Nouvelles de Palestine occupée

Laura, samedi 17 juillet 2010

Laura, pré­sente en Palestine depuis quelques semaines, témoigne de l’occupation quo­ti­dienne et de mani­fes­ta­tions à Jérusalem-​​est.

Bonjour à tous,

je tiens aujourd’hui à vous parler de ma journée d’hier ainsi que d’un de mes amis Pales­ti­niens qui vient de quitter la Cisjordanie.

Hazem a 30 ans et sa famille vient de Gaza. Il est né au Liban car sa famille s’y est réfugiée en 1948. Quand il était ado­lescent ils ont du migrer en Syrie. Quelques années après les accords d’Oslo, en 1997, il leur a été permis de rentrer à Gaza. Hazem y a alors passé 9 mois puis est parti étudié à Birzeit en Cis­jor­danie. De 98 à 2000 il a pu retourner à Gaza pour de courts séjours. Du début de la deuxième Intifada, en 2000, jusqu’à 2009 Hazem n’a pas vu sa famille. Il y a quelques mois ses parents son eux aussi venus s’installer à Ramallah, et ceci de manière illégale.

Hazem est marié a une Alle­mande d’origine pales­ti­nienne, qui vit main­tenant avec lui à Ramallah. Son travail lui permet de faire des allers-​​retours régu­liers entre la Cis­jor­danie et l’Allemagne. Hazem lui est coincé à Ramallah. En effet, l’été dernier, alors qu’il pré­voyait de passer l’été en Europe avec sa femme, il apprit qu’il séjournait illé­ga­lement en Cis­jor­danie, que le permis qu’il avait eu pour venir étudier à Birzeit était expiré.

Il ris­quait donc de se faire arrêter. Au mois d’avril dernier un nouvel ordre mili­taire sti­pulait également que toute per­sonne séjournant illé­ga­lement en Cis­jor­danie était considéré par Israël comme un "agent infiltré", ris­quant 3 à 7 ans de prison et le transfert à Gaza. Depuis un an donc Hazem ne sort plus de Ramallah.

Depuis plu­sieurs années il essaie d’aller à l’étranger pour pouvoir faire sa thèse. En 2006 il obtint une bourse pour aller étudier à Londres. Israël ne lui permit pas de sortir du ter­ri­toire. Cette année il décida de retenter et envoya une demande de bourse à l’université de Genève. Il l’obtint en Mars dernier. La pre­mière chose qu’il fit après avoir obtenu la bourse a été de faire une demande auprès des auto­rités israé­liennes pour avoir un permis de sortir, 5 mois plus tard, pour la date du ven­dredi 16 juillet.

Hazem obtint le permis jeudi, à 18h. Il passa la nuit à faire son sac en espérant ne pas se faire arrêter à son passage à la fron­tière le len­demain matin. Il est fina­lement passé. Heureux et soulagé. Mais aussi très triste. Il n’aura sur­ement jamais le droit de retourner en Cis­jor­danie, ni de revoir ses parents, qui sont à leur tour coincés à Ramallah …

Hier, une fois sûre qu’Hazem était sain et sauf, et de l’autre côté de la fron­tière, je suis allée à Jéru­salem pour par­ti­ciper à la mani­fes­tation de Sheikh Jarrah avec les jeunes de Géné­ration Palestine.

Cette mani­fes­tation a créé et crée encore débat. Les ini­tia­teurs de ce ras­sem­blement heb­do­ma­daire sont des Israé­liens, de dif­fé­rents horizons. Ils n’appartiennent pas à des orga­ni­sa­tions clai­rement iden­ti­fiées et ont, pour cer­tains, une vision poli­tique très éloignée de la nôtre. Cer­tains se disent "sio­nistes de gauche", d’autres s’opposent aux des­truc­tions de maisons de Pales­ti­niens à Jérusalem-​​est comme on pourrait s’opposer à la des­truction d’un squat en France. D’autres encore son pro BDS et militent avec les Anar­chistes Contre le Mur. Bref tout ce petit monde se retrouve tout les ven­dredi à 16h pour dire non aux des­truc­tions et vols de maisons pales­ti­niennes dans le quartier.

La venue des groupes de Géné­ration Palestine n’est pas passée inaperçue hier… En effet nous étions nom­breux et nos slogans n’étaient pas dans la ligne poli­tique habi­tuelle de la mani­fes­tation. Nous avons dû faire des conces­sions. Ceci pour ne pas casser le travail que ces mili­tants israé­liens font depuis des mois pour qu’il assurer une pré­sence heb­do­ma­daire à Sheikh Jarrah. Cependant, cela a soulevé de nom­breuses ques­tions permis les jeunes de GP. Sommes-​​nous prêts à mani­fester avec des sio­nistes ? avec des per­sonnes qui n’ont pas du tout les mêmes objectifs poli­tiques que nous ? qui refusent de parler de boycott ?

Le retour à l’auberge de jeu­nesse a été très riche en débats ! Cette mani­fes­tation a aussi permis de voir l’état de la mobi­li­sation en Israël… c’est à dire pas orga­nisée, très fri­leuse poli­ti­quement et surtout très igno­rante de la situation des Palestiniens.

En partant de Jéru­salem pour rentrer sur Ramallah, en sortant de la vieille ville par la porte de Damas, je me suis retrouvée bloquée par le défilé de cen­taines de Juifs ortho­doxes qui par­taient prier pour le début de Shabat. Une petite dizaine d’enfants pales­ti­niens, se tenant sur le côté du cortège, les huaient de bon cœur en chantant "Jéru­salem pales­ti­nienne". J’observais la scène quand la police et l’armée se jetèrent sur le plus âgé du groupe, qui devait avoir 14-​​15 ans. Quatre ou cinq soldats et poli­ciers l’attrapèrent et le col­lèrent au mur tout en le cognant. Coups de pieds, coups de crosse de fusils, coups de poings.… Évidemment pro­tégés par leur col­lègues, l’arme au poing. Ils ont tabassé l’adolescent pendant environ 10 minutes, je ne pourrais même pas dire s’il pouvait encore marcher quand ils l’ont emmené car ils étaient tel­lement nom­breux sur lui que je ne le voyais plus. Mais étant donné les coups qu’il a reçu je me suis même demandé s’il était encore vivant !

Et tout ceci se passa sous le regard amusé des colons reli­gieux qui se mirent à chanter "Shabat Shalom".… Quand la mère du jeune arriva sur les lieux du drame, une fois que son fils avait été arrêté, je lui demandai si elle comptait aller porter plainte, ceci dans l’idée de me porter témoin de la scène. Elle me répondit en pleurant que ça ne ser­virait à rien de déposer une plainte, que ça pouvait même aggraver les choses …