Ma’an news, lundi 11 août 2008
Pas plus dans la mort que dans la vie, le poète Darwish ne disparaîtra. Son héritage, comme son ombre, restera auprès des Palestiniens une part de notre passé et une voie vers l’avenir.
Quand quelqu’un meurt il est de tradition dans le monde arabe de rappeler ses bons côtés et de continuer à les mentionner. Un poète arabe a dit un jour de la mort qu’elle est « comme un critique qui tient en main des joyaux dont l’on ne choisit que le plus beau ».
Alors que les Palestinien de par le monde commencent à digérer la mort de notre poète national, rappelons nous comme il nous était spécial. Nous garderons en mémoire sa capacité à mettre en voix les triomphes et les souffrances de son peuple.
L’un des premiers collègues de Darwich écrivait sur le poète déjà grand en 1974. Dans son roman Emil Habiby décrivait l’enfant Darwish, avec sa mère, le jour où ils ont été contraints à quitter le village de Birwah, qui se trouve maintenant en Israël.
Dans une jeep militaire, le protagoniste du roman observe alors que le responsable israélien ordonne à l’enfant Darwish et sa mère de quitter Israël. Tous deux se tournent et s’éloignent et c’est alors, dit le protagoniste, « que j’ai constaté le premier exemple de ce phénomène étonnant qui allait se produire tant de fois » et il décrit ce qu’il vit alors que l’enfant et sa mère s’éloignaient : « Car plus la femme et l’enfant s’éloignaient d’où nous étions, le gouverneur et moi, dans la jeep, plus ils grandissaient. Quand enfin ils se sont fondus dans leurs ombres dans le soleil qui sombrait, ils sont devenus plus grands que toute la plaine d’Acre. Le gouverneur immobile attendait qu’ils disparaissent enfin, tandis que je restais blotti dans la jeep. Finalement il demandé, ébahi, « ils ne disparaîtront donc jamais ? »
Pas plus dans la mort que dans la vie, le poète Darwish ne disparâitra. Son héritage, comme son ombre, restera auprès des Palestiniens une part de notre passé et une voie vers l’avenir.
On a dit de Darwish qu’il était un moderne Abu At-Tayyib Al-Mutanabbi, célèbre poète irakien du 10ème siècle, généralement considéré comme le meilleur poète en langue arabe, dont l’oeuvre était si grande que personne en Irak ne pouvait parler d’autre chose que de ses poèmes. L’on dit que Darwish, comme Al-Mutanabbi, a donné à son peuple à s’occuper avec sa poésie, qu’il l’a amené à discuter les mots, les sens et les idées.
Image de notre poésie, Darwish, notre forteresse et notre dernier abri, nous a quittés. Il a dit un jour : « Ils ont éteint les lumières alors que j’étais dans une cellule de prison mais le sol était illuminé par le soleil des sentiments ».
Que le soleil de ses mots éclaire l’obscurité de son ombre allongée et nous soutienne alors que nous le pleurons,
Ma’an news agency présente ses sincères condoléances à la famille Darwish et à tout le peuple palestinien ; au monde arabe et musulman et à tous ceux qui partagent notre peine en ce triste jour.
Le corps de Mahmoud Darwish sera amené en Jordanie dans l’avion présidentiel. Une cérémonie symbolique s’y tiendra avant qu’il ne soit transporté à Ramallah où les funérailles officielles auront lieu mardi [1]
Mahmoud Darwich : to Muhamad al-Dura :
[1] les autorités palestiniennes avaient demandé qu’il soit enterré dans son village de Birwah -détruit par les forces juives/israéliennes en 1948- dans ce qui est maintenant Israël…