Nouveau gouvernement, mêmes défis

Rania Adel, samedi 24 mars 2007

A peine formé, le nouveau gou­ver­nement d’union nationale fait face à un certain nombre de dif­fi­cultés, avec en premier lieu le refus d’Israël de reprendre les négo­cia­tions de paix.

Attendu depuis des mois, le gou­ver­nement pales­tinien d’union nationale a fina­lement vu le jour sans pour autant apporter avec lui l’espoir d’une levée totale du boycott inter­na­tional auquel sont soumis les ter­ri­toires pales­ti­niens depuis l’arrivée au pouvoir du gou­ver­nement du Hamas.

En effet, au len­demain de l’investiture du cabinet Fatah-​​Hamas, Israël a exclu de traiter avec la nou­velle équipe, tout en sou­li­gnant que le pré­sident Mahmoud Abbass restera son inter­lo­cuteur, et a appelé la com­mu­nauté inter­na­tionale à en faire autant. Cette position affichée par le premier ministre israélien Ehud Olmert a été approuvée dimanche 18 mars par le gou­ver­nement israélien lors d’un vote en Conseil des ministres (19 voix pour, aucune contre, deux abstentions).

Le Premier ministre israélien a également indiqué que les dis­cus­sions avec le pré­sident Abbass seraient « surtout liées aux condi­tions de vie » des Pales­ti­niens, excluant, pour le moment, des négo­cia­tions sur le règlement de paix final du conflit israélo-​​palestinien. Une position qui n’est pas étrange d’un Etat qui n’a cessé de ter­gi­verser à maintes reprises toute dis­cussion sur le statut final. « Israël avait tant refusé de traiter avec le Hamas ; et aujourd’hui lorsqu’il y a eu un gou­ver­nement d’union, il main­tient sa position car il ne trouve pas un pré­texte qui lui permet de ne pas mettre le pro­cessus de paix sur les rails. La réaction d’Israël est contra­dic­toire, comment accepte-​​t-​​il de traiter avec M. Abbass tout en rejetant de traiter avec des ministres nommés par Abbass ? », sou­ligne un politologue.

Jusqu’à présent, la com­mu­nauté inter­na­tionale avait maintenu un cap de fermeté à l’égard du pré­cédent gou­ver­nement pales­tinien, tota­lement du Hamas, en exi­geant le renon­cement à la vio­lence, la recon­nais­sance de l’Etat d’Israël et le respect des accords passés, les trois prin­cipes posés par le Quar­tette (Union euro­péenne, Nations-​​Unies, Russie et Etats-​​Unis).

Tergiversations occidentales

Pourtant, dès l’entrée en fonction du nouveau gou­ver­nement pales­tinien, les pre­mières brèches sont apparues samedi au sein de la com­mu­nauté inter­na­tionale. La Norvège, un donateur majeur des Pales­ti­niens, a immé­dia­tement annoncé la reprise de son aide. La Norvège n’est pas membre de l’Union euro­péenne mais un des plus impor­tants contri­bu­teurs de l’Autorité pales­ti­nienne, ainsi qu’un acteur majeur dans les dis­cus­sions en vue de relancer les efforts de paix au Proche-​​Orient. Des négo­cia­tions secrètes à Oslo avaient débouché sur l’accord de paix his­to­rique entre Israé­liens et Pales­ti­niens de 1993.

La Grande-​​Bretagne, la France et l’Onu ont laissé entrevoir un pos­sible inflé­chis­sement de leur position en fonction des actes du cabinet de coa­lition. Mais ni les Etats-​​Unis ni l’Union euro­péenne n’ont annoncé de chan­ge­ments notables de leurs posi­tions. Dans un com­mu­niqué publié dimanche par la pré­si­dence alle­mande, les Vingt-​​Sept ont réaf­firmé leur souhait de « tra­vailler et prêter assis­tance à un gou­ver­nement pales­tinien légitime reflétant les prin­cipes du Quartette ».

Quant à l’Administration Bush, elle a jugé le dis­cours d’investiture du Premier ministre pales­tinien « décevant et inco­hérent par rapport aux prin­cipes du Quar­tette ». Selon le dépar­tement d’Etat, les Etats-​​Unis conti­nueront de s’adresser au pré­sident Mahmoud Abbass, du Fatah. M. Haniyeh a réitéré, dans son dis­cours devant le Par­lement, le droit des Pales­ti­niens à la résis­tance tout en pro­mettant d’œuvrer en vue d’instaurer une trêve dans les vio­lences. Il a affirmé que son gou­ver­nement œuvrerait à la « création d’un Etat pales­tinien indé­pendant, jouissant d’une pleine sou­ve­raineté sur les ter­ri­toires occupés en 1967 » sans tou­tefois parler du droit d’Israël à l’existence aux côtés de cet Etat. Il a ajouté que le nouvel exé­cutif recher­cherait « une solution rapide » basée sur un échange de pri­son­niers en ce qui concerne le soldat israélien captif dans la bande de Gaza, le caporal Gilad Shalit, enlevé en juin.

S’agissant des accords inter­na­tionaux anté­rieurs signés par l’OLP, le gou­ver­nement désigné prévoit de les « res­pecter » et appelle à des négo­cia­tions de paix avec Israël dans les­quelles il serait repré­senté par Mahmoud Abbass ; tout accord futur sera soumis à un réfé­rendum national, ce qui suggère que le Hamas ne dis­posera pas de droit de veto. Le pro­gramme appelle en outre à pro­longer le cessez-​​le-​​feu avec Israël tout en « affirmant la résis­tance sous toutes ses formes, en par­ti­culier la résis­tance non-​​violente à l’occupation ».

La for­mu­lation du pro­gramme de gou­ver­nement, finalisé ven­dredi soir, a été adoucie par rapport au projet rendu public plus tôt cette semaine, mais le texte ne com­prend tou­jours pas la recon­nais­sance explicite d’Israël pas plus que le renon­cement à la vio­lence. Le pré­sident de l’Autorité pales­ti­nienne Mahmoud Abbass, issu du Fatah modéré, a pourtant déclaré samedi 17 mars devant le Conseil Légis­latif Pales­tinien (CLP) à Gaza que les Pales­ti­niens reje­taient « la vio­lence sous toutes ses formes » et qu’ils ten­daient la main à Israël « pour par­venir à la paix dans la liberté et l’égalité ».