Nouvel échec des Nations Unies : Compensations à la place des Droits

Pengon, lundi 17 janvier 2005

Le 11 janvier 2005, les Nations Unies ont déclaré qu’elles ont l’intention d’ouvrir un registre des dom­mages causés par le Mur de l’Apartheid que les forces d’occupation israé­liennes sont en train de construire en Cisjordanie.

L’Assemblée Générale a fait cette pro­po­sition l’été dernier après avoir demandé à Israël de se conformer à l’avis consul­tatif de la Cour Inter­na­tionale de Justice, qui a déclaré que le Mur était illégal et qui a demandé à Israël d’arrêter immé­dia­tement sa construction et de détruire ce qui avait déjà été construit.

La décla­ration de l’ONU précise que "les objectifs de ce registre seraient d’enregistrer les plaintes pour d’éventuels juge­ments et compensations".

Fournir des com­pen­sa­tions aux pales­ti­niens affectés par le Mur de l’Apartheid fait partie des recom­man­da­tions de la CIJ, qui a été émis en juillet dernier, au sujet des consé­quences légales du Mur. Cependant, les com­pen­sa­tions consti­tuent la partie la plus facile de l’avis de la CIJ. Elles ne peuvent en aucun cas constituer le premier volet des mesures requises par l’ONU pour forcer Israël à se conformer aux règles de la CIJ.

La décision de la CIJ ne peut être réduit à ce simple article. Un article qui précède celui-​​ci, dans l’avis rendu par la CIJ, précise que "Israël a dans l’obligation de cesser ses vio­la­tions des règles inter­na­tio­nales ; il a dans l’obligation de cesser la construction du Mur dans les Ter­ri­toires Pales­ti­niens Occupés, y compris Jérusalem-​​Est, de déman­teler les parties déjà construites à l’intérieur de ces zones, et d’annuler ou de rendre caduques toutes les légis­la­tions déjà prises, rela­ti­vement à la construction de ce Mur" . Dans l’article qui suit celui-​​là, il est précisé que "Israël se doit de fournir des répa­ra­tions pour tous les dom­mages causés par le Mur".

Alors que la construction du Mur de l’Apartheid continue et que toutes les parties déjà construites sont tou­jours debout, les com­pen­sa­tions qui étaient seulement une partie de l’avis, risquent de devenir l’avis lui-​​même.

Ces com­pen­sa­tions pour les dom­mages causés ne peuvent être le point de départ de l’ONU pour mettre en œuvre l’avis de la CIJ. L’ONU doit com­mencer par les points qui doivent être au moins inter­prétés comme une recon­nais­sance des faits accomplis par l’Occupation sur le terrain.

Au lieu de mettre en œuvre une stra­tégie pour forcer Israël à arrêter le construction du Mur et à détruire ce qui a déjà été construit -ce qui signifie se conformer aux lois internationales-​​ une chose pour laquelle l’ONU a tou­jours échoué depuis 56 ans, nous constatons que la Com­mu­nauté Inter­na­tionale com­mence par ce qui aurait du être la der­nière étape.

Cet échec rend légitime notre inter­ro­gation sur la volonté réelle de l’ONU à prendre ses res­pon­sa­bi­lités dans l’application de l’avis de la CIJ. L’ONU essaye d’échapper à cette res­pon­sa­bilité que lui a confié la CIJ.

La décision de l’ONU d’ignorer la demande de 180 000 $ for­mulée par Israël aux Etats-​​Unis, afin de mettre en place de nou­velles portes dans le Mur de l’Apartheid, qui pren­dront la forme de nou­veaux check-​​points contrôlés par les Forces d’occupation, est clai­rement contra­dic­toire avec l’avis de la CIJ. Le texte dit que : " tous les états ont l’obligation de ne pas accepter la situation illégale résultant de la construction du Mur et de ne pas apporter d’aide au maintien de cette situation" .  [1] Comment, dans ce cas là, l’ONU dont le travail est de garantir et de mettre en œuvre la légalité inter­na­tionale, peut en même temps, ignorer cette nou­velle annonce d’Israël ?. Etait-​​ce une coïn­ci­dence si la décla­ration d’Israël au sujet de son intention de continuer à construire le Mur et d’établir de nou­veaux points de passage contrôlés entre les ban­toustans créés par ce Mur, est conco­mi­tante avec les affir­ma­tions de l’ONU de créer ce registre des demandes de compensation ?.

Il est tout à fait pos­sible d’interpréter cette décision de l’ONU, comme une nou­velle décla­ration implicite de l’ONU pour ne pas prendre concrè­tement position contre les vio­la­tions par Israël de la légalité inter­na­tionale. La décla­ration de l’ONU sou­ligne également son échec per­manent à sou­tenir le peuple Pales­tinien dans son combat pour ses droits.

La question qui doit être posée ici est : "Pourquoi l’ONU a com­mencé par cet article de l’avis de la CIJ ?". Cette question suppose que l’ONU est capable et a la volonté de forcer Israël à apporter des com­pen­sa­tions aux pales­ti­niens pour les dom­mages causés par le Mur, et ne va pas trans­former ce point en une nou­velle forme "d’aide huma­ni­taire" où les pays dona­teurs sont ceux qui payent réellement.

L’ONU ne fera rien pour les pales­ti­niens, à part per­pétuer la réalité de l’Occupation. L’ONU veut créer un nouveau bureau de secours, iden­tique à celui créer pour les réfugiés après l’Occupation de 1948.

Comme dans le cas des réfugiés, l’ONU a réduit son rôle, quand il s’agit des droits des Pales­ti­niens, à son côté huma­ni­taire, une nou­velle étape pour réduire la cause pales­ti­nienne en une cause huma­ni­taire qui peut être résolue grâce à l’aide humanitaire.

Cette vision ignore que la cause pales­ti­nienne est le combat d’un peuple pour ses droits et que le rôle de l’ONU ne soit pas se résoudre sim­plement en la four­niture de colis ali­men­taires et de tentes pour ceux dont les exis­tences ont été détruites par l’Occupation.

Les Nations Unies ont décidé, qu’au lieu de mobi­liser la pression inter­na­tionale contre les vio­la­tions par Israël de la légalité inter­na­tionale, et au lieu de mettre en œuvre des stra­tégies pour que Israël se sou­mette à l’avis de la CIJ, elles pro­posent d’établir une bureau d’enregistrement en Cis­jor­danie "avec la coopé­ration d’Israël".…

Encore une fois, l’ONU ne propose aux pales­ti­niens rien d’autre que la mise en place d’un nouveau bureau de secours, seule solution mise en oeuvre à chaque fois que l’Occupation viole les droits des pales­ti­niens. Ceci révèle la conti­nuelle com­plicité des Ins­ti­tu­tions Inter­na­tio­nales avec les poli­tiques colo­niales dont l’objectif est de réduire à néant tout ce qui peut constituer le droit des Palestiniens.

Fina­lement, c’est sans sur­prise que les der­nières décla­ra­tions de l’ONU s’accordent avec l’Occupation, en essayant de vendre une volonté de com­penser les per­sonnes pour les terres confis­quées par le Mur, qui constitue en fait une ten­tative de légi­ti­mation du vol et de la dépos­session, et qui donne une illusion de légalité à une réalité illégale.