Obscénités

Michèle Sibony, vendredi 21 juillet 2006

La capture des soldats israé­liens par le hez­bollah a dans un premier temps déclenché des flots de haine sur les grands medias israéliens.

On est très loin de l’époque ou ils avaient la répu­tation parfois jus­tifiée d ailleurs, de constituer un contre pouvoir dans ce pays, comme à l époque de la pre­mière intifada. Les pre­miers com­men­taires poli­tiques et de la presse ont d’abord porte sur la nature du conflit le défi­nissant clai­rement comme un conflit de civi­li­sation, une guerre contre la Terreur ( ici c’est le mot qui est utilise pour dire ter­ro­risme, et c’est bien plus fort, on est tétanisé par ce ’Terror’ pro­nonce sur tous les tons de pré­fé­rence en hurlant. Des phrases criées plus que pro­férées par des poli­tiques et des jour­na­listes telles : ’c’ est un pro­bleme de culture , pour nous un seul homme est très important, pour eux, regardez même lors de la guerre du Liban tous ces vil­la­geois et citadins déplacés des cen­taines ou des mil­liers de per­sonnes, ils n’en n’ont rien a faire’. ’Nous devons leur apprendre le prix de la vie d un seul de nos soldats, ils doivent payer très cher ce type d action, et pas seulement le hez­bollah, mais tout le Liban, le gou­ver­nement libanais doit être obligé par notre réaction a se débar­rasser du hezbollah.’

Une com­men­ta­trice de radio après des rockets sur Haïfa : ’mais ras­surez vous, vous allez voir ce qui va leur arriver, main­tenant, nos avions sont entrain de monter vers le Liban’.

Nom­breuses émis­sions radio, ou les gens appellent exprimer leurs sen­ti­ments, ceux du nord touche par les rocket en priorité : ’Il faut effacer le sud Liban, et Bey­routh et tout le Liban…’ Ou alors :’ C’est la Syrie, rien que la Syrie, c est la bas qu’ est la bêtes il faut la traquer là bas.’

Nous essayons avec mes amis Israé­liens et Pales­ti­niens de trans­poser ces dis­cours a Gaza et sur Israël pour voir s’ils seraient audibles dans la presse inter­na­tionale. Non, dans ce sens ça marche pas…

Les valeureux :

Bref tout le joli voca­bu­laire de guerre, et dans cette atmo­sphère, la manif de Tel Aviv, en pleine ’guerre de défense’ est assez héroïque je dois dire. Quelques cen­taines (500 chiffre a rap­porter tou­jours a une popu­lation de 6 a 7 mil­lions d habi­tants si l on veut un ordre d idée sérieux) des mili­tants très déter­minés, défilent parfois sous les encou­ra­ge­ments, parfois sous les insultes ( vous êtes tous des tra­velos… de cer­tains balcons on arrose les mani­fes­tants) en scandant : ’les enfants de Bey­routh et ceux des ban­lieues (de Haifa) veulent vivre’…non a la guerre oui a la paix, retour immédiat aux négo­cia­tions… Dans un pays tra­vaille depuis tou­jours par un dis­cours global de pro­pa­gande de l école mater­nelle à l’université, et qui s imagine en grand danger, en temps de guerre, ces quelques mil­liers de mili­tants sont vraiment des valeureux, c’est a sou­ligner, parce que la pression média­tique et du consensus national est ici par­ti­cu­liè­rement forte.

Quand la manif se termine, Anna une mili­tante de Haïfa se met a hurler, ’pourquoi vous arrétez vous, continuez, il n’y a rien der­riere vous, vos maisons n existent plus, continuez à marcher a hurler, que cela cesse immé­dia­tement.’ Frus­tration évidente pour beaucoup, trop Peu d arres­ta­tions, pour espérer un écho dans la presse, d autant que la télé­vision pré­sente a clai­rement indique qu elle ne fil­merait pas pour ’res­pecter le consensus’ du pays. J ai plutot l impression qu ils le fabriquent.

Une nuit passée a écouter les chaines arabes chez une copine pales­ti­nienne, avec sa tra­duction achevée de me convaincre qu il y a deux types d infor­ma­tions aujourd’hui tout a fait her­mé­ti­quement séparées, les medias arabes pour les arabes et les medias ’occi­dentaux’ pour les autres. Voir et com­prendre ce qui se passe au Liban me parait bien plus détaillé et clair sur les chaines arabes. Ces der­niers jours, les femmes ont com­mence a orga­niser des groupes de travail sur les media, a Haifa d abord, puis Jéru­salem et un troi­sième groupe s organise dans le sud : s adresser aux media ici et a l’étranger, expliquer sans répit combien cette guerre est folle, comment le Liban est écrasé sous les bombes, combien la sécurité des citoyens israe­liens est de plus en plus menacée, (nord, sud, ce matin centre…) et l urgence d arrêter cette opé­ration cri­mi­nelle et sans fon­dement et de retourner aux négo­cia­tions. Et c’est payant ; deux pleines pages dans Yediyot aha­ronot sur la manif.

