Notre choix de la lutte populaire non violente est le bon

Mohamed Ilias, comité d’organisation de la conférence de Bil’In, vendredi 11 juillet 2008

Zaouia, Badwou, Beit Ajza, Beit Daqwou et Bodros…La force du village de Bil’In est qu’il a construit son expé­rience en ce basant sur ce grand capital militant. Il s’est enrichi de ces expé­riences et a par­ticipé à leur développement

Mon­sieur le repré­sentant du Pré­sident de l’Autorité Nationale pales­ti­nienne, Mon­sieur le Premier ministre, Salam Fayad, Mes­dames, Mes­sieurs, bien­venue à vous tous en Palestine, à Bil’In et à cette Conférence.

Je me rap­pelle qu’au sein du comité d’organisation, et de peur d’être pris par les détails des pré­pa­ratifs, nous nous étions mis d’accord pour fixer les points prin­cipaux de ce mot avant sa rédaction. Ce matin, j’ai découvert, je ne sais si c’est par chance ou par mal­chance,, que nous avons oublié d’en rediscuter.

Peu importe, je vais parler de quatre axes en essayant d’être le plus précis et le plus court possible.

- Axe 1 : Pourquoi Bil’In ?

Permettez-​​moi tout d’abord de mettre la photo dans son vrai cadre. Il est certain que si nous nous restrei­gnons aux seuls résultats concrets obtenus pour juger cette expé­rience, celle-​​ci risque d’être déclassée. Dans le village de Zaouia, dis­trict de Salfit, le tracé du mur a été modifié et les habi­tants ont pu récu­pérer des mil­liers de dounams après plu­sieurs mani­fes­ta­tions contre le mur et des cen­taines de blessés. Dans le dis­trict de Qal­quiliya, près de la poche de colonies connue sous le nom d’« Alfi Minché », le tracé du mur a également été modifié après une lutte popu­laire et un travail juri­dique acharnés. Trois mille dounams ont été récupérés.Au village de Bodros, après des dizaines de mani­fes­ta­tions, le mur a été repoussé aux fron­tières du 4 Juin et même au-​​delà dans cer­taines parties. En se référant à l’immensité des sacri­fices, on doit citer des endroits comme Badwou, Beit Ajza, Beit Daqwou et Bodros. Des villes qui ont payé un lourd tribut lors de leur résis­tance non vio­lente contre le mur : des morts et des blessés graves avec des séquelles irréversibles.

Quant à la pré­sence des Inter­na­tionaux soli­daires dans ces luttes, qui ont d’ailleurs joué un rôle essentiel dans la dif­fusion de la réalité pales­ti­nienne et je cite en par­ti­culier ISM, IWPS et les mou­ve­ments de soli­darité israé­liens, leur par­ti­ci­pation est ancienne. Ils ont par­ticipé aux luttes contre le mur dans plu­sieurs vil­lages comme Kharbat Jbara, Azbat Attabib, Masha, Bartâa, Arram, Jayous, Bodros et autres. Ils ont partagé les gaz lacry­mogène et les balles en caou­tchouc avec les habi­tants du village avant même de connaître le village de Bil’In puisque le tracé du mur dans ce village est venu plus tardivement.

La force du village de Bil’In est qu’il a construit son expé­rience en ce basant sur ce grand capital militant. Il s’est enrichi de ces expé­riences et a par­ticipé à leur déve­lop­pement qu’on peut résumer en trois points : * La conti­nuité de la lutte et ce malgré les dif­fé­rents obs­tacles, * La com­pré­hension de l’importance des médias et son uti­li­sation pour faire connaître cette expé­rience. * L’invention de nou­veaux moyens de lutte comme par exemple ces confé­rences internationales.

De là est venue notre volonté de conso­lider cette expé­rience, de lui donner la place qu’elle mérite et ce sans diminuer l’importance des expé­riences pré­cé­dentes ou celles à venir.

- Axe 2 : Pourquoi cette conférence ?

Nous nous sommes posé cette question au sein du comité d’organisation et nous avons abouti, après réflexion, à deux réponses simples. * La pre­mière, nous voulons raconter la situation pales­ti­nienne telle qu’elle est réel­lement. Un peuple victime de l’occupation, de la colo­ni­sation et des pra­tiques racistes mais qui a confiance en son huma­nisme et qui résiste sans perdre de vue l’essentiel, à savoir que son aube viendra cer­tai­nement un jour. * La deuxième, la confé­rence n’est pas seulement un lieu pour recruter les Inter­na­tionaux libres et soli­daires de notre lutte légitime mais elle doit être l’endroit où ces mili­tants soient nos par­te­naires pour créer et ima­giner les outils pour aboutir à notre but.

- Axe 3 : C’est un message que nous adressons à nos par­te­naires de la pré­cé­dente conférence.

