoire, ils admettent une ten­tative d’incendier la maison d’une autre famille arabe quelques mois auparavant.

Depuis 2002, des slogans comme “Mort aux Arabes” sont taggés sur les murs du quartier et dans les ascen­seurs des immeubles. Octobre 2008 à Acre

Les témoignages des familles attaquées

La famille Ali

Walid et Tamam Ali et leurs trois enfants vivent dans la rue Lopez depuis 1976. Le 9 octobre 2008, vers 1930, ils virent une masse de gens – vers les 300 – s’approcher de chez eux. En quelques secondes la foule se mit à lancer des pierres et à crier « Mort aux Arabes », « Partez d’ici et de notre pays » et des slogans sem­blables. Un tir de lourdes pierres (des pavés) abîma les portes et les fenêtres de la maison, dont une grande porte vitrée du salon. L’attaque dura environ une demi-​​heure. Dans la maison tout fut brisé, et la foule se rap­procha. Taman Ali, la mère, perdit conscience à cause d’une hypo­tension due aux événements.

La famille Ali appela la police bien des fois, et reçut tou­jours la même réponse : la police sait ce qui se passe et ferait quelque chose mais toute la ville est en désordre. Mais la police n’est jamais venue, et fina­lement la famille Ali a appelé ses proches pour leur demander de venir et de les aider à fuir.

Le frère et le neveu d’Ali arri­vèrent dans leur voiture mais ne purent pas entrer dans leur rue, la police ayant mis une bar­rière à son entrée et ne per­mettant à per­sonne d’entrer. Après une heure et demi de demandes à la police, deux poli­ciers Arabes de garde acce­ptèrent de les laisser entrer et de les accom­pagner à la maison de la famille Ali. Ensemble, ils aidèrent les membres de la famille à quitter la maison, la mère était en mauvais état phy­sique et le reste de la famille en état de choc. Au cours du sau­vetage, la foule continua à jeter des pierres et à pousser des jurons, et com­mença à acclamer qu’ils avaient « réussi » à jeter la famille hors de chez elle.

Après que la famille soit partie ; les foules pous­sèrent la voiture d’Ali au milieu de la rue, la ren­ver­sèrent et la lapi­dèrent, ainsi que la maison. Plus tard ce soir là, un des voisins Juifs appela la police et dit que la foule avait incendié la voiture. Plus tard cette nuit là, la police envoya six agents garder l’entrée de la maison. Le matin suivant, ven­dredi, le fils aîné de la famille vint avec un ami à la maison récu­pérer des vête­ments, de l’argent et d’autres choses. Au moment d’arriver à la maison, des émeu­tiers Juifs s’approchèrent et les mena­cèrent de les frapper s’ils ne par­taient pas tout de suite. Avec cris et jurons, les traitant de “sales Arabes”.

Les deux ados effrayés par­tirent immé­dia­tement sans rien emporter. Lors de leur départ, un des voisins – un chef de service de la mairie – dit à la foule : « Chassez-​​les. Ne les laissez pas rester ici. On ne veut pas d’Arabes dans ce quartier et dans notre pays non plus. C’est notre pays ». Les poli­ciers qui assis­taient à tout ça n’interférèrent pas. Ce soir là, la voiture du fils fut aussi incendiée sous les yeux de la police. Samedi, le len­demain, la populace mit feu à la maison, tou­jours sous les yeux de la police. Plu­sieurs voisins Juifs appe­lèrent les pom­piers. Malgré que leur caserne fût située tout près de la maison, il fallut 15 minutes à la brigade pour arriver.

Le dimanche soir, les garçons vinrent à nouveau pour essayer d’emporter de la maison des livres sco­laires et des uni­formes pour leur jeune frère. Ils trou­vèrent la maison brûlée et sans élec­tricité. A cause du manque d’électricité, ils ne purent pas évaluer les dom­mages. Les voisins leur dirent qu’avant d’y mettre le feu la foule avait volé beaucoup de choses à l’intérieur.

La famille Sa’adi

Hana et Jalal Sa’adi vivent dans une maison au 9/​3 rue Yosef Gadish dans le quartier Est d’Acre. Le couple a trois fils de 7, 6 et 3 ans et demi. Hana a aussi deux fils de son mariage pré­cédent, Tamer Zaidan (24) et Omri Zaidan (20). Le 9 octobre, la famille au complet était chez elle quand une foule juive vio­lente apparut dehors.

