Obama se fait humilier à Jérusalem

Claude Angeli, jeudi 18 mars 2010

Il est fort loin, le temps où Obama, à peine élu, espérait lancer une « négo­ciation globale », en échange d’un « gel complet » de la colo­ni­sation israé­lienne dans les ter­ri­toires occupés

Depuis plu­sieurs semaines, Obama croyait avoir obtenu qu’Israéliens et Pales­ti­niens entament des négo­cia­tions indi­rectes, sous l’égide amé­ri­caine. George Mit­chell, l’émissaire de la Maison-​​Blanche au Proche-​​Orient, devait bientôt accomplir les allers et retours néces­saires entre les deux camps. Une mission aux objectifs limités, car il est fort loin, le temps où Obama, à peine élu, espérait lancer une « négo­ciation globale », en échange d’un « gel complet » de la colo­ni­sation israé­lienne dans les ter­ri­toires occupés. Une demande que Neta­nyahou avait refusée tout net, et, déjà, sans y mettre les formes.

Le 9 mars, la visite à Jéru­salem de Joe Biden, vice-​​président des Etats-​​Unis, s’est déroulée dans des condi­tions invrai­sem­blables. Dans la soirée, en com­pagnie de son épouse, il se rend en voiture à la rési­dence de Neta­nyahou, où le Premier ministre les attend pour dîner. C’est alors qu’il apprend, par télé­phone, que le gou­ver­nement israélien a autorisé la construction de 1600 nou­veaux loge­ments à Jérusalem-​​Est, cette partie de la ville qui doit en principe devenir la capitale du futur Etat pales­tinien. Estimant être pris ainsi en traître, Joe Biden donne aus­sitôt l’ordre à son chauffeur de faire demi-​​tour. Dans les cui­sines de Neta­nyahou, on met sans doute les plats à réchauffer car c’est fina­lement avec une heure et demie de retard qu’arrivera le couple Biden, pour par­tager une soupe à la grimace, et dans une ambiance sinistre, selon les invités pré­sents. Le vice-​​président US est furieux. Ami indé­fec­tible d’Israël - il a tou­jours favorisé les votes des crédits mili­taires des­tinés à cet allié des Etats-​​Unis-​​, il n’admet pas un tel trai­tement. Neta­nyahou tentera, bien sûr, de le convaincre qu’il a été mis devant le fait accompli par son ministre de l’Intérieur, pré­sident du parti ultraor­thodoxe Shass et par­tisan de la colo­ni­sation à outrance.

Chan­gement d’ambiance, le len­demain, quand Joe Biden ren­contre à Ramallah, le résident de l’Autorité pales­ti­nienne, Mahmoud Abbas. Embras­sades suivies de cette confi­dence inha­bi­tuelle « Je suis le premier vice-​​président des Etats-​​Unis à cri­tiquer le com­por­tement d’Israël », déclare Joe Biden.

Vingt-​​quatre heures passent. Joe Biden « fait la paix » avec Neta­nyahou, selon la presse israé­lienne, l’assure que la Grande Amé­rique demeure un allié sûr, et l’invite à le ren­contrer à Washington, lorsqu’il viendra assister, la semaine pro­chaine, au congrès de l’Aipac, le puissant lobby juif et pro-​​Likoud amé­ricain. Puis, le 11 mars, paraît un article détonant dans le quo­tidien « Haaretz ». Sans être le moins du monde démenti, le confrère israélien annonce que le gou­ver­nement a l’intention de construire, dans les pro­chaines années, et pour l’essentiel à Jérusalem-​​Est, 50 000 nou­veaux loge­ments « colo­niaux ». De nouveau, l’humiliation pour Obama.

Un « savon » Hillary

A Washington, cela n’empêche pas les diri­geants de l’Aipac de cri­tiquer ver­tement les diverses décla­ra­tions des res­pon­sables amé­ri­cains. Celle, par exemple, de David Axelrod, le prin­cipal conseiller d’Obama, qui juge « insultant » le com­por­tement d’Israël. Ou celle de Hillary Clinton, qui a tenu à faire savoir qu’elle avait télé­phoné durant quarante-​​trois minutes à Neta­nyahou. Et elle lui a « passé un savon », à en croire l’un de ses collaborateurs. .

Remar­quable aussi, par sa vio­lence et sa drô­lerie tout à la fois, ce fameux éditorial de Thomas L. Friedman, dans le « New York Times » du 14 mars. « Je suis un fan de Joe Biden », écrit-​​il. Avant d’ajouter que celui-​​ci aurait dû rentrer à Washington sans dîner avec Neta­nyahou, mais en lui laissant cette note : « Message de l’Amérique au gou­ver­nement israélien : des amis ne doivent pas laisser des amis conduire saouls. Et, aujourd’hui, vous êtes en train de conduire en état d’ébriété. »

Lundi 15 mars, Neta­nyahou s’est même permis de répondre avec inso­lence à Obama. Lequel a exigé – Et Hillary Clinton s’est montrée ferme sur ce point, en télé­phonant au Premier ministre israélien – l’annulation du projet des 1600 loge­ments à Jérusalem-​​Est. Résultat : une rebuffade sup­plé­men­taire. « La construction conti­nuera à Jéru­salem, comme cela a été le cas depuis quarante-​​deux ans », a pro­clamé Neta­nyahou, avant d’ajouter, sans la moindre gêne, qu’il en ira bientôt de même dans les colonies de Cisjordanie.

Quant à l’Elysée et au Quai d’Orsay, leurs loca­taires sont trop pas­sionnés par les élec­tions régio­nales pour s’exprimer avec une vigueur quelconque.