Obama et le Proche-​​Orient : Rahm Emanuel expliqué aux Arabes

Hicham Melhem, lundi 1er décembre 2008

La nomi­nation du fils d’un d’Israélien à un poste clé de l’équipe d’Obama a fait l’effet d’une douche froide au Moyen-​​Orient. Même si ce choix a été essen­tiel­lement motivé par des consi­dé­ra­tions de poli­tique inté­rieure américaine.

Le pré­sident élu Barack Obama a décidé de nommer Rahm Emanuel au poste de secré­taire général de la Maison-​​Blanche, un poste plus important que cer­tains minis­tères puisque son titu­laire fait le lien entre le pré­sident et le premier cercle de son équipe.

Cette nomi­nation a suscité des remous dans le monde arabe et dans cer­tains milieux amé­ri­cains, parce que le père d’Emanuel est un Israélien qui a fait partie de l’organisation ter­ro­riste Irgoun durant les années 1940 et parce que lui-​​même s’est engagé comme volon­taire pour aider l’armée israé­lienne lors de la guerre du Golfe de 1991. Or ce choix s’explique moins par les posi­tions d’Emanuel sur Israël que par des consi­dé­ra­tions de poli­tique intérieure.

Si Emanuel est un grand ami et allié poli­tique d’Obama, il est également très proche de David Axelrod, le prin­cipal stratège de la cam­pagne élec­torale. Obama l’a également choisi pour sa connais­sance des milieux washing­to­niens, puisqu’il connaît déjà la Maison-​​Blanche [en tant que conseiller de Bill Clinton] et le Congrès [il a été élu à la Chambre des repré­sen­tants en 2002, à Chicago]. Emanuel passe également pour être une forte per­son­nalité, auto­ri­taire, dis­ci­pliné, efficace et d’une fran­chise confinant à la gros­sièreté. Ce n’est pas un idéo­logue, et il n’a d’autre dogme que la réussite. En cas de désaccord avec les démo­crates ou les répu­bli­cains, il n’hésitera pas plus à affronter les pre­miers que les seconds. Ce choix confirme encore une fois l’intelligence, le flair poli­tique et le réa­lisme d’Obama. Le prag­ma­tisme et la pro­pension au com­promis sont des choses qu’il partage avec Emanuel.

Selon Chris Lapetina, conseiller et militant démo­crate, la nomi­nation d’Emanuel obéit pour 95 % à des consi­dé­ra­tions de poli­tique inté­rieure. Il est apprécié pour sa capacité à dire non même à ses amis pour pro­téger le pré­sident et à résister à la pré­si­dente de la Chambre des repré­sen­tants, Nancy Pelosi, qu’Obama considère comme trop à gauche.

Joint par notre journal, Lapetina estime aussi que les liens d’Emanuel avec Israël seront utiles quand Obama demandera à Tel-​​Aviv de prendre des déci­sions dif­fi­ciles. “S’il demande au Premier ministre israélien, en pré­sence d’Emanuel, quelque chose comme l’arrêt de la colo­ni­sation en Cis­jor­danie ou s’il le charge de trans­mettre un message désa­gréable à Israël, comment pourrait-​​on l’accuser d’être anti-​​israélien ?”

Selon un conseiller d’Obama, qui sou­haite rester anonyme, la prin­cipale raison de cette nomi­nation réside dans la volonté du pré­sident d’avoir à ses côtés une per­sonne qui le protège des démo­crates les plus à gauche, qui sou­haitent des réformes dont le nouvel élu ne veut pas.

Voilà pourquoi la nomi­nation d’Emanuel ne suscite pas l’enthousiasme de l’aile gauche du Parti démo­crate, où l’on se sou­vient de son rôle lors du premier mandat de Clinton pour l’adoption de l’accord de libre-​​échange avec le Canada et le Mexique et d’une loi de lutte contre la cri­mi­nalité. Cer­tains répu­bli­cains saluent en revanche ce choix. Le répu­blicain Ray Lahoud, d’origine liba­naise, député de l’Etat de l’Illinois – comme Emanuel –, estime qu’on exagère lorsqu’on l’accuse d’être sans pitié.

Selon lui, il a beaucoup mûri ces der­nières années. Même Hillary Clinton, qui s’était opposée à lui quand il était conseiller de son mari à la Maison-​​Blanche, a qua­lifié ce choix d’excellent. Quoi qu’il en soit, c’est le pré­sident qui définit la poli­tique étrangère. On en saura davantage lorsqu’il aura nommé son conseiller pour la Sécurité nationale, son ministre des Affaires étran­gères et son ministre de la Défense.


Au moment de mettre en ligne on connait les choix d’Obama : Gates reste à la défense, Clinton devient Secré­taire d’Etat (Affaires étran­gères) et Janet Napo­litano est en charge de la Sécurité intérieure [1]

[1] note : CL, Afps