La foule ouvrit de force la porte de la maison, détruisit le jardin et cassa les volets du séjour et la porte vitrée du porche. La famille appela la police à maintes reprises mais ne reçut aucune assis­tance, et la police ne vint pas en aide, ni pour les aider à évacuer. Après le départ de la foule, Hana s’enfuit à pied demander de l’aide, d’abord à un policier qui lui répondit en lui disant “d’apprendre sa leçon”, puis au poste de police, où on lui dit de rentrer chez elle sans escorte, avec la pro­messe qu’une unité de YASAM (police anti-​​émeute) serait envoyée immé­dia­tement. Hana rentra chez elle à pied, malgré le danger. Elle attendit plu­sieurs heures que l’unité de police arrive.

Le len­demain, la foule juive revint à la maison. Vers 21 heures, les gens com­men­cèrent à lancer des pierres sur la maison tout en criant et en jurant des insultes racistes, causant des des­truc­tions mas­sives à la maison et trau­ma­tisant toute la famille. Après environ 20 minutes une unité YASAM arriva et dit aux occu­pants de se pré­parer à une évacuation de secours. Ils furent évacués dans un véhicule de police, pendant que la foule d’émeutiers jetait des pierres au véhicule de police. Le véhicule arriva au poste, où les membres adultes de la famille se vit notifier leur arres­tation. Les filles furent mises en garde chez des membres de la famille. Le len­demain, la mère, Hana, fut relâchée à 14 heures mais Jalal, Tamer et Omri furent main­tenus en détention. Les trois, en plus de cinq habi­tants Juifs qui avaient été arêtes, furent conduits devant un juge du tri­bunal de police de Kiryion. A la suite, tous les détenus Juifs furent relâchés mais les trois Arabes détenus furent main­tenus en prison. Pendant que les membres de la famille étaient enfermés chez eux sans assis­tance de la police, ils avaient lancé des pierres en riposte aux émeu­tiers, pour les main­tenir à dis­tance. C’est la raison qui fut donnée pour l’arrestation et le maintien en détention des hommes adultes de la famille. Ce schéma fut répété dans les autres cas d’attaques : la police arrêta les vic­times d’assauts avec les atta­quants, puis au tri­bunal les atta­quants furent libérés tandis que la détention des vic­times était prolongée.

La famille Rammal

Le 8 octobre, les membres de la famille Rammal furent emmenés de chez eux rue Alkalai sous pro­tection poli­cière parce qu’ils crai­gnaient pour leurs vies. Ils ont été emmenés dans dif­fé­rents lieux par la suite et ont été inca­pables jusqu’à présent de rentrer chez eux. Dans une interview avec des jour­na­listes Arabes, la mère, Ronza Rammal, a cri­tiqué l’impuissance de la police contre les extré­mistes Juifs qui créent un régime de terreur en atta­quant les familles arabes dans le secteur. Elle sou­li­gnait que ses enfants et elle vivaient des cir­cons­tances extrê­mement dif­fi­ciles, allant de maison en maison sans leurs bagages les plus basiques.

Leur fille, Walaa, a demandé à toutes les ins­ti­tu­tions et res­pon­sables d’intervenir rapi­dement et de résoudre les pro­blèmes de la famille en leur per­mettant de rentrer chez eux. Actuel­lement, ils vivent avec dix habi­tants à Wolfsson dans un deux-​​pièces.

Le 12 octobre, Walaa a demandé à la police de l’escorter chez elle pour qu’elle puisse prendre des vête­ments et d’autres objets néces­saires pour la famille. La police refusa de l’accompagner, déclarant « On n’est pas vos chauf­feurs de taxis ». Mais après insis­tance de la famille, la police céda à leur demande et deux voi­tures de police accom­pa­gnèrent le taxi dans lequel se déplaçait la famille. A l’entrée de la rue Alkalai, ils ren­con­trèrent une foule mena­çante de Juifs criant « Mort aux Arabes ! » et la police se retira immé­dia­tement, demandant que la famille se retire aussi. Ronza Rammal dit que ces attaques ont un but, “de nous chasser de notre quartier et de faire partir les Arabes d’Acre. Mais nous res­terons à Acre où nous sommes nés, malgré la vio­lence dirigée contre nous », a-​​t-​​elle insisté.