Nous vous avons promis d’oeuvrer pour que l’expérience de Bil’In soit géné­ra­lisée dans d’autres endroits. Nous sommes en mesure de vous informer que des vil­lages de Bethléem (Oum Salamona, Maâsara, El Khader) mènent une lutte acharnée avec des mani­fes­ta­tions heb­do­ma­daires et ce depuis avril 2007, date de la deuxième confé­rence. Ces vil­lages consti­tuent un exemple sin­gulier de résis­tance popu­laire. Il y a également la lutte des vil­lages vic­times de la route raciste connue sous le nom de route 433 qui continue de se développer.

Actuel­lement, aux côtés des luttes cen­trales telles que les com­mé­mo­ra­tions de la Journée de la Terre, la Nakba et les conclu­sions de la CIJ de La Haye ainsi que diverses autres luttes, il y a deux nou­veaux foyers sur les­quels nous portons un grand espoir. Il s’agit de Nil’In, village proche d’ici et dont les mani­fes­ta­tions se déve­loppent de plus en plus. Ainsi que le village de Koffin, dis­trict de Tul­karem, dont le pro­cessus com­mencera à partir de demain.

Avant la deuxième confé­rence, Bil’In avait accueilli la confé­rence popu­laire pales­ti­nienne qui a donné nais­sance au Comité National de Résis­tance Popu­laire. Ce comité est composé des coor­di­na­teurs des comités popu­laires locaux ainsi que de mili­tants venant de dif­fé­rents endroits de la nation. Actuel­lement, nous tra­vaillons pour déve­lopper cet outil (peu importe le nom qu’il portera) pour qu’il devienne le para­pluie de tous les mili­tants, quelque soit leur appar­te­nances poli­tiques ou syndicales.

- Axe 4 : C’est un message à notre direction poli­tique. Avant tout, nous nous consi­dérons dans les comités popu­laires comme des soldats de notre nation et de tout ce qui peu être utile à la réa­li­sation de notre projet national. Nous ne consti­tuons d’alternative à per­sonne et nous ne voulons exclure per­sonne. Nous consi­dérons par contre que cette résis­tance popu­laire restera inachevée tant qu’elle ne figure pas au sommet des pro­grammes des dif­fé­rentes forces poli­tiques et tant qu’elle ne reçoit pas l’engagement de la partie offi­cielle : soutien poli­tique et aide à la création des condi­tions de l’action.

Nous sou­li­gnons et appré­cions le soutien de l’autorité offi­cielle à la résis­tance popu­laire, mais nous demandons d’avantage d’efforts dans l’expression de ce soutien.

Il est clair que les auto­rités israé­liennes, toutes cou­leurs confondues, ne veulent pas traiter avec les Pales­ti­niens comme partie ayant des droits légi­times reconnus d’ailleurs par la légi­timité inter­na­tionale. Il est évident que Oslo et ce qui lui a succédé est considéré par eux comme un simple méca­nisme pour gérer le conflit selon des logiques sio­nistes et racistes. Et ce qui com­plique encore plus la situation, c’est le ren­for­cement de l’extrême droite avec ce que cela suppose comme course à plus d’expropriation de terres et plus de sacrifice de sang palestinien.

Cette situation nous rend encore plus convaincus que notre choix de lutte est le bon choix pour assurer une com­plé­men­tarité avec les dif­fé­rents autres efforts.

Der­nière remarque, le soutien financier, accordé par l’Union euro­péenne et les USA à l’Autorité pales­ti­nienne, et utilisé par celle-​​ci pour atténuer la souf­france de notre peuple et l’aider à résister sur ses terres, ne doit pas nous faire oublier une réalité amère, celle des cadeaux faits aux Israé­liens. Les inves­tis­se­ments étrangers en Israël étaient de un demi-​​milliard de dollars en 2002 (date du début de la construction du mur), puis de un mil­liard en 2003 et cinq mil­liards en 2005. Et malgré la décision de la CIJ concernant l’illégalité du mur et le trai­tement méprisant de ses recom­man­da­tions par Israël, ces inves­tis­se­ments ont grimpé à 13 mil­liards en 2005 puis à 24 en 2006 et à 38 en 2007.

Cette situation nous impose de nous attaquer aux sujets du boycott, du retrait des inves­tis­se­ments et des sanc­tions économiques.

Reste un dernier mot, un mot de remer­ciement. A tous ces soldats inconnus qui ont par­ticipé à la réussite de cette confé­rence. A tous les membres des délé­ga­tions étran­gères venues pour témoigner de leur soli­darité et épauler la cause de notre peuple. Aux repré­sen­tants des mou­ve­ments de paix israé­liens qui rem­portent une vic­toire grâce à leur huma­nisme et à leur pré­sence à nos côtés face à l’occupation. A l’institution espa­gnole NOVA. A tous les jour­na­listes qui ont diffusé la vérité sur notre lutte. A la pré­sence pales­ti­nienne de tout bord, offi­cielle ou popu­laire. Et enfin aux habi­tants de Bil’In.

Comité d’organisation, Bil’In, 4 Juin 2008, Inter­vention lue par Mohamed Ilias au nom du comité d’organisation de la confé­rence de Bil’In