Nouvel article De la tente à la caravane, en attendant un toit en dur à Gaza

Adel Zaanoun, dimanche 21 juin 2009

Depuis la des­truction de sa maison, il y a cinq mois, dans l’offensive israé­lienne à Gaza, l’octogénaire Hussein Cha­wiche et sa plé­tho­rique famille vivent sous une tente. Dans l’attente d’une hypo­thé­tique recons­truction, le Hamas vient de lui offrir une caravane.

Le pré­fa­briqué a été posé non loin de la tente et d’une cabane en tôle ondulée, qui offrent un gîte censé être tem­po­raire à cet homme de 87 ans et à ses 30 enfants et petits-​​enfants. Cette habi­tation de fortune se dresse sur les décombres de la maison fami­liale de quatre étages, pul­vé­risée par un raid de l’aviation israé­lienne à Beit Hanoun.

La guerre a détruit quelque 5 000 maisons et endommagé 17 000 autres. Mais la recons­truction, à laquelle la com­mu­nauté inter­na­tionale a promis de consacrer des mil­liards de dollars, est tou­jours dans les limbes en raison du blocus israélien et le refus de nom­breux dona­teurs de traiter avec le Hamas. Devant ce retard, le gou­ver­nement du Hamas a com­mencé à dis­tribuer un premier lot de 192 mobil-​​homes, offerts par la Turquie, aux sans-​​abri. Quelque 1 200 autres pré­fa­briqués, un don de l’Organisation de la confé­rence isla­mique, sont attendus.

Pour Hussein Cha­wiche, la caravane ne résout pas le pro­blème, d’où sa décision de ne pas déman­teler la tente. « C’est mieux que rien, mais où voulez-​​vous que je mette tout ce monde ? » demande-​​t-​​il en dési­gnant de la main la ribam­belle de ses petits-​​enfants. Les pré­fa­briqués, ras­semblés par des ouvriers recrutés par le Hamas, sont d’une super­ficie de 12 m2 chacun. Ils ne sont pas équipés de toi­lettes. « Je vais m’en servir le jour pour recevoir les visi­teurs, et le soir, les femmes et les enfants pourront y dormir », confie M. Cha­wiche. Son fils cadet, Yasser, 40 ans et sans emploi, vit aussi dans la tente avec ses quatre enfants et son épouse. « Elle ne nous protège pas du froid ou de la chaleur, et n’offre aucune intimité, mais nous n’avons pas le choix. J’ai eu le cœur arraché lorsque les Israé­liens ont bom­bardé la maison », dit-​​il. Son père hoche la tête. « C’est une nakba (catas­trophe). Ni Carter ni Blair ne sont venus voir notre drame. On vit dans la rue et on ne sait pas pourquoi », dit-​​il à propos de l’ex-président amé­ricain Jimmy Carter et du repré­sentant du quar­tette, Tony Blair, qui ont récemment effectué des visites à Gaza.

Les Cha­wiche, en raison du grand nombre d’enfants et de femmes à leur charge, ont été parmi les pre­miers à recevoir une caravane. Non loin de Beit Hanoun, à Ezzbet Abed Rabbo, l’une des zones les plus dévastées, Amal, qui a perdu deux frères pendant la guerre et vu la maison fami­liale détruite, attend sa caravane. « C’est quand même mieux qu’une tente. Cela fait des mois qu’on attend pour que nos maisons soient recons­truites, mais per­sonne au monde ne nous prête attention. Ils sont occupés par l’Iran et Israël, leur chéri », dit cette femme de 22 ans. La tente, où elle a pu placer une vieille armoire, « n’est même pas digne des animaux », lâche-​​t-​​elle.