La famille Halaila

La famille Halaila a été extraite de chez elle rue Alkalai par la police le 10 octobre après que leur fille ait été attaquée par des émeu­tiers Juifs. La mère et ses quatre filles n’ont actuel­lement nulle part où vivre. Les 12 octobre, elle a contacté la muni­ci­palité d’Acre pour lui demander d’apporter une solution à leur problème.

Dans une interview, Mme Halaila a dit : « Notre situation est extrê­mement grave. Les enfants ne vont pas à l’école, nous n’avons pas de vête­ments, nous ne tra­vaillons pas. Nous avons demandé à la muni­ci­palité de nous fournir, comme elle en a l’obligation, un héber­gement pro­vi­soire. Nous avons aussi demandé à être escortés dans notre quartier pour prendre nos affaires et des vête­ments ». Le 12 octobre, ils ten­tèrent de rentrer chez eux, mais furent attaqués et expulsés par des émeu­tiers Juifs.

La famille Sha’aban

La maison fami­liale des Sha’aban, rue Alkalai, a été attaquée, van­da­lisée puis brûlée par les émeu­tiers Juifs. La police a aidé la famille à partir mais n’a pas protégé la maison.

La famille Morsi

Le 11 octobre, les émeu­tiers Juifs ont attaqué la maison de Soubhi Morsi dans le quartier Al-​​Manshiya de la partie est d’Acre. “Ils ont tout détruit. Ceci montre quelle haine a couvé en eux pendant des années” a dit Morsi dans une interview. L’attaque a laissé la maison tota­lement incendiée.

La maison de la famille Bar­ghouti rue HaYotsrim dans la partie est d’Acre a été attaquée et mise à feu à plu­sieurs reprises pendant les émeutes.

Acre, octobre 2008

“Activités pour judaïser Acre”

Les événe­ments récents d’Acre s’inscrivent dans une ten­dance qui n’a pas reçu d’attention publique : une vaste attaque des groupes natio­na­listes de droite sur les villes judéo-​​arabes.

Il est utile de lire les appels racistes à boy­cotter les entre­prises arabes à Acre en même temps que l’appel à colo­niser Lid (Lod) en 2002. Ces appels ont donné des résultats et on peut voir le lien entre eux et les acti­vités des extré­mistes à Jaffa-​​Tel Aviv. Ces der­nières années, le groupe natio­na­liste de droite « les Graines des Colonies” s’est concentré à Lid, Ramle, Acre, Jaffa et d’autres sec­teurs à “risque démo­gra­phique” et ils ont été encou­rages par les auto­rités locales à faire du “travail social” dans ces zones. Aujourd’hui il y a près de 200 yeshivas à Acre en plus d’environ 1000 colons extrémistes.

Le groupe Ometz (Courage)

Ce groupe d’Acre a été établi par des colons Juifs, des ex-​​étudiants des yeshivas d’Hébron, de Kedumim et du sud de Mont Hébron. Un des fon­da­teurs est Ishai Rubin, qui est né et a grandi dans la colonie ‘idéo­lo­gique’ d’Elon Moreh. Rubin et son ami David Cohen avaient d’abord prévu de se joindre à une nou­velle colonie sur une des col­lines près d’Hébron, mais ils ont décidé plutôt de venir à Acre.

En 1997, un groupe de jeunes familles s’est ins­tallé à Acre, avec l’intention de ren­forcer la “judaï­sation de la ville”. De plus en plus de jeunes colons vont dans les villes mixtes et sont membres du mou­vement national reli­gieux concentré sur les ‘ques­tions sociales’. Cer­tains d’entre eux y voient un idéal par lui-​​même. D’autres un moyen d’augmenter leur soutien financier parmi les Juifs israé­liens. Leur leader est le rabbin Nachshon Cohen, pré­cé­demment de la yeshiva Hébron dans la colonie Beth Romano d’Hébron. Dans une interview avec des jour­na­listes de Ha’aretz, il déclarait : “Il ne fait aucun doute que la colonie de Yesha est aussi vitale que Misgav Am ou Kiryat Shmona.”

Le Parti National Uni est actif à Jaffa. Une confé­rence d’avril 2008 consacré à l’ ‘ins­tal­lation’ dans Ramle a été orga­nisée par ce parti natio­na­liste de droite, par le groupe reli­gieux Amichai et le mou­vement Komemiut (établi après le retrait de Gaza). Les actions illé­gales de ces colons, qui paraissent sou­tenus par le gou­ver­nement, sont simi­laires à celles menées dans les Ter­ri­toires Pales­ti­niens Occupés.

