OTAN, Proche-​​Orient, Afrique… Enquête sur le virage de la diplo­matie française

Alain Gresh, samedi 12 juillet 2008

Il s’en " dégage une conception diplo­ma­tique « occidentalo-​​atlantiste » fondée sur l’alliance avec les Etats-​​Unis et sur la per­ception que les trans­for­ma­tions du monde sont mena­çantes pour l’Occident".

e 13 juillet s’ouvre à Paris le sommet consti­tutif de l’Union pour la Médi­ter­ranée, un projet aux objectifs ambigus (lire « Foire d’empoigne autour de la Médi­ter­ranée »), mais que M. Nicolas Sarkozy pré­sente comme un de ses grands objectifs de poli­tique étrangère. Dans ce domaine plus que jamais réservé, le pré­sident a mul­tiplié les ini­tia­tives, oubliant les décla­ra­tions sur la défense des droits humains qu’il avait mar­telées durant la cam­pagne élec­torale et que la nomi­nation de M. Bernard Kouchner au Quai d’Orsay devait concré­tiser (lire « “Le Quai d’Orsay, c’est moi !” »). Au-​​delà des dys­fonc­tion­ne­ments liés à l’exercice soli­taire du pouvoir par le chef de l’Etat et à la mar­gi­na­li­sation du ministère des affaires étran­gères, se dégage une conception diplo­ma­tique « occidentalo-​​atlantiste » fondée sur l’alliance avec les Etats-​​Unis et sur la per­ception que les trans­for­ma­tions du monde sont mena­çantes pour l’Occident. Cette vision imprègne la gestion de tous les dos­siers, de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord (OTAN) au conflit israélo-​​palestinien, du nucléaire iranien à la crise liba­naise. Mais, parfois, la dure réalité et les intérêts écono­miques et stra­té­giques, en Afrique par exemple (lire « Signaux contra­dic­toires sur le continent noir »), ramènent le pré­sident à une poli­tique plus tra­di­tion­nelle. Par Alain Gresh

Naguère l’exercice était banal, presque rou­tinier. La France élisait un pré­sident ; un an plus tard, le jour­na­liste chargé de faire le bilan de sa poli­tique étrangère énonçait le même constat, résumé en un mot : conti­nuité. Dans ce « domaine réservé », le consensus s’imposait à la gauche comme à la droite depuis que Charles de Gaulle en avait, après 1958, fixé les grandes lignes. La vic­toire en 1974 d’un can­didat non gaul­liste, M. Valéry Giscard d’Estaing, n’avait entraîné aucun tournant majeur, ni celle de François Mit­terrand, pourtant réputé atlan­tiste et proche d’Israël.

Avec l’élection de M. Nicolas Sarkozy, le 6 mai 2007, quelque chose a changé. D’ailleurs, l’Elysée s’en glo­rifie : la poli­tique étrangère n’échappe pas à la volonté de chan­gement du pré­sident. Mais quelle est la part de la « rupture » et celle de la « conti­nuité », deux prin­cipes mille fois res­sassés depuis un an ? Tenter un bilan dans ce domaine est ardu tant le volon­ta­risme règne au sommet de l’Etat, tant les retour­ne­ments sont dif­fi­ciles à décrypter, sans parler d’un certain oppor­tu­nisme propre à tous les diri­geants politiques.

Jamais, depuis les débuts de la Ve Répu­blique, les déci­sions n’ont été à ce point concen­trées dans les mains d’un seul homme, qui pro­fesse un profond mépris pour le ministère des affaires étran­gères et, plus lar­gement, pour les ins­ti­tu­tions et les dos­siers. La réception très média­tisée du colonel Mouammar Kadhafi au mois de décembre 2007, à Paris, a mis en lumière les couacs d’une gestion soli­taire. Le pré­sident Sarkozy récom­pensait ainsi son hôte de lui avoir remis les infir­mières bul­gares , mais le prix payé en termes d’image laissa les diplo­mates du Quai d’Orsay aba­sourdis. Il est vrai que la vente d’une ving­taine d’Airbus, les contrats obtenus par les groupes Areva, Vinci, Veolia Envi­ron­nement, Gaz de France, sans oublier la coopé­ration dans le domaine du nucléaire civil, atté­nuent bien des scru­pules — cette « diplo­matie nucléaire », très mer­cantile, semble un axe prio­ri­taire en direction des pays médi­ter­ra­néens et arabes.

Pas plus qu’aux Etats-​​Unis (…)