OLP. « Il faut reconnaître dès à présent l’État palestinien »

entretien avec Hanna Amireh, du CE de l’OLP, mercredi 17 mars 2010

Hanna Amireh, membre du comité exé­cutif de l’OLP, explique pourquoi la gauche pales­ti­nienne refuse les dis­cus­sions indi­rectes dans les condi­tions imposées aujourd’hui par les diri­geants israéliens.

Lors de 
la der­nière réunion du comité exé­cutif de l’OLP, la gauche pales­ti­nienne s’est démarquée de la majorité en refusant 
la reprise du dia­logue indirect avec les Israé­liens. Pourquoi  ?

Hanna Amireh. Le comité exé­cutif a pris la décision d’accepter les dis­cus­sions indi­rectes avec Israël. Notre parti, le Parti du peuple pales­tinien (PPP, com­mu­niste), le Front popu­laire de libé­ration de la Palestine (FPLP) et le Front de libé­ration de la Palestine (FLP) étaient contre. D’autres étaient vraiment scep­tiques. Donc, effec­ti­vement, cela n’a pas été une décision unanime de la part du comité exé­cutif de l’OLP. D’abord, nous ne pensons pas que ces dis­cus­sions puissent amener un quel­conque résultat. Deuxiè­mement, nous avons déjà tenté des dis­cus­sions bila­té­rales entre les Pales­ti­niens et les Israé­liens. Or, il faut se rendre à l’évidence, elles n’ont mené nulle part. Il faut donc réfléchir à une alter­native. Prin­ci­pa­lement pour porter les pro­blèmes des Pales­ti­niens au niveau de la com­mu­nauté inter­na­tionale, des Nations unies. Pour essayer d’avoir une recon­nais­sance inter­na­tionale des fron­tières de juin 1967, dans les­quelles nous bâti­rions l’État pales­tinien. Nous ne pensons pas que les Israé­liens soient prêts à lâcher quoi que ce soit dans le cadre de rela­tions bilatérales.

Après l’annonce de la création de nou­veaux loge­ments de colons à Jérusalem-​​Est et la tension qui s’en est suivie avec les États-​​Unis, Mahmoud Abbas n’a-t-il pas lui aussi expliqué qu’il n’était pas question de reprendre les discussions  ?

Hanna Amireh. Les Amé­ri­cains poussent pour qu’il y ait des dis­cus­sions indi­rectes. Ils pensent que ce type de dis­cus­sions aboutira auto­ma­ti­quement à des dis­cus­sions directes. Pourtant, lorsque Joe Biden était ici, les Israé­liens n’ont pas hésité à annoncer la construction de 1600 loge­ments de colons à Jérusalem-​​Est. Malgré cela, les Amé­ri­cains conti­nuent sur cette même lancée. De notre côté, une nou­velle décision a été prise. La direction pales­ti­nienne a décidé de sus­pendre toute idée de dis­cussion indi­recte avec Israël. Nous attendons la réunion du quar­tette (États-​​Unis, Russie, Union euro­péenne et ONU – NDLR) qui doit se réunir à Moscou le 18 mars.

Quelle va être l’attitude de la gauche palestinienne au sein de l’OLP  ?

Hanna Amireh. Nous sommes convaincus que cette voie, celle de dis­cus­sions indi­rectes avec Israël, n’aboutira à aucun résultat. Nous conti­nuons à penser que toute solution sérieuse passe par la négo­ciation. Mais nous ne pensons pas que des négo­cia­tions sans réfé­rences, c’est-à-dire les réso­lu­tions inter­na­tio­nales, sans gel total de la colo­ni­sation, amènent des résultats. Tant que les Israé­liens n’arriveront pas à cette conclusion, aucune négo­ciation bila­térale ne pourra aboutir à une solution sérieuse. C’est pour cela que nous en appelons à la com­mu­nauté inter­na­tionale, que nous voulons qu’elle prenne vraiment en charge le dossier, pour imposer une solution à Israël. Pour cela, il faut une recon­nais­sance de l’État pales­tinien dans les fron­tières de 1967 main­tenant et, au niveau écono­mique, arrêter les cadeaux faits à Israël.

Entretien réalisé par Pierre Barbancey