Ces jeunes colons accom­plissent des “mis­sions sociales” avec pour intention de judaïser la société israé­lienne et de ren­forcer l’hostilité aux Arabes. Ils recrutent des habi­tants en pro­mettant aux familles national-​​religieuses la chance d’améliorer leur qualité de vie en s’installant dans les villes mixtes dans des com­mu­nautés au sein d’Israël, avec le soutien écono­mique de l’Etat.

D’après le chef de la yeshiva Heder d’Acre, le rabbin Yossi Stern :

"Acre est un test national. Acre est main­tenant ce que sera Israël dans 10 ans. Ce qui se passe à Acre aujourd’hui est ce qui se passera en Israël. Nous sommes l’avant-garde. Nous res­pectons l’Etat, et nous devons, par tous les moyens, être forts et nous tenir fer­mement en son honneur.

"La coexis­tence est un attrape-​​tout. Après tout, Acre est une ville comme Ra’anana, Kfar Saba et Haïfa, qui doit main­tenir son identité juive. Je ne crois pas qu’il y ait de désaccord. Acre est la capitale de la Galilée, ce sont des mil­liers d’années d’histoire juive. Nous sommes ici pour pré­server cette identité juive, en for­tifier l’esprit et pour sou­tenir notre honneur national.

Il y a plein de maisons à vendre ici, et la situation est que soit les Arabes les achè­te­raient, soit nous amè­ne­rions des étudiants des yeshivas y vivre. Récemment, trente autres familles du groupe sont arrivées. Main­tenant, nous construisons une grande com­mu­nauté de colons, et des loge­ments per­ma­nents pour eux.” (Canal 7).

La yeshiva se situe sur le site d’une vieille syna­gogue à Kiryat Wolfsson. Elle a pour but de bloquer l’accès aux habi­tants Arabes dans la zone, et de contribuer à la judaï­sation de la ville. Ainsi les appar­te­ments où les étudiants des yeshivas vivent sont dans des immeubles et des zones où la plupart des habi­tants sont des Arabes.

Boycotts économiques _​ pas pour la première fois …

Une pétition dif­fusée récemment parmi les habi­tants Juifs appelle au boycott des com­merces et des entre­prises arabes dans la ville. Un nouveau site internet a été ins­tallé pour encou­rager spé­ci­fi­quement ces sanc­tions : www.akko.txt.co.il Pendant les émeutes, des tracts ont été dis­tribués – « Les Juifs n’achètent pas aux Arabes ». Un rabbin important a soutenu le boycott. D’autres boy­cotts furent aussi orga­nisés après les événe­ments d’octobre 2000, et pendant près d’un an les citoyens Juifs ache­tèrent très peu dans les magasins de la vieille ville et visi­taient rarement les lieux. Un boycott simi­laire fut tenté après les événe­ments vio­lents à la fin de Simchat Torah il y a deux ans, mais échoua. Les entre­prises arabes d’Acre en souffrent, pourtant la muni­ci­palité a annulé le Fes­tival de Théâtre Alter­natif – une des meilleures sources de revenues pour les com­mer­çants Arabes de la vieille ville.

Quatre processus sont en cours pour ‘judaïser’ les villes mixtes :

- a) Rendre la vie plus dif­ficile pour les citoyens Arabes, ins­tituer des pra­tiques dis­cri­mi­na­toires dans l’accès aux ser­vices, en mar­gi­na­lisant les Arabes pour les encou­rager à partir ;

- b) Effacer tous les signes d’identité arabe, dont la des­truction des monu­ments his­to­riques et des ins­crip­tions, des noms de rue et des noms des sites his­to­riques en arabe ;

- c) Acquérir des construc­tions et des pro­priétés via des com­pa­gnies d’Etat, en appli­cation des lois visant à la ‘judaï­sation’ des villes, en ne per­mettant pas aux familles d’hériter de leurs pro­priétés, et en faci­litant les squats et d’autres formes de contrôle de la pro­priété [des Arabes]. Tout ceci est soutenu par des contri­bu­tions finan­cières illi­mitées venant de Juifs riches de l’étranger ;

- d) Réha­bi­liter cer­tains quar­tiers ; les trans­former en quar­tiers pour artistes, galeries d’art et projets tou­ris­tiques sans aucune par­ti­ci­pation des citoyens Arabes.