Anna qui a com­mencé a s’exprimer sur des radios a déclenché des ava­lanches de malé­dic­tions et de menaces, sur les ondes, mais le jour­na­liste l’a ensuite rap­pelée pour lui dire qu ils avaient reçu des cen­taines d appel de soutien a ses posi­tions. Ceux la n ont pas eté entendus. Ce matin elle a parle sur la chaine 10 de tele­vision, la plus a gauche, et la ce sont les menaces de mort.

Pourtant sur la chaine dix on entend des voix diver­gentes des gens appellent pour dire qu il n y a aucune poli­tique der­riere cette opé­ration, qu elle met en danger le pays sans rien résoudre quant a la sécurité, au contraire. Une copine vient de m appeler de son taxi, emue et ravie, le chauffeur un vieux marocain a qui elle osait a peine parler a fini par lui dire : ’Ca fait deux fois qu on leur prend leur terre a ces gens, ça va s arreter quand ?’

Les operations aeriennes :

Je viens d entendre sur la pre­mière chaine un pilote de F16 ( filme de dos) expliquer qu il y avait une cen­taine d avions dans le ciel libanais, ’un vrai embou­teillage’ disait-​​il. A la question : ’est ce que l’opération aerienne est des­tinée a faire l économie d une inter­vention ter­restre’, il a répondu : ’cer­tai­nement a la reduire au maximum, mais elle risque d etre inevi­table’. De meme il a demande du temps pour pouvoir achever l ope­ration avec succes, ce que l on entend de plus en plus des offi­ciels israe­liens, deux semaines, peut etre plus. Il faudra tenir disent ils, on a vu pire. Pas sur, en tout cas pas pour la popu­lation des villes du nord, j étais ici pendant la guerre de kippour, je n’en garde pas un sou­venir de bom­bar­de­ments sur Haifa ou je vivais a cette époque, je me sou­viens des alertes, mais pas de bombes sur la ville. En ce moment, des dizaines de rockets tombent chaque jour, et même ce matin sans sirenes, ( les sirenes se déclenchent sur le nord chaque fois qu un rocket passe la fron­tiere) . les gens vivent tres mal cette tension, enfermes dans les abris, a Naharia, Sfat, Akko, dans les moshav et les kib­bouts du nord, a Tibériade.

La guerre de kippour a été tres dure évidemment, mais sur les fron­tières, pas en basse galilée, et si les pertes mili­taires ont été lourdes, il n’y avait pas de vic­times civiles, ni cette sen­sation d être expose au cœur des villes. La capacite d atteindre a répé­tition la 3e ville du pays ne peut pas ne pas impres­sionner les Israe­liens Quand le bruit a couru qu un F 16 était tombe, la jour­na­liste a presque nai­vement ques­tionne : mais ils ont la capacité de faire ca ?

Lors d’un autre entretien ou un auditeur posait la question des civils touches au Liban, la reponse est ’bien sur nous evitons les cibles civiles, nous pre­venons meme les civils quand nous allons bom­barder, mais il faut com­prendre que le Hez­bollah cache ses armes et ses soldats au cœur des zones civiles alors oui on tire on pleure’… Je realise alors combien de bases mili­taires je connais au cœur des villes israe­liennes, et j’ imagine le Hez­bollah reprendre ce rai­son­nement… avec l’accord inter­na­tional bien sur.

Les ’arabes’ d’ israel :

Interview televise du res­pon­sable de la police du secteur nord du pays, sur les dents en ce moment avec tous les événe­ments concentres la bas. On lui demande : ’pensez-​​vous que les arabes israé­liens sont capables de causer des ennuis ?’ Il répond bon­homme : ’mais non, ils savent qu ils n ont pas interet a cela, et puis il y a aussi des vil­lages arabes du nord qui ont recu des rockets, au moins la dessus nous sommes tous égaux.’

On tire on parle :

Désolée si je suis décousue, mais la situation morale semble évoluer d heure en heure, et apres les dis­cours d’ Olmert et de Livni on entend de plus en plus sur les ondes une inquietude gran­dis­sante sur le prix demandé a la popu­lation ici et l impression que le Hez­bollah ne recule pas, donc que l opé­ration mili­taire ne semble pas atteindre ses buts.

Les réponses gou­ver­ne­men­tales se résument a on a besoin de temps, mais l option des négo­cia­tions doit ren­contrer l option mili­taire, non pas la relayer mais la scander, la phrase ’on tire on parle’ revient chez les com­men­ta­teurs. Une cer­titude affichée par les poli­tiques : le soutien large de la com­mu­nauté inter­na­tionale est un atout majeur.

C’est une phrase mar­telée sur toutes les ondes. Nous avons les mains libres et le soutien inter­na­tional. On est même ’ému’ par l’identification inter­na­tionale, en com­pa­raison des atti­tudes de l’Europe par le passe.

Demain soir réunion de la coa­lition pour orga­niser la mani­fes­tation de samedi. J’y serai. J’ai trop besoin de ren­contrer et d être avec des gens dont le cœur est au Liban et a Gaza